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· Julien   Lepage

Axolot, tome 3
Patrick Baud
2016

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Illustration de critique : Axolot, tome 3
Le monde est bizarre. C'est le postulat de départ de Patrick Baud, Avignonnais né en 1979, graphiste, auteur, vidéaste et folkloriste à ses heures : autant de casquettes qui donnent une idée du personnage. Fasciné par l'étrange depuis toujours, il a d'abord animé une émission de radio baptisée Exocet à la fin des années 2000, spécialisée dans les bizarreries en tout genre, avant de lancer en 2009 le blog Axolot, qui deviendra une chaîne YouTube puis une collection de livres chez Delcourt. Le nom, presque celui de l'amphibien mexicain capable de régénérer ses propres organes, dit tout de l'ambition : quelque chose d'étrange, de mignon, et doté d'une vitalité un peu surnaturelle.

La série BD Axolot fonctionne sur un principe simple et malin : Baud fournit les scénarios (des histoires vraies, toutes plus improbables les unes que les autres), et confie chacune à un dessinateur différent qui se l'approprie librement. Pour ce troisième tome, paru en novembre 2016, il réunit quinze auteurs autour d'une quinzaine de récits courts : un bandit raté qui connut une gloire posthume inattendue, un moine médiéval qui aurait signé un pacte avec le diable pour écrire un manuscrit en une nuit, les sœurs Fox et leur arnaque au fantôme qui tint en haleine l'Amérique du XIXe siècle, ou encore l'incident du col Dyatlov : cette randonnée soviétique de 1959 qui se termina de manière inexplicable et glaçante. Entre ces histoires développées en BD, des intercalaires textuels proposent des cabinets de curiosités, des bestiaires hors normes, des codes non résolus à ce jour. Le tout forme un cabinet de curiosités au sens le plus littéral : une vitrine de l'insolite où chaque tiroir révèle quelque chose que la réalité n'aurait pas osé inventer si elle cherchait à être crédible. Baud lui-même résume ça très bien : « La réalité ne s'embarrasse jamais de réalisme, il n'y a que les fictions qui cherchent à être plausibles. ».

Ce qui frappe d'emblée, c'est la qualité de certains dessinateurs réunis ici. Boulet ouvre le bal, et sa seule présence est déjà une promesse tenue. Stéphane Fert, sur l'histoire des sœurs Fox, déploie un trait sombre, doux et envoûtant qui transforme une histoire de canular spirite en quelque chose de presque poétique. Margaux Saltel et Geoffroy Monde font également forte impression. Il y a dans la diversité de ces styles quelque chose qui colle parfaitement au principe de la série : comme dans un vrai cabinet de curiosités, on ne sait jamais ce qu'on va trouver dans le tiroir suivant, et c'est précisément pour ça qu'on continue d'ouvrir.

Cela étant dit, la formule arrive ici à un carrefour délicat. Avec ce troisième opus, l'effet de surprise s'est mécaniquement érodé : ce qui était une révélation dans le tome 1, publié en 2014, est devenu une recette bien rodée. On apprécie toujours, mais on est moins ébahi. Certaines histoires s'avèrent aussi frustrantes parce qu'elles s'arrêtent sur un mystère non élucidé ; ce qui est honnête intellectuellement, mais laisse le lecteur dans un vague sentiment d'inachèvement. Et puis, inévitablement avec quinze auteurs, tous n'atteignent pas le même niveau : quelques planches déçoivent graphiquement, et l'hétérogénéité stylistique, qui est la marque de fabrique de la série, peut aussi être son talon d'Achille quand un style particulier accroche l'œil pour les mauvaises raisons.

Reste que l'ensemble tient la route, et même souvent plus que ça. Ce n'est pas le genre de BD qu'on lit d'une traite en cherchant une narration construite : c'est un livre à picorer, à reprendre, à poser sur une table basse pour que quelqu'un l'ouvre par hasard et tombe sur l'histoire d'un singe employé comme aiguilleur de train en Afrique du Sud à la fin du XIXe siècle. Un livre qui donne l'envie bizarre d'en savoir plus sur à peu près tout.
Ma note75%
Lu le 10 Janvier 2017


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