Axolot, tome 4
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La recette est simple, éprouvée, et franchement difficile à rater : prendre un blog qui recense les bizarreries du monde depuis 2009, laisser mijoter jusqu'à obtenir une chaîne YouTube avec des millions de vues, puis transvaser le tout dans un album cartonné aux lettres dorées… et recommencer. Avec ce quatrième tome, Patrick Baud prouve que la formule tient encore la route, même si on commence à en percevoir les limites avec une certaine affection résignée.
Pour ceux qui débarquent : Patrick Baud est graphiste, vidéaste, et surtout folkloriste autodidacte, né à Avignon en 1979, qui a consacré une bonne partie de sa vie à collecter ce que le réel produit de plus improbable. Son credo, il le résume lui-même assez bien : la réalité ne s'embarrasse jamais de réalisme, ce sont les fictions qui cherchent à être plausibles. Dans la vraie vie, tout est possible. C'est cette conviction qui irrigue chaque page d'Axolot depuis le début. Le principe de la BD est toujours le même : Patrick Baud scénarise, et une brigade d'illustrateurs — onze pour ce tome — adapte librement les histoires en y injectant son propre univers graphique. Grégory Mardon, Fabien Toulmé, Édouard Cour, Aseyn, entre autres, se partagent le terrain comme autant de chapitres autonomes d'une même encyclopédie du bizarre.
Le contenu, lui, vaut le détour. On y apprend qu'en 1859, un cochon errant a failli provoquer une guerre entre les États-Unis et la Grande-Bretagne (l'animal, appartenant à la Hudson's Bay Company, avait eu le mauvais goût de se faire abattre par un colon américain sur une île disputée). On y croise la principauté de Sealand, micronation autoproclamée perchée sur une plateforme pétrolière en mer du Nord, dont l'histoire rocambolesque mériterait un film à elle seule. Et puis il y a Hedy Lamarr, actrice hollywoodienne des années 40 surnommée « la plus belle femme du monde », dont on découvre qu'elle a co-inventé un système d'étalement de spectre qui constitue aujourd'hui le socle technologique du Wi-Fi et du GPS… et dont l'industrie de l'époque n'a évidemment pas voulu entendre parler. C'est le genre d'histoire qu'Axolot raconte mieux que quiconque : celles où la réalité se révèle à la fois plus drôle, plus injuste et plus étrange que n'importe quelle fiction.
Le problème — et c'est là que le 75 % se joue — c'est qu'on arrive au quatrième tome avec un capital de surprise sérieusement entamé. Non pas que les histoires soient moins bonnes, mais la structure, elle, ne bouge pas d'un millimètre. Cabinet de curiosités, bestiaire extraordinaire, rubrique sur les grands arbres, anecdotes intercalées entre les récits dessinés : tout est exactement à sa place, comme dans un meuble IKEA qu'on monte pour la quatrième fois. Et si vous suivez la chaîne YouTube, il y a de fortes chances que vous reconnaissiez la moitié du programme avant même d'avoir tourné la troisième page.
L'hétérogénéité graphique, elle, reste le double tranchant de la série. D'un côté, elle produit une vraie richesse visuelle, chaque récit ayant son propre ADN esthétique, et certains illustrateurs tirent vraiment leur épingle du jeu. De l'autre, le passage d'un style à l'autre peut heurter, voire décrocher le lecteur quand un dessin particulièrement peu séduisant tombe sur une histoire qui aurait mérité mieux. La première histoire du tome, la plus longue, cumule les deux défauts : elle est à la fois la moins surprenante thématiquement et peut-être la moins convaincante visuellement. Heureusement, la suite rattrape le tout.
Axolot, tome 4 est une bonne lecture, sincèrement. Patrick Baud ne triche pas, son travail de recherche reste irréprochable, et le livre en lui-même est un bel objet qu'on pose sur une table basse et qu'on feuillette avec plaisir en attendant que le café soit prêt. Ce n'est pas rien. Mais la série a atteint ce stade un peu confortable où elle se contente d'être ce qu'elle est, sans chercher à se réinventer. On la suit avec l'affection qu'on réserve aux bons élèves réguliers, sans jamais l'étonnement qu'elle prétend nous vendre.
