L'auberge rouge
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En matière de comédie noire, le cinéma français a connu des jours meilleurs. L'auberge rouge, réalisé par Gérard Krawczyk, se voulait une relecture moderne du classique de Claude Autant-Lara de 1951, lui-même inspiré d'un fait divers sanglant du XIXe siècle. Entre ambitions commerciales, nostalgie du Splendid et absence totale de finesse, le film est une accumulation d'occasions manquées, incapable d'offrir ne serait-ce qu'un semblant d'originalité ou d'audace. Avec un budget de plus de 21 millions d'euros et un casting de têtes d'affiche bankables, on pouvait espérer un divertissement efficace. Malheureusement, le résultat est un ratage symptomatique d'un certain cinéma français populaire, celui qui mise sur des visages familiers pour masquer un manque criant d'inspiration.
L'histoire suit un couple d'aubergistes, Pierre et Rose Martin, interprétés par Christian Clavier et Josiane Balasko, qui attirent des voyageurs dans leur établissement isolé des Pyrénées avant de les assassiner et de les détrousser. L'arrivée du père Carnus (Gérard Jugnot), accompagné d'un jeune novice qu'il doit escorter jusqu'à un monastère, bouleverse la routine criminelle du couple lorsque Rose, prise de remords, décide de confesser ses péchés au prêtre. Dès lors, ce dernier se retrouve dans une position délicate, partagé entre son devoir religieux et la nécessité de sauver sa propre peau.
L'un des premiers problèmes du film réside dans son scénario, qui échoue à moderniser ou à rendre pertinente cette histoire pourtant fascinante. Là où L'auberge rouge de 1951 osait un ton acerbe et une critique sociale incisive, cette version édulcore tout propos potentiellement intéressant pour s'abandonner à un humour paresseux et répétitif. Les dialogues, qui auraient pu être le point fort du film, sont souvent poussifs et prévisibles, manquant cruellement de mordant. On sent la volonté d'instaurer un comique de situation proche du théâtre de boulevard, mais le résultat est laborieux et forcé. À plusieurs reprises, on se demande si l'équipe n'a pas confondu énergie et hystérie, tant chaque scène est saturée de cris, de gesticulations et de mimiques exagérées.
Les personnages sont d'ailleurs le reflet de cette exagération constante. Pierre Martin, incarné par Christian Clavier, est une caricature ambulante, incapable de proposer autre chose que son jeu habituel, mélange de suffisance et de grimaces. Josiane Balasko, qui aurait pu apporter une certaine gravité au rôle de Rose, est enfermée dans un registre bouffon qui annihile toute possibilité d'ambiguïté. Le père Carnus de Gérard Jugnot oscille entre résignation et lâcheté sans jamais réussir à exister pleinement. Même les seconds rôles, comme François-Xavier Demaison ou Sylvie Joly, sont réduits à des archétypes sans nuance, prisonniers d'un humour qui tourne en rond. À aucun moment on ne ressent de véritable tension, ni d'investissement émotionnel.
Sur le plan thématique, le film passe totalement à côté des sujets qui auraient pu en faire un projet intéressant. L'idée de confronter un homme d'église à une obligation morale impossible était porteuse de dilemmes puissants, mais le film se contente d'en faire un ressort comique expédié à coups de grimaces et de quiproquos. Il en va de même pour la critique sociale qui aurait pu être faite sur l'avidité et la cupidité. Tout est noyé sous un flot d'effets comiques datés, incapables de donner du relief au propos.
La mise en scène est à l'image du reste : impersonnelle et mécanique. Gérard Krawczyk, qui a pourtant signé des films techniquement solides comme Taxi, semble ici en pilote automatique. Les plans sont fonctionnels, sans la moindre ambition esthétique. On aurait pu espérer que les décors naturels des Pyrénées apportent un souffle visuel, mais la photographie terne et la direction artistique paresseuse ne rendent jamais justice aux paysages. Les costumes, eux, sont corrects, sans plus, mais ne parviennent pas à masquer l'impression que le film n'a pas d'identité propre.
Concernant les performances des acteurs, difficile de ne pas ressentir un certain malaise. Tous semblent jouer en roue libre, recyclant leurs tics habituels. Christian Clavier fait du Clavier, Josiane Balasko fait du Balasko, Gérard Jugnot tente de sauver les meubles avec un personnage trop fade pour exister. L'alchimie entre eux est inexistante, chaque acteur semblant jouer dans son propre registre sans cohérence d'ensemble. Même Jean-Baptiste Maunier, alors en pleine ascension après Les choristes, est totalement sous-exploité.
Le film échoue donc sur pratiquement tous les tableaux. Ni vraiment drôle, ni mordant, ni audacieux, il accumule les maladresses et ne parvient jamais à justifier son existence face à l'original. Il est d'ailleurs assez frappant de constater à quel point cette version semble plus timorée et fade que celle de 1951, pourtant réalisée à une époque où la censure était bien plus contraignante. Le comble, c'est que malgré toutes ses faiblesses, le film n'est même pas assez mauvais pour devenir un nanar attachant : il est simplement ennuyeux, prévisible et dispensable.
