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· Julien   Lepage

Axolot, tome 2
Patrick Baud
2015

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Illustration de critique : Axolot, tome 2
Le cabinet de curiosités a ses codes. On entre, on déambule, on tombe en arrêt devant un bocal improbable, on repart avec quelque chose coincé dans la tête pour une semaine. Patrick Baud avait compris ça bien avant tout le monde : dès 2009, son blog Axolot collectionnait les bizarreries du réel avec l'enthousiasme d'un enfant qui soulève des pierres pour voir ce qui grouille dessous. La chaîne YouTube a suivi, puis le premier tome de la BD chez Delcourt en 2014, et voilà que fin 2015, le tome 2 déboule avec une nouvelle fournée d'illustrateurs et une promesse identique : la réalité, décidément, n'a aucun respect pour le réalisme.

Ce deuxième volume fonctionne comme son prédécesseur ; c'est-à-dire comme une anthologie de récits courts dessinés par une équipe renouvelée, chacun s'emparant d'une histoire vraie et l'adaptant à sa sauce graphique. On retrouve donc une bonne douzaine de signatures différentes, dont Pénélope Bagieu, Julien Neel, Davy Mourier ou encore Fabien Toulmé, chacun illustrant une anecdote qui, sortie de son contexte, ressemblerait à une blague de mauvais goût. Sauf qu'ici, tout est vrai.

Et les histoires tiennent la route. Sarah Winchester, héritière de la célèbre marque de fusils, convaincue d'être maudite par les morts de ses armes, qui fait construire une maison sans jamais s'arrêter — des dizaines d'années, des centaines de pièces, des escaliers qui mènent au plafond — pour tenir les fantômes à distance. Le chimiste Thomas Midgley, génie maudit qui a inventé à la fois le plomb dans l'essence… et les CFC dans les aérosols, ce qui en fait probablement l'homme ayant le plus abîmé l'atmosphère terrestre à lui seul dans toute l'histoire de l'humanité. Le fameux chat insubmersible, rescapé de plusieurs naufrages au point d'être surnommé Sam l'insubmersible, qui a survécu à trois navires coulés pendant la Seconde Guerre mondiale avant qu'on lui retire enfin les responsabilités maritimes. Chaque récit a cette saveur particulière du fait divers qui semble trop improbable pour être vrai, et pourtant.

Le format reste ce qu'il était : des BD courtes entrecoupées de rubriques textuelles, de listes insolites, de petits intermèdes illustrés. Un rythme syncopé qui rappelle davantage un magazine de curiosités qu'un album classique, et qui convient parfaitement au concept. On ne s'ennuie pas : on zappe, on grignote, on digère, on zappe encore.

Seulement voilà : le tome 1 avait quelque chose que celui-ci n'a plus tout à fait, et c'est inévitable. L'effet de surprise. La première fois qu'on entre dans un cabinet de curiosités, on est soufflé. La deuxième, on sait déjà à quoi s'attendre, et on passe moins de temps bouche bée et plus de temps à comparer. Les histoires sont toujours aussi sidérantes sur le papier, mais la mécanique est familière. Baud pioche à nouveau dans les archives de son blog ; ce que ses fans les plus assidus, rodés à la chaîne YouTube, avaient déjà en tête… et le sentiment de découverte totale, propre au premier tome, s'est un peu émoussé.

L'hétérogénéité graphique, elle, est un couteau à double tranchant. C'était déjà le cas au tome 1, mais là où Boulet et Marion Montaigne tiraient vers le haut l'ensemble par leur simple présence, le casting de ce deuxième volume, moins « bankable » sur le papier, produit un résultat plus inégal. Certains illustrateurs s'épanouissent magnifiquement dans le format court (Yohan Sacré notamment, dont le trait élégant donne une vraie dignité à ses sujets). D'autres semblent contraints, comme si une seule planche ne suffisait pas à laisser leur univers respirer. Davy Mourier, dont le génie absurde de La petite mort tient en partie à l'accumulation et au rythme, peine à exprimer grand-chose sur une page unique. C'est le problème inhérent à tout exercice collectif : on ne peut pas garantir que chaque auteur sera à son meilleur dans les mêmes contraintes.

Quelques séquences laissent également un goût amer : les troubles mentaux présentés en fil rouge du volume comme autant de numéros de cirque, avec un humour qui flirte par moments avec la condescendance. Ce n'est probablement pas l'intention, mais ça grince.

Reste que l'objet-livre, lui, est irréprochable. La fabrication soignée, la couverture, la mise en page : Delcourt sait ce qu'il fait, et l'ensemble a la consistance d'un beau cadeau à offrir ou à s'offrir. Pour un lecteur qui découvre la série, ce tome 2 fait parfaitement le boulot.

Un bon tome, donc : solide, instructif, souvent drôle, occasionnellement étonnant. Pas le coup de foudre du premier, mais un rendez-vous qu'on honore avec plaisir.
Ma note75%
Lu le 20 Janvier 2016


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