Aller au contenu principal

· Julien   Lepage

Didier Barcco, tome 2 : Shotgun et confiserie
Monsieur Le Chien
2013

Précédent
Suivant

Mode lecture activé pour faciliter la lecture des critiques longues.

Illustration de critique : Didier Barcco, tome 2 : Shotgun et confiserie
Sept ans après sa sortie, je ressors ce deuxième tome de ma pile de BD avec la curiosité mêlée de nostalgie que l'on réserve aux bonnes blagues qu'on a déjà entendues… et dont on espère qu'elles feront encore mouche.

Monsieur Le Chien, c'est un cas à part dans le paysage de la BD franco-belge. Né sur les blogs à l'époque où ce format était encore une révolution, il s'est imposé comme une voix singulière dans un milieu qui ne savait pas trop quoi faire de lui. Gotlib en personne l'avait pistonné pour intégrer Fluide glacial ; anecdote savoureuse : il reste à ce jour le seul auteur recommandé par le maître du genre à avoir été recalé par la rédaction, avant d'y être finalement recruté des années plus tard par Yan Lindingre. Entre-temps, c'est chez Carabas qu'il a posé ses valises pour la série Didier Barcco, dont ce Shotgun et confiserie constitue le deuxième et dernier tome, paru en juin 2013.

Le personnage éponyme, Didier Barcco, est un VRP de légende : un ultrartisan du commerce, viril jusqu'à la caricature, irrésistible auprès des femmes et implacable face aux adversaires. C'est en gros le SAS de Gérard de Villiers transposé dans le monde du marketing et des salons professionnels, avec le cynisme en plus et la subtilité en moins, et c'est exactement le but. Dans ce deuxième opus, Barcco se retrouve missionné pour ressusciter « Pirate, le merveilleux bonbon », une confiserie tombée en désuétude dont la maison Carennac, qui le produit depuis le XIXe siècle, est au bord du gouffre. La campagne de communication s'engage plutôt bien, jusqu'à ce que quatre fausses couches simultanées éclatent dans les médias et sabordent toute la stratégie. L'action se déplace alors vers la Martinique, ses paysages somptueux et ses mystères de famille… avec en prime Ajitabh, le fidèle serviteur indien de Barcco, qui bénéficie même d'une aventure bonus en fin d'album, Vendetta au Babar-Pradesh, improbable et hilarante.

Le problème avec un tome 2, c'est qu'il arrive après un tome 1. Et le premier Didier Barcco, Plaisir d'offrir, fierté de vendre, avait posé quelque chose de vraiment rare : une provocation hyperbolique à droite tellement poussée à l'absurde qu'elle faisait rire y compris ceux qu'elle était censée horripiler. Ce deuxième tome conserve la recette, mais la surprise s'est évaporée. Monsieur Le Chien joue encore avec les mêmes ficelles : la testostérone triomphante, l'anticommunisme de pacotille, la femme-objet revendiquée comme ressort comique, et elles fonctionnent, mais avec un rendement décroissant. Les scènes de séduction répétées finissent par lasser là où elles amusaient franchement dans le premier. La trame narrative est aussi nettement plus décousue, moins construite, comme si l'auteur s'était davantage amusé à enchaîner les gags qu'à les tenir ensemble dans un récit cohérent.

Ce qui sauve l'album, ce sont ses moments d'anthologie ponctuels. La rencontre avec Baron Samedi, traitée avec un pragmatisme dévastateur « si ça se laisse découper au fusil à pompe, c'est que ça n'est pas magique », vaut son pesant de poudre noire. L'historique du bonbon Pirate, raconté avec le sérieux emphatique d'une saga familiale, est une petite leçon de comédie. Et le poème en page de garde révèle une veine poétique absurde que l'auteur cultive discrètement, et qui constitue l'une de ses marques stylistiques les plus attachantes.

Le dessin, lui, tient la route. L'anatomie est précise, le découpage efficace, et l'ensemble a ce petit quelque chose de volontairement daté — un trait qui lorgne vers la BD d'aventure des années 70 tout en se moquant d'elle — qui donne au projet sa cohérence visuelle. Les amateurs du premier tome y trouveront leur compte, ceux qui aiment Les caniveaux de la gloire ou les excès satiriques du Fluide Glacial des grandes heures aussi. Mais si vous n'avez jamais croisé Barcco, commencez par le premier volet : ce deuxième mérite d'exister, il ne mérite pas d'être votre première rencontre avec l'auteur.

Honnêtement : c'est bon, c'est drôle par endroits, c'est cohérent avec ce qu'est Monsieur Le Chien. Mais là où le tome 1 m'avait surpris, celui-ci se contente de confirmer. Et la confirmation, même réussie, ça ne fait pas le même effet.
Ma note69%
Lu le 29 Janvier 2020


Commentaires

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier !

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication.