Bételgeuse, tome 1 : La planète
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Deux ans après avoir bouclé le cycle Aldébaran, Leo remet le couvert. Même éditeur (Dargaud), même formule de triple casquette : scénario, dessin, couleurs. Ce Brésilien installé en France depuis 1981 avait construit en cinq albums une saga de SF humaniste qui allait devenir une référence discrète, mais solide du genre. Ce premier tome de Bételgeuse sort en janvier 2000, quelques mois à peine après la parution de l'intégrale du cycle précédent, comme si Leo voulait battre le fer tant qu'il est chaud. La saga des Mondes d'Aldébaran prend alors une dimension qui n'était pas acquise à la sortie du tome 1 d'Aldébaran en 1994, et le cycle Bételgeuse sera d'ailleurs nommé au Prix de la série au Festival d'Angoulême en 2004, première reconnaissance institutionnelle significative pour l'ensemble de l'œuvre.
La nouvelle planète tourne autour d'une étoile géante rouge visible à l'œil nu depuis la Terre : Bételgeuse, dans la constellation d'Orion. Et contrairement à Aldébaran, planète-océan à 90 % recouverte d'eau, Bételgeuse est presqu'entièrement terrestre : déserts de sable rouge, canyons profonds, zones de végétation dense. Le changement de décor est radical, et c'est clairement une des motivations premières du cycle. On retrouve Kim, l'héroïne incontestée du premier cycle, désormais adulte, envoyée en mission pour comprendre ce qui est arrivé à la colonie humaine établie sur place, dont on est sans nouvelles depuis des années. Sur la planète, deux factions s'affrontent : le camp du canyon, militariste et dictatorial, et le camp du désert, plus souple. Entre les deux, une jeune fille nommée Maï Lan, traquée par les soldats et protégée par d'étranges créatures locales : les Iums. Pendant ce temps, en orbite autour de la planète, un vaisseau fantôme tourne en silence : le Konstantin Tsiolkowski, dont tous les passagers sont morts congelés dans leurs capsules de cryogénie à cause d'un virus informatique, sauf deux survivants bloqués là depuis des années. Ces deux trames parallèles donnent au tome une structure plus complexe et plus touffue que le premier album d'Aldébaran.
Ce postulat de départ est franchement alléchant. On connaît déjà les règles du jeu : les Mantrisses, la mécanique de l'élixir de longévité, la façon dont Leo construit ses sociétés humaines en vase clos… ce qui permet d'aller plus vite dans l'installation. Et effectivement, le rythme gagne en efficacité : on entre dans le monde de Bételgeuse sans les tâtonnements des premiers tomes d'Aldébaran. Les Iums sont une très belle invention ; ces sortes de pandas sans bouche, à l'intelligence manifestement développée, qui protègent Maï Lan sans qu'on comprenne encore pourquoi. Et les planches qui leur sont consacrées sont parmi les meilleures du tome. Leo excelle toujours à faire exister une créature en quelques cases, à lui donner une présence et une logique interne qui font qu'on y croit immédiatement. Les séquences dans l'espace (le vaisseau abandonné, les deux survivants qui errent dans un couloir vide) sont également une vraie nouveauté par rapport au premier cycle, qui ne nous avait jamais montré une ligne d'horizon autre que celle de la planète elle-même. Ces planches ont quelque chose d'Alien en beaucoup plus doux, mais l'atmosphère d'inquiétude sourde est là.
Ce qui limite un peu l'enthousiasme, c'est précisément l'effet miroir avec Aldébaran. La dictature avec les femmes contraintes à la procréation, les deux factions humaines dont l'une est clairement les gentils et l'autre clairement les méchants, la jeune fille adolescente comme point de vue d'entrée : tout cela a un air de famille très prononcé. Leo ne se renouvelle pas vraiment dans sa mécanique narrative. Les visages des personnages humains restent interchangeables : les hommes se ressemblent tous, on les distingue à leur coupe de cheveux… et cette limite graphique, cinq cycles plus tard, commence à faire vraiment tâche. Reste que le monde inventé est suffisamment séduisant pour passer outre. Un bon début de cycle, donc : solide, prometteur, un cran en dessous de l'effet de surprise qu'avait produit le premier tome d'Aldébaran en 1994 mais techniquement plus maîtrisé. On suit, et on verra où Leo nous emmène.
