Balthazar (saison 3)
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Après une saison 2 qui avait su corriger une bonne partie des défauts de ses débuts, Balthazar saison 3 débarque en 2020 sur TF1 avec la confiance un peu trop grande de celui qui a enchaîné deux succès d'affilée. Clothilde Jamin et Clélia Constantine sont toujours aux commandes de l'écriture, Tomer Sisley et Hélène de Fougerolles toujours devant la caméra, et la machinerie de production (Vincent Jamain, Frédéric Berthe et leurs équipes habituelles) tourne à plein régime. Tout est là, en apparence. Sauf l'essentiel.
Cette saison 3 compte huit épisodes qui voient Raphaël Balthazar continuer d'arpenter les recoins les plus sombres de la criminalité parisienne, tout en naviguant dans les eaux plus troubles de sa vie sentimentale. L'arc autour de l'assassinat de Lise, qui avait fini par trouver son rythme en saison 2, arrive ici à sa résolution : une résolution attendue, travaillée, et qui clôt cette blessure fondatrice du personnage. Simultanément, la relation entre Balthazar et la capitaine Bach franchit un nouveau seuil, tandis que les personnages secondaires (les deux assistants de l'Institut, incarnés par Côme Levin et Philypa Phoenix) se voient offrir leur propre arc romanesque. Et Maya, la voisine de Balthazar jouée par Pauline Cheviller, occupe une place plus importante dans la narration. Sur le papier, tout cela ressemble à une série qui monte en puissance. Dans les faits, c'est plutôt une série qui perd pied.
Le problème central de cette saison 3, c'est qu'elle se croit plus maligne qu'elle n'est. La saison 2 avait eu l'intelligence de faire « plus » tout en gardant un équilibre suffisant pour que l'ensemble tienne. Ici, le « plus » est devenu « trop » : trop d'arcs simultanés, trop de pirouettes scénaristiques, trop de volonté de surprendre. Et quand on cherche à surprendre à tout prix, on finit souvent par surprendre pour de mauvaises raisons. Le premier épisode en est la preuve immédiate : Balthazar se retrouve sur une île bretonne isolée, dans une configuration de huis clos qui ne convainc pas. Le choix du personnage d'aller se fourrer là n'est jamais vraiment motivé de manière crédible, et l'on passe une heure à se demander pourquoi la série ouvre sur ce pied gauche au lieu d'en profiter pour poser les enjeux de la saison avec plus de rigueur. C'est bancal, et ce déséquilibre initial ne se corrige jamais vraiment.
Le deuxième épisode, Vendredi 13, illustre avec une certaine constance ce que la saison a de plus frustrant. L'épisode lorgne ouvertement du côté de Las Vegas 21 et d'Ocean's eleven (milieu du jeu, arnaques en cascade, ambiance casino), ce qui n'est pas une mauvaise idée en soi. Le problème, c'est que l'écriture ne suit pas. Le dispositif est posé, mais les rouages ne fonctionnent pas, les retournements sonnent faux, et l'on ressort de l'épisode avec la sensation désagréable d'avoir regardé quelqu'un rater un tour de magie en direct. Clothilde Jamin et son équipe avaient réussi des exercices de style bien plus convaincants en saison 2 : cette fois, l'ambition formelle dépasse visiblement les moyens narratifs mobilisés pour la soutenir.
Du côté des personnages, la saison accumule les décisions d'écriture discutables. La romance entre les deux assistants de l'Institut (trop évidente depuis la saison précédente pour constituer une vraie surprise, pas assez charnue pour être vraiment convaincante) arrive à l'écran avec la grâce d'une case qu'on coche. On sait depuis longtemps que ça allait arriver, et quand ça arrive enfin, on se demande pourquoi ça ne fonctionne pas mieux. La réponse est simple : le couple n'a jamais été écrit comme un couple potentiel, mais comme deux personnages commodes, et la précipitation avec laquelle leur relation est formalisée le confirme. Le personnage de Janvier, dont la chute constitue l'un des moments saillants de la saison, connaît quant à lui un sort narratif abrupt, difficile à justifier, qui laisse un goût amer d'expédition. On comprend à peu près ce que les scénaristes ont voulu faire ; on comprend moins comment ils ont pu croire que ça fonctionnerait tel quel.
