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· Julien   Lepage

L'amour dure trois ans
Frédéric Beigbeder
2012

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Illustration de critique : L'amour dure trois ans
Frédéric Beigbeder nous propose avec L'amour dure trois ans une adaptation de son roman autobiographique de 1997, en se lançant lui-même dans l'aventure cinématographique. Attendu comme une sorte de retour sur soi et une tentative d'actualiser ses propres réflexions sur l'amour, le film met en scène un Marc Marronnier, critique littéraire le jour et mondain la nuit, interprété par Gaspard Proust, aux côtés de Louise Bourgoin dans le rôle d'Alice, une femme aussi séduisante que pleine de contradictions, et de JoeyStarr dans un rôle à contre-emploi qui surprend par son manque d'éclat. L'ensemble se déroule dans le Paris bobo, où les clichés de la vie mondaine et luxueuse se heurtent à une vision quelque peu désabusée de l'amour.

Le film raconte l'histoire de Marc Marronnier, donc, récemment divorcé d'Anne (Elisa Sednaoui), qui se remet péniblement de la fin de son mariage en se plongeant dans la débauche et l'alcoolisme. Dans un élan aussi absurde que prévisible, il se lance dans l'écriture d'un pamphlet autobiographique pour démontrer que l'amour ne dure que trois ans. Pourtant, tout bascule lorsqu'il rencontre Alice, la femme de son cousin, lors d'un enterrement — une rencontre qui, contre toute attente, vient chambouler ses certitudes. L'intrigue, quoique structurée autour de cette relation amoureuse naissante, ne parvient pas à dépasser les sentiers battus du genre. La romance se déroule de manière linéaire, ponctuée de quelques scènes qui tentent de jouer sur l'ironie et l'auto-dérision, mais qui tombent souvent dans le trop niais.

Si le scénario se voulait une exploration décalée des turpitudes amoureuses d'une bande de bobos parisiens, il finit par apparaître particulièrement pauvre. On y retrouve une succession d'événements déjà vus — un divorce qui ne semble pas affecter profondément notre héros, une reconquête prévisible, et surtout la révélation que Marc a écrit un livre tout pourri sur l'amour, déclencheur de la rupture avec Alice. Entre deux beuveries et des monologues à peine travaillés, le récit peine à se renouveler et offre peu de rebondissements. Même si le film tente d'insuffler un humour qui se voudrait intelligent — avec quelques références qui rappellent l'esprit de Annie Hall de Woody Allen —, cet humour est souvent trop évident, voire excessivement à l'eau de rose.

Les personnages, quant à eux, oscillent entre stéréotypes et tentatives d'originalité. Marc, interprété par Gaspard Proust, est censé incarner ce loser désabusé, à la fois cynique et en quête de rédemption, mais son discours, traînant et parfois ridicule, rappelle un double de l'auteur lui-même, sans pour autant susciter une réelle identification. Louise Bourgoin brille par sa présence naturelle et sa beauté, apportant une lueur de charme à une intrigue autrement morne, tandis que JoeyStarr apparaît totalement à contre-emploi, passant inaperçu dans un rôle qui ne lui convient pas vraiment. Les seconds rôles, bien que parfois amusants, ne parviennent pas à insuffler une énergie nouvelle à ce récit qui, globalement, manque de profondeur.

Thématiquement, L'amour dure trois ans aborde l'éphémérité de l'amour et la vacuité d'un mode de vie mondain, tout en se voulant à la fois nostalgique et critique envers une certaine génération. Le film essaie de jouer sur la dualité des émotions en utilisant, à la manière de Woody Allen, la même musique pour marquer des moments d'humour puis d'émotion — une technique qui, sur le moment, peut sembler ingénieuse, mais qui, répétée, finit par perdre de son impact. On y perçoit aussi une critique implicite de l'image des Parisiens, toujours parfaits et bien portants, qui contraste avec la réalité de ceux qui n'arrivent pas à se relever après un divorce.

La réalisation, assurée par Frédéric Beigbeder, laisse transparaître quelques trouvailles amusantes et des clins d'œil à un cinéma chic et bobo. Le film présente quelques scènes visuellement réussies, notamment par la qualité de la bande originale — un hommage certain à Michel Legrand —, mais l'ensemble souffre d'un manque flagrant de rythme. La narration se perd dans des ellipses temporelles et des séquences de comédie musicale qui semblent insérées par hasard, ce qui nuit à la fluidité du récit.

En somme, L'amour dure trois ans offre une soirée de divertissement qui oscille entre des moments de plaisanterie et des séquences d'un romantisme excessivement convenu. Le film, bien que porteur de quelques idées intéressantes sur l'amour moderne et la vacuité des existences mondaines, reste globalement un exercice de style qui manque d'audace et d'originalité. C'est une adaptation qui, malgré ses intentions autobiographiques et son attachement à une ambiance « bobo » typiquement parisienne, finit par laisser un goût fade et prévisible. Pour ceux qui recherchent un film qui pousse plus loin le cynisme et le pessimisme, il vaut peut-être mieux se tourner vers d'autres œuvres plus acérées et moins gnangnan.
Ma note43%
Vu le 22 Juin 2012


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