Balthazar (saison 2)
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Le succès foudroyant de la première saison avait mis Clothilde Jamin et Clélia Constantine" dans une position inconfortable, mais enviable : celle de devoir faire mieux avec une formule qui avait déjà séduit près de sept millions de téléspectateurs. La saison 2 de Balthazar, diffusée en 2019 sur TF1, répond à cette attente avec un enthousiasme communicatif : dix épisodes cette fois, contre six pour la saison inaugurale, signe que la chaîne a décidé d'exploiter le filon jusqu'à la corde. Tomer Sisley et Hélène de Fougerolles" rempilent, les réalisateurs Vincent Jamain, Frédéric Berthe et Jérémy Minui également, et l'on repart pour un tour dans les sous-sols de l'Institut médico-légal parisien. La question n'est pas de savoir si la série va continuer à fonctionner (elle le sait déjà), mais si elle va oser grandir.
La réponse est : un peu. Raphaël Balthazar continue d'arpenter Paris avec son arrogance coutumière, toujours flanqué de ses deux assistants et de la capitaine Bach, mais les affaires de la semaine prennent une tournure nettement plus baroque que lors de la saison précédente. On franchit allègrement les frontières du réalisme policier pour s'aventurer dans des territoires plus loufoques : meurtres dans des milieux improbables, mises en scène macabres à la frontière du grand-guignol, situations qui flirtent ouvertement avec l'absurde. En parallèle, le fil rouge autour de l'assassinat de Lise, la femme de Balthazar, se resserre progressivement, avec de nouveaux éléments qui donnent enfin à cet arc une densité dramatique qu'il peinait à trouver en saison 1. Et du côté de la vie personnelle d'Hélène Bach, son mariage qui bat de l'aile occupe une place croissante dans la narration, lui offrant une existence propre, enfin indépendante de sa relation professionnelle avec Balthazar.
C'est précisément là que le scénario de cette saison 2 révèle à la fois ses progrès et ses limites. Le « faire plus » est clairement la doctrine : plus d'épisodes, plus de folie dans les enquêtes, plus de développement pour les personnages secondaires… et cette ambition est souvent réjouissante. Mais elle n'est pas toujours assumée jusqu'au bout. Quand les enquêtes basculent dans l'excentrique, la série hésite encore à revendiquer pleinement ce parti pris, comme si elle craignait de perdre en chemin les spectateurs venus chercher un policier classique. HPI, sur le même territoire de la série policière TF1 avec personnage atypique, avait tranché ce dilemme de manière plus radicale : en faisant de Morgane un personnage fondamentalement improbable dans un univers délibérément décalé, la série se donnait le droit à tous les excès. Balthazar saison 2 voudrait aller dans cette direction sans tout à fait s'y autoriser, ce qui lui donne parfois un air de grand écart maladroit : trop sérieuse pour être vraiment drôle, pas assez ancrée pour être vraiment tendue.
L'évolution des personnages constitue néanmoins le vrai gain de cette saison. Balthazar se fait légèrement moins insupportable. Le curseur reste haut, mais quelque chose s'est assoupli dans l'écriture du personnage, une fissure un peu plus visible, une vulnérabilité moins soigneusement dissimulée. Hélène Bach, elle, gagne en épaisseur grâce à l'arc conjugal qui lui est consacré : pour la première fois, elle cesse d'être uniquement définie par sa relation avec son partenaire légiste et existe dans une sphère qui lui appartient. C'est un progrès réel, et bienvenu. Yannig Samot, dans le rôle du lieutenant Delgado jusqu'ici cantonné à la fonction de faire-valoir un peu terne, se voit offrir quelques scènes qui lui permettent d'exister davantage, tout comme les deux assistants de l'Institut, incarnés par Côme Levin et Philypa Phoenix, dont les interactions gagnent en saveur et en précision. L'ensemble donne l'impression d'une série qui a appris de ses propres défauts, sans pour autant les avoir entièrement corrigés.
Sur le plan thématique, cette saison 2 creuse des sillons que la première avait à peine effleurés. La question du deuil impossible (vivre avec la mort des autres quand on ne sait pas faire son deuil de la sienne) reste au cœur du personnage de Balthazar, mais elle est désormais portée par un arc narratif autour de Lise qui progresse avec une constance bienvenue. On est loin de la résolution expédiée qu'a connue HPI pour son propre fil rouge : la disparition de l'ex-mari de Morgane soldée en quelques épisodes par une révélation décevante à la hauteur de l'attente qu'elle avait suscitée. Ici, le mystère entourant la mort de Lise se développe avec plus de soin, sans brûler les étapes, et l'on sent que Clothilde Jamin et son équipe de scénaristes (Marion Carnel, Nicolas Clément et Chloé Glachant notamment) tiennent leur promesse de long terme. À voir si la conclusion sera à la hauteur, mais le chemin parcouru est encourageant.