Maya pose un problème différent, mais tout aussi réel. Le personnage a toujours été le moins bien défini de la série, et cette saison 3 ne fait rien pour arranger les choses. Son idylle avec le légiste semble artificielle, voire forcée, son rôle reste obscur, son écriture insuffisante, comme si les scénaristes n'avaient jamais tout à fait décidé ce qu'ils voulaient en faire. La relation entre Balthazar et Bach, enfin, souffre du même excès de prévisibilité que celui qui guette toutes les fictions à duo mixte : on sait depuis le premier épisode de la saison 1 que ça finira par se déclarer, et quand ça arrive ici, le chemin parcouru pour y parvenir manque cruellement d'élégance. L'aveu de sentiments entre les deux protagonistes aurait dû être l'un des temps forts de la série ; il arrive plutôt comme une formalité dont tout le monde voulait se débarrasser.
Thématiquement, la saison joue sur plusieurs tableaux sans en maîtriser aucun vraiment. La résolution de l'arc autour de Lise, qui constituait le moteur émotionnel de la série depuis ses débuts, est traitée avec plus de soin que la plupart des autres éléments de la saison, et c'est heureux. Là où HPI avait liquidé son propre fil rouge central en quelques épisodes bâclés pour une révélation décevante, Balthazar prend au moins la peine de boucler cette boucle avec un minimum de cérémonie. Mais tout autour, les thèmes de la série (le deuil, la solitude, la difficulté des liens) sont noyés dans une agitation narrative qui ne leur laisse guère de place pour respirer.
La réalisation ne sauve pas grand-chose. Elle reste dans le registre habituel de la série (propre, efficace, sans véritable aspérité), mais certains épisodes trahissent une précipitation dans l'exécution qui se voit à l'écran. La bande originale d'Alexandre Fortuit continue de souligner là où elle devrait simplement accompagner, et quelques scènes clefs perdent une partie de leur impact sous cet habillage sonore trop appuyé.
Tomer Sisley fait ce qu'il sait faire, ni plus ni moins que dans les saisons précédentes, et c'est à la fois rassurant et légèrement insuffisant dans une saison qui lui demande davantage émotionnellement. La résolution de l'arc Lise aurait pu être l'occasion de voir l'acteur étirer ses capacités dans une direction moins balisée ; l'écriture ne lui en offre pas vraiment les moyens. Hélène de Fougerolles, après avoir progressé de manière encourageante en saison 2, semble ici un peu contrainte par un scénario qui ne sait pas exactement où emmener son personnage. Pauline Cheviller, dans le rôle de Maya, pâtit directement des lacunes de l'écriture de son personnage, et le dernier épisode ne lui rend pas service, la laissant dans une position inconfortable qui tient autant à la direction d'acteurs qu'à ses propres choix. Côme Levin et Philypa Phoenix font ce qu'ils peuvent avec un arc romanesque qui manque de fondations, et s'en tirent avec une certaine dignité dans des circonstances scénaristiques qui ne les favorisent pas.
Il faut tout de même sauver un épisode de ce naufrage partiel, et cet épisode, Un autre monde, mérite sa mise à part. Balthazar y est plongé dans un univers parallèle où Lise n'a jamais été tuée, ce qui donne lieu à quelque chose d'assez rare dans la série : un vrai moment de légèreté mélancolique, drôle et touchant à la fois, qui laisse entrevoir ce que Balthazar pourrait être si elle acceptait plus souvent de prendre des risques réels plutôt que des risques de façade. C'est malheureusement à peu près tout ce que cette saison 3 offre de vraiment mémorable.