La nouvelle planète tourne autour d'une étoile géante rouge visible à l'œil nu depuis la Terre : Bételgeuse, dans la constellation d'Orion. Et contrairement à Aldébaran, planète-océan à 90 % recouverte d'eau, Bételgeuse est presqu'entièrement terrestre : déserts de sable rouge, canyons profonds, zones de végétation dense. Le changement de décor est radical, et c'est clairement une des motivations premières du cycle. On retrouve Kim, l'héroïne incontestée du premier cycle, désormais adulte, envoyée en mission pour comprendre ce qui est arrivé à la colonie humaine établie sur place, dont on est sans nouvelles depuis des années. Sur la planète, deux factions s'affrontent : le camp du canyon, militariste et dictatorial, et le camp du désert, plus souple. Entre les deux, une jeune fille nommée Maï Lan, traquée par les soldats et protégée par d'étranges créatures locales : les Iums. Pendant ce temps, en orbite autour de la planète, un vaisseau fantôme tourne en silence : le Konstantin Tsiolkowski, dont tous les passagers sont morts congelés dans leurs capsules de cryogénie à cause d'un virus informatique, sauf deux survivants bloqués là depuis des années. Ces deux trames parallèles donnent au tome une structure plus complexe et plus touffue que le premier album d'Aldébaran.
Ce postulat de départ est franchement alléchant. On connaît déjà les règles du jeu : les Mantrisses, la mécanique de l'élixir de longévité, la façon dont Leo construit ses sociétés humaines en vase clos… ce qui permet d'aller plus vite dans l'installation. Et effectivement, le rythme gagne en efficacité : on entre dans le monde de Bételgeuse sans les tâtonnements des premiers tomes d'Aldébaran. Les Iums sont une très belle invention ; ces sortes de pandas sans bouche, à l'intelligence manifestement développée, qui protègent Maï Lan sans qu'on comprenne encore pourquoi. Et les planches qui leur sont consacrées sont parmi les meilleures du tome. Leo excelle toujours à faire exister une créature en quelques cases, à lui donner une présence et une logique interne qui font qu'on y croit immédiatement. Les séquences dans l'espace (le vaisseau abandonné, les deux survivants qui errent dans un couloir vide) sont également une vraie nouveauté par rapport au premier cycle, qui ne nous avait jamais montré une ligne d'horizon autre que celle de la planète elle-même. Ces planches ont quelque chose d'Alien en beaucoup plus doux, mais l'atmosphère d'inquiétude sourde est là.
Ce qui limite un peu l'enthousiasme, c'est précisément l'effet miroir avec Aldébaran. La dictature avec les femmes contraintes à la procréation, les deux factions humaines dont l'une est clairement les gentils et l'autre clairement les méchants, la jeune fille adolescente comme point de vue d'entrée : tout cela a un air de famille très prononcé. Leo ne se renouvelle pas vraiment dans sa mécanique narrative. Les visages des personnages humains restent interchangeables : les hommes se ressemblent tous, on les distingue à leur coupe de cheveux… et cette limite graphique, cinq cycles plus tard, commence à faire vraiment tâche. Reste que le monde inventé est suffisamment séduisant pour passer outre. Un bon début de cycle, donc : solide, prometteur, un cran en dessous de l'effet de surprise qu'avait produit le premier tome d'Aldébaran en 1994 mais techniquement plus maîtrisé. On suit, et on verra où Leo nous emmène.
Ma note67%
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