La réalisation de cette deuxième saison reste dans la même veine que la première : plurielle, efficace, sans véritable signature visuelle. L'élargissement à dix épisodes a permis d'intégrer de nouveaux réalisateurs dans le dispositif, ce qui accentue légèrement l'hétérogénéité de l'ensemble sans jamais compromettre la cohérence du ton. Paris continue d'être filmée avec cette fonctionnalité un peu froide qui caractérise la production télévisuelle française mainstream : la ville comme décor, jamais tout à fait comme personnage. La bande originale d'Alexandre Fortuit reste dans les mêmes eaux, présente parfois là où elle ferait mieux de se taire, absente quand on l'attendrait. Ce ne sont pas des défauts rédhibitoires, juste des rendez-vous manqués avec quelque chose de plus ambitieux.
Tomer Sisley, qu'on avait vu forcer le trait jusqu'à l'excès en saison 1, semble avoir intégré les leçons du premier tour. Il reste dans les mêmes eaux (le personnage ne lui demande pas de se transformer), mais quelque chose s'est légèrement ajusté dans son interprétation, une retenue par moments, une façon de laisser le silence faire une partie du travail. C'est sensible sans être spectaculaire, et c'est dans les limites de ce que le rôle permet. Il faut noter que Tomer Sisley a réalisé le cinquième épisode de cette saison, ce qui lui confère une double position inédite sur le tournage (comédien et metteur en scène simultanément) dont il ressort avec les honneurs malgré la complexité de l'exercice, sa propre présence à l'écran ayant été habilement réduite dans cet épisode pour lui faciliter la tâche. Hélène de Fougerolles, portée par un arc plus riche, livre une performance en net progrès : on la sent plus ancrée dans son personnage, plus libre de ses émotions, et l'arc conjugal lui offre des scènes qu'elle habite avec une vraie justesse. Les seconds rôles profitent de l'élargissement de la saison pour exister davantage ; Côme Levin et Philypa Phoenix" en particulier, dont la dynamique à l'Institut gagne en relief et en humour.
Cette saison 2 de Balthazar est donc une progression nette par rapport à une première saison encore tâtonnante, mais une progression prudente, comme si la série n'osait pas encore regarder en face l'ampleur de ce qu'elle pourrait devenir. Elle est plus généreuse, plus équilibrée, plus attachante dans ses personnages ; elle est aussi parfois trop timorée dans ses ambitions narratives et pas tout à fait décidée sur le registre qu'elle veut vraiment occuper. Ce n'est pas encore tout à fait la série qu'elle laisse entrevoir par instants, mais c'est déjà davantage que ce qu'on était en droit d'espérer après les hésitations du départ. Ceux qui ont accroché à la saison 1 trouveront leur compte, et probablement un peu plus.
La réponse est : un peu. Raphaël Balthazar continue d'arpenter Paris avec son arrogance coutumière, toujours flanqué de ses deux assistants et de la capitaine Bach, mais les affaires de la semaine prennent une tournure nettement plus baroque que lors de la saison précédente. On franchit allègrement les frontières du réalisme policier pour s'aventurer dans des territoires plus loufoques : meurtres dans des milieux improbables, mises en scène macabres à la frontière du grand-guignol, situations qui flirtent ouvertement avec l'absurde. En parallèle, le fil rouge autour de l'assassinat de Lise, la femme de Balthazar, se resserre progressivement, avec de nouveaux éléments qui donnent enfin à cet arc une densité dramatique qu'il peinait à trouver en saison 1. Et du côté de la vie personnelle d'Hélène Bach, son mariage qui bat de l'aile occupe une place croissante dans la narration, lui offrant une existence propre, enfin indépendante de sa relation professionnelle avec Balthazar.
C'est précisément là que le scénario de cette saison 2 révèle à la fois ses progrès et ses limites. Le « faire plus » est clairement la doctrine : plus d'épisodes, plus de folie dans les enquêtes, plus de développement pour les personnages secondaires… et cette ambition est souvent réjouissante. Mais elle n'est pas toujours assumée jusqu'au bout. Quand les enquêtes basculent dans l'excentrique, la série hésite encore à revendiquer pleinement ce parti pris, comme si elle craignait de perdre en chemin les spectateurs venus chercher un policier classique. HPI, sur le même territoire de la série policière TF1 avec personnage atypique, avait tranché ce dilemme de manière plus radicale : en faisant de Morgane un personnage fondamentalement improbable dans un univers délibérément décalé, la série se donnait le droit à tous les excès. Balthazar saison 2 voudrait aller dans cette direction sans tout à fait s'y autoriser, ce qui lui donne parfois un air de grand écart maladroit : trop sérieuse pour être vraiment drôle, pas assez ancrée pour être vraiment tendue.