On repart donc avec l'espoir que le ménage fait en fin de saison ( et Bach enfin débarrassés de leurs ambiguïtés, le meurtre de Lise résolu, les ardoises émotionnelles nettoyées) permette à la suite de repartir sur des bases moins encombrées. La saison 3 de Balthazar est celle d'une série qui a confondu ambition et agitation, surprise et précipitation. Ce n'est pas une catastrophe (la série conserve ses fondations et son duo principal), mais c'est un recul sensible par rapport à ce que la saison 2 avait laissé espérer.
Cette saison 3 compte huit épisodes qui voient Raphaël Balthazar continuer d'arpenter les recoins les plus sombres de la criminalité parisienne, tout en naviguant dans les eaux plus troubles de sa vie sentimentale. L'arc autour de l'assassinat de Lise, qui avait fini par trouver son rythme en saison 2, arrive ici à sa résolution : une résolution attendue, travaillée, et qui clôt cette blessure fondatrice du personnage. Simultanément, la relation entre Balthazar et la capitaine Bach franchit un nouveau seuil, tandis que les personnages secondaires (les deux assistants de l'Institut, incarnés par Côme Levin et Philypa Phoenix) se voient offrir leur propre arc romanesque. Et Maya, la voisine de Balthazar jouée par Pauline Cheviller, occupe une place plus importante dans la narration. Sur le papier, tout cela ressemble à une série qui monte en puissance. Dans les faits, c'est plutôt une série qui perd pied.
Le problème central de cette saison 3, c'est qu'elle se croit plus maligne qu'elle n'est. La saison 2 avait eu l'intelligence de faire « plus » tout en gardant un équilibre suffisant pour que l'ensemble tienne. Ici, le « plus » est devenu « trop » : trop d'arcs simultanés, trop de pirouettes scénaristiques, trop de volonté de surprendre. Et quand on cherche à surprendre à tout prix, on finit souvent par surprendre pour de mauvaises raisons. Le premier épisode en est la preuve immédiate : Balthazar se retrouve sur une île bretonne isolée, dans une configuration de huis clos qui ne convainc pas. Le choix du personnage d'aller se fourrer là n'est jamais vraiment motivé de manière crédible, et l'on passe une heure à se demander pourquoi la série ouvre sur ce pied gauche au lieu d'en profiter pour poser les enjeux de la saison avec plus de rigueur. C'est bancal, et ce déséquilibre initial ne se corrige jamais vraiment.
Le deuxième épisode, Vendredi 13, illustre avec une certaine constance ce que la saison a de plus frustrant. L'épisode lorgne ouvertement du côté de Las Vegas 21 et d'Ocean's eleven (milieu du jeu, arnaques en cascade, ambiance casino), ce qui n'est pas une mauvaise idée en soi. Le problème, c'est que l'écriture ne suit pas. Le dispositif est posé, mais les rouages ne fonctionnent pas, les retournements sonnent faux, et l'on ressort de l'épisode avec la sensation désagréable d'avoir regardé quelqu'un rater un tour de magie en direct. Clothilde Jamin et son équipe avaient réussi des exercices de style bien plus convaincants en saison 2 : cette fois, l'ambition formelle dépasse visiblement les moyens narratifs mobilisés pour la soutenir.
Du côté des personnages, la saison accumule les décisions d'écriture discutables. La romance entre les deux assistants de l'Institut (trop évidente depuis la saison précédente pour constituer une vraie surprise, pas assez charnue pour être vraiment convaincante) arrive à l'écran avec la grâce d'une case qu'on coche. On sait depuis longtemps que ça allait arriver, et quand ça arrive enfin, on se demande pourquoi ça ne fonctionne pas mieux. La réponse est simple : le couple n'a jamais été écrit comme un couple potentiel, mais comme deux personnages commodes, et la précipitation avec laquelle leur relation est formalisée le confirme. Le personnage de Janvier, dont la chute constitue l'un des moments saillants de la saison, connaît quant à lui un sort narratif abrupt, difficile à justifier, qui laisse un goût amer d'expédition. On comprend à peu près ce que les scénaristes ont voulu faire ; on comprend moins comment ils ont pu croire que ça fonctionnerait tel quel.