Pour ceux qui débarquent : Patrick Baud est graphiste, vidéaste, et surtout folkloriste autodidacte, né à Avignon en 1979, qui a consacré une bonne partie de sa vie à collecter ce que le réel produit de plus improbable. Son credo, il le résume lui-même assez bien : la réalité ne s'embarrasse jamais de réalisme, ce sont les fictions qui cherchent à être plausibles. Dans la vraie vie, tout est possible. C'est cette conviction qui irrigue chaque page d'Axolot depuis le début. Le principe de la BD est toujours le même : Patrick Baud scénarise, et une brigade d'illustrateurs — onze pour ce tome — adapte librement les histoires en y injectant son propre univers graphique. Grégory Mardon, Fabien Toulmé, Édouard Cour, Aseyn, entre autres, se partagent le terrain comme autant de chapitres autonomes d'une même encyclopédie du bizarre.
Le contenu, lui, vaut le détour. On y apprend qu'en 1859, un cochon errant a failli provoquer une guerre entre les États-Unis et la Grande-Bretagne (l'animal, appartenant à la Hudson's Bay Company, avait eu le mauvais goût de se faire abattre par un colon américain sur une île disputée). On y croise la principauté de Sealand, micronation autoproclamée perchée sur une plateforme pétrolière en mer du Nord, dont l'histoire rocambolesque mériterait un film à elle seule. Et puis il y a Hedy Lamarr, actrice hollywoodienne des années 40 surnommée « la plus belle femme du monde », dont on découvre qu'elle a co-inventé un système d'étalement de spectre qui constitue aujourd'hui le socle technologique du Wi-Fi et du GPS… et dont l'industrie de l'époque n'a évidemment pas voulu entendre parler. C'est le genre d'histoire qu'Axolot raconte mieux que quiconque : celles où la réalité se révèle à la fois plus drôle, plus injuste et plus étrange que n'importe quelle fiction.
Le problème — et c'est là que le 75 % se joue — c'est qu'on arrive au quatrième tome avec un capital de surprise sérieusement entamé. Non pas que les histoires soient moins bonnes, mais la structure, elle, ne bouge pas d'un millimètre. Cabinet de curiosités, bestiaire extraordinaire, rubrique sur les grands arbres, anecdotes intercalées entre les récits dessinés : tout est exactement à sa place, comme dans un meuble IKEA qu'on monte pour la quatrième fois. Et si vous suivez la chaîne YouTube, il y a de fortes chances que vous reconnaissiez la moitié du programme avant même d'avoir tourné la troisième page.
L'hétérogénéité graphique, elle, reste le double tranchant de la série. D'un côté, elle produit une vraie richesse visuelle, chaque récit ayant son propre ADN esthétique, et certains illustrateurs tirent vraiment leur épingle du jeu. De l'autre, le passage d'un style à l'autre peut heurter, voire décrocher le lecteur quand un dessin particulièrement peu séduisant tombe sur une histoire qui aurait mérité mieux. La première histoire du tome, la plus longue, cumule les deux défauts : elle est à la fois la moins surprenante thématiquement et peut-être la moins convaincante visuellement. Heureusement, la suite rattrape le tout.
Axolot, tome 4 est une bonne lecture, sincèrement. Patrick Baud ne triche pas, son travail de recherche reste irréprochable, et le livre en lui-même est un bel objet qu'on pose sur une table basse et qu'on feuillette avec plaisir en attendant que le café soit prêt. Ce n'est pas rien. Mais la série a atteint ce stade un peu confortable où elle se contente d'être ce qu'elle est, sans chercher à se réinventer. On la suit avec l'affection qu'on réserve aux bons élèves réguliers, sans jamais l'étonnement qu'elle prétend nous vendre.
Ma note75%
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