Si l'on devait retenir quelque chose de L'auberge rouge version 2007, ce serait la confirmation que certains films ne nécessitent pas de remake, surtout quand celui-ci ne sait pas pourquoi il existe. Plutôt que de perdre son temps devant cette version sans saveur, mieux vaut revoir l'original, ou mieux encore, redécouvrir des classiques de la comédie noire française comme La traversée de Paris ou Le viager, qui, eux, avaient du mordant et du panache. Ici, tout est plat, attendu et tristement oubliable.
L'histoire suit un couple d'aubergistes, Pierre et Rose Martin, interprétés par Christian Clavier et Josiane Balasko, qui attirent des voyageurs dans leur établissement isolé des Pyrénées avant de les assassiner et de les détrousser. L'arrivée du père Carnus (Gérard Jugnot), accompagné d'un jeune novice qu'il doit escorter jusqu'à un monastère, bouleverse la routine criminelle du couple lorsque Rose, prise de remords, décide de confesser ses péchés au prêtre. Dès lors, ce dernier se retrouve dans une position délicate, partagé entre son devoir religieux et la nécessité de sauver sa propre peau.
L'un des premiers problèmes du film réside dans son scénario, qui échoue à moderniser ou à rendre pertinente cette histoire pourtant fascinante. Là où L'auberge rouge de 1951 osait un ton acerbe et une critique sociale incisive, cette version édulcore tout propos potentiellement intéressant pour s'abandonner à un humour paresseux et répétitif. Les dialogues, qui auraient pu être le point fort du film, sont souvent poussifs et prévisibles, manquant cruellement de mordant. On sent la volonté d'instaurer un comique de situation proche du théâtre de boulevard, mais le résultat est laborieux et forcé. À plusieurs reprises, on se demande si l'équipe n'a pas confondu énergie et hystérie, tant chaque scène est saturée de cris, de gesticulations et de mimiques exagérées.
Les personnages sont d'ailleurs le reflet de cette exagération constante. Pierre Martin, incarné par Christian Clavier, est une caricature ambulante, incapable de proposer autre chose que son jeu habituel, mélange de suffisance et de grimaces. Josiane Balasko, qui aurait pu apporter une certaine gravité au rôle de Rose, est enfermée dans un registre bouffon qui annihile toute possibilité d'ambiguïté. Le père Carnus de Gérard Jugnot oscille entre résignation et lâcheté sans jamais réussir à exister pleinement. Même les seconds rôles, comme François-Xavier Demaison ou Sylvie Joly, sont réduits à des archétypes sans nuance, prisonniers d'un humour qui tourne en rond. À aucun moment on ne ressent de véritable tension, ni d'investissement émotionnel.
Sur le plan thématique, le film passe totalement à côté des sujets qui auraient pu en faire un projet intéressant. L'idée de confronter un homme d'église à une obligation morale impossible était porteuse de dilemmes puissants, mais le film se contente d'en faire un ressort comique expédié à coups de grimaces et de quiproquos. Il en va de même pour la critique sociale qui aurait pu être faite sur l'avidité et la cupidité. Tout est noyé sous un flot d'effets comiques datés, incapables de donner du relief au propos.
La mise en scène est à l'image du reste : impersonnelle et mécanique. Gérard Krawczyk, qui a pourtant signé des films techniquement solides comme Taxi, semble ici en pilote automatique. Les plans sont fonctionnels, sans la moindre ambition esthétique. On aurait pu espérer que les décors naturels des Pyrénées apportent un souffle visuel, mais la photographie terne et la direction artistique paresseuse ne rendent jamais justice aux paysages. Les costumes, eux, sont corrects, sans plus, mais ne parviennent pas à masquer l'impression que le film n'a pas d'identité propre.
Concernant les performances des acteurs, difficile de ne pas ressentir un certain malaise. Tous semblent jouer en roue libre, recyclant leurs tics habituels. Christian Clavier fait du Clavier, Josiane Balasko fait du Balasko, Gérard Jugnot tente de sauver les meubles avec un personnage trop fade pour exister. L'alchimie entre eux est inexistante, chaque acteur semblant jouer dans son propre registre sans cohérence d'ensemble. Même Jean-Baptiste Maunier, alors en pleine ascension après Les choristes, est totalement sous-exploité.
Le film échoue donc sur pratiquement tous les tableaux. Ni vraiment drôle, ni mordant, ni audacieux, il accumule les maladresses et ne parvient jamais à justifier son existence face à l'original. Il est d'ailleurs assez frappant de constater à quel point cette version semble plus timorée et fade que celle de 1951, pourtant réalisée à une époque où la censure était bien plus contraignante. Le comble, c'est que malgré toutes ses faiblesses, le film n'est même pas assez mauvais pour devenir un nanar attachant : il est simplement ennuyeux, prévisible et dispensable.
Si l'on devait retenir quelque chose de L'auberge rouge version 2007, ce serait la confirmation que certains films ne nécessitent pas de remake, surtout quand celui-ci ne sait pas pourquoi il existe. Plutôt que de perdre son temps devant cette version sans saveur, mieux vaut revoir l'original, ou mieux encore, redécouvrir des classiques de la comédie noire française comme La traversée de Paris ou Le viager, qui, eux, avaient du mordant et du panache. Ici, tout est plat, attendu et tristement oubliable.
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