L'évolution des personnages constitue néanmoins le vrai gain de cette saison. Balthazar se fait légèrement moins insupportable. Le curseur reste haut, mais quelque chose s'est assoupli dans l'écriture du personnage, une fissure un peu plus visible, une vulnérabilité moins soigneusement dissimulée. Hélène Bach, elle, gagne en épaisseur grâce à l'arc conjugal qui lui est consacré : pour la première fois, elle cesse d'être uniquement définie par sa relation avec son partenaire légiste et existe dans une sphère qui lui appartient. C'est un progrès réel, et bienvenu. Yannig Samot, dans le rôle du lieutenant Delgado jusqu'ici cantonné à la fonction de faire-valoir un peu terne, se voit offrir quelques scènes qui lui permettent d'exister davantage, tout comme les deux assistants de l'Institut, incarnés par Côme Levin et Philypa Phoenix, dont les interactions gagnent en saveur et en précision. L'ensemble donne l'impression d'une série qui a appris de ses propres défauts, sans pour autant les avoir entièrement corrigés.
Sur le plan thématique, cette saison 2 creuse des sillons que la première avait à peine effleurés. La question du deuil impossible (vivre avec la mort des autres quand on ne sait pas faire son deuil de la sienne) reste au cœur du personnage de Balthazar, mais elle est désormais portée par un arc narratif autour de Lise qui progresse avec une constance bienvenue. On est loin de la résolution expédiée qu'a connue HPI pour son propre fil rouge : la disparition de l'ex-mari de Morgane soldée en quelques épisodes par une révélation décevante à la hauteur de l'attente qu'elle avait suscitée. Ici, le mystère entourant la mort de Lise se développe avec plus de soin, sans brûler les étapes, et l'on sent que Clothilde Jamin et son équipe de scénaristes (Marion Carnel, Nicolas Clément et Chloé Glachant notamment) tiennent leur promesse de long terme. À voir si la conclusion sera à la hauteur, mais le chemin parcouru est encourageant.
La réalisation de cette deuxième saison reste dans la même veine que la première : plurielle, efficace, sans véritable signature visuelle. L'élargissement à dix épisodes a permis d'intégrer de nouveaux réalisateurs dans le dispositif, ce qui accentue légèrement l'hétérogénéité de l'ensemble sans jamais compromettre la cohérence du ton. Paris continue d'être filmée avec cette fonctionnalité un peu froide qui caractérise la production télévisuelle française mainstream : la ville comme décor, jamais tout à fait comme personnage. La bande originale d'Alexandre Fortuit reste dans les mêmes eaux, présente parfois là où elle ferait mieux de se taire, absente quand on l'attendrait. Ce ne sont pas des défauts rédhibitoires, juste des rendez-vous manqués avec quelque chose de plus ambitieux.
Tomer Sisley, qu'on avait vu forcer le trait jusqu'à l'excès en saison 1, semble avoir intégré les leçons du premier tour. Il reste dans les mêmes eaux (le personnage ne lui demande pas de se transformer), mais quelque chose s'est légèrement ajusté dans son interprétation, une retenue par moments, une façon de laisser le silence faire une partie du travail. C'est sensible sans être spectaculaire, et c'est dans les limites de ce que le rôle permet. Il faut noter que Tomer Sisley a réalisé le cinquième épisode de cette saison, ce qui lui confère une double position inédite sur le tournage (comédien et metteur en scène simultanément) dont il ressort avec les honneurs malgré la complexité de l'exercice, sa propre présence à l'écran ayant été habilement réduite dans cet épisode pour lui faciliter la tâche. Hélène de Fougerolles, portée par un arc plus riche, livre une performance en net progrès : on la sent plus ancrée dans son personnage, plus libre de ses émotions, et l'arc conjugal lui offre des scènes qu'elle habite avec une vraie justesse. Les seconds rôles profitent de l'élargissement de la saison pour exister davantage ; Côme Levin et Philypa Phoenix" en particulier, dont la dynamique à l'Institut gagne en relief et en humour.
Cette saison 2 de Balthazar est donc une progression nette par rapport à une première saison encore tâtonnante, mais une progression prudente, comme si la série n'osait pas encore regarder en face l'ampleur de ce qu'elle pourrait devenir. Elle est plus généreuse, plus équilibrée, plus attachante dans ses personnages ; elle est aussi parfois trop timorée dans ses ambitions narratives et pas tout à fait décidée sur le registre qu'elle veut vraiment occuper. Ce n'est pas encore tout à fait la série qu'elle laisse entrevoir par instants, mais c'est déjà davantage que ce qu'on était en droit d'espérer après les hésitations du départ. Ceux qui ont accroché à la saison 1 trouveront leur compte, et probablement un peu plus.
Ma note56%
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