Maya pose un problème différent, mais tout aussi réel. Le personnage a toujours été le moins bien défini de la série, et cette saison 3 ne fait rien pour arranger les choses. Son idylle avec le légiste semble artificielle, voire forcée, son rôle reste obscur, son écriture insuffisante, comme si les scénaristes n'avaient jamais tout à fait décidé ce qu'ils voulaient en faire. La relation entre Balthazar et Bach, enfin, souffre du même excès de prévisibilité que celui qui guette toutes les fictions à duo mixte : on sait depuis le premier épisode de la saison 1 que ça finira par se déclarer, et quand ça arrive ici, le chemin parcouru pour y parvenir manque cruellement d'élégance. L'aveu de sentiments entre les deux protagonistes aurait dû être l'un des temps forts de la série ; il arrive plutôt comme une formalité dont tout le monde voulait se débarrasser.
Thématiquement, la saison joue sur plusieurs tableaux sans en maîtriser aucun vraiment. La résolution de l'arc autour de Lise, qui constituait le moteur émotionnel de la série depuis ses débuts, est traitée avec plus de soin que la plupart des autres éléments de la saison, et c'est heureux. Là où HPI avait liquidé son propre fil rouge central en quelques épisodes bâclés pour une révélation décevante, Balthazar prend au moins la peine de boucler cette boucle avec un minimum de cérémonie. Mais tout autour, les thèmes de la série (le deuil, la solitude, la difficulté des liens) sont noyés dans une agitation narrative qui ne leur laisse guère de place pour respirer.
La réalisation ne sauve pas grand-chose. Elle reste dans le registre habituel de la série (propre, efficace, sans véritable aspérité), mais certains épisodes trahissent une précipitation dans l'exécution qui se voit à l'écran. La bande originale d'Alexandre Fortuit continue de souligner là où elle devrait simplement accompagner, et quelques scènes clefs perdent une partie de leur impact sous cet habillage sonore trop appuyé.
Tomer Sisley fait ce qu'il sait faire, ni plus ni moins que dans les saisons précédentes, et c'est à la fois rassurant et légèrement insuffisant dans une saison qui lui demande davantage émotionnellement. La résolution de l'arc Lise aurait pu être l'occasion de voir l'acteur étirer ses capacités dans une direction moins balisée ; l'écriture ne lui en offre pas vraiment les moyens. Hélène de Fougerolles, après avoir progressé de manière encourageante en saison 2, semble ici un peu contrainte par un scénario qui ne sait pas exactement où emmener son personnage. Pauline Cheviller, dans le rôle de Maya, pâtit directement des lacunes de l'écriture de son personnage, et le dernier épisode ne lui rend pas service, la laissant dans une position inconfortable qui tient autant à la direction d'acteurs qu'à ses propres choix. Côme Levin et Philypa Phoenix font ce qu'ils peuvent avec un arc romanesque qui manque de fondations, et s'en tirent avec une certaine dignité dans des circonstances scénaristiques qui ne les favorisent pas.
Il faut tout de même sauver un épisode de ce naufrage partiel, et cet épisode, Un autre monde, mérite sa mise à part. Balthazar y est plongé dans un univers parallèle où Lise n'a jamais été tuée, ce qui donne lieu à quelque chose d'assez rare dans la série : un vrai moment de légèreté mélancolique, drôle et touchant à la fois, qui laisse entrevoir ce que Balthazar pourrait être si elle acceptait plus souvent de prendre des risques réels plutôt que des risques de façade. C'est malheureusement à peu près tout ce que cette saison 3 offre de vraiment mémorable.
On repart donc avec l'espoir que le ménage fait en fin de saison ( et Bach enfin débarrassés de leurs ambiguïtés, le meurtre de Lise résolu, les ardoises émotionnelles nettoyées) permette à la suite de repartir sur des bases moins encombrées. La saison 3 de Balthazar est celle d'une série qui a confondu ambition et agitation, surprise et précipitation. Ce n'est pas une catastrophe (la série conserve ses fondations et son duo principal), mais c'est un recul sensible par rapport à ce que la saison 2 avait laissé espérer.
Ma note45%
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