Bicot président de club

Impossible de parler de Bicot président de club sans revenir un instant à son auteur. Martin Branner est d'abord un nom associé à la grande presse américaine, à cette époque où la bande dessinée se lisait le dimanche, à plat sur la table du salon. Créateur de Winnie Winkle en 1920, il a très vite vu son héroïne (Suzie en VF) sérieuse et laborieuse se faire voler la vedette par son petit frère, Perry… que la France rebaptisera Bicot. Un glissement révélateur : là où Branner dessinait d'abord la modernité féminine et le monde du travail, le public européen s'est entiché du gamin, de la bande de copains et des combines de trottoir. Bicot président de club, qui regroupe les albums parus entre 1926 et 1929, correspond à ce moment précis où la série assume pleinement ce recentrage. Branner est alors au sommet de sa popularité, installé dans une routine graphique d'une régularité presqu'obsessionnelle, tout en continuant à nourrir ses pages d'un regard ironique sur la société urbaine des années 1920.
Le principe est simple et presque minimaliste. Bicot, gamin malin et volontiers frondeur, fonde et dirige un club avec ses amis, Auguste, Ernest, Julot et quelques autres rejetons bruyants de la rue. Ils s'organisent, inventent des règles, se disputent le pouvoir, bricolent des projets grandioses avec trois bouts de ficelle. Face à eux, le monde adulte, souvent incarné par la grande sœur, plus sérieuse, plus bourgeoise, toujours prête à rappeler à l'ordre. Chaque planche fonctionne comme une petite chronique autonome, avec un début, une montée du chaos et une chute morale plus ou moins assumée. Branner utilise presque toujours le même découpage, une douzaine de cases régulières, comme s'il refusait toute esbroufe graphique pour mieux laisser parler la mécanique comique. Ce formalisme, qui peut aujourd'hui sembler rigide, participait à l'époque à l'efficacité du gag et à la lisibilité immédiate dans les journaux.
Ce qui frappe à la relecture, c'est la justesse avec laquelle Bicot président de club capte un âge de la vie. On y retrouve ce plaisir très pur de l'organisation enfantine, cette illusion de démocratie où le président est surtout celui qui parle le plus fort. Le club est une microsociété, parfois plus cruelle que le monde des adultes, mais aussi infiniment plus libre. Branner observe tout cela sans cynisme excessif, avec une tendresse amusée qui empêche la série de basculer dans la leçon de morale pure. Certaines situations résonnent encore étonnamment bien : les jeux de pouvoir, l'exclusion, la fascination pour les symboles d'autorité bricolés. On comprend pourquoi cette vision de l'enfance a marqué durablement la bande dessinée européenne, bien au-delà de son contexte d'origine.
Pour autant, tout n'a pas vieilli avec la même grâce. L'humour repose souvent sur la répétition et sur des archétypes très ancrés dans leur époque. La grande sœur, figure d'ordre et de contrainte, peut agacer par son systématisme, et certaines chutes paraissent aujourd'hui un peu téléphonées. Graphiquement, le trait de Branner, efficace mais peu évolutif, manque parfois de souffle face à ce que la bande dessinée a su inventer ensuite. On est loin de la nervosité d'un Little Nemo ou de l'élan burlesque qu'un Charlie Chaplin insufflait au cinéma muet au même moment. Ici, tout est plus sage, plus cadré, presque scolaire.
Reste un charme indéniable, celui des œuvres qui n'essaient jamais d'en faire trop. Bicot président de club se lit comme on feuillette un album photo ancien : certaines images paraissent figées, d'autres soudain très vivantes. Ce n'est ni un chef-d'œuvre intemporel ni une curiosité poussiéreuse, mais un classique solide, fondateur, qui rappelle d'où vient une certaine idée de la bande dessinée humoristique.
Le principe est simple et presque minimaliste. Bicot, gamin malin et volontiers frondeur, fonde et dirige un club avec ses amis, Auguste, Ernest, Julot et quelques autres rejetons bruyants de la rue. Ils s'organisent, inventent des règles, se disputent le pouvoir, bricolent des projets grandioses avec trois bouts de ficelle. Face à eux, le monde adulte, souvent incarné par la grande sœur, plus sérieuse, plus bourgeoise, toujours prête à rappeler à l'ordre. Chaque planche fonctionne comme une petite chronique autonome, avec un début, une montée du chaos et une chute morale plus ou moins assumée. Branner utilise presque toujours le même découpage, une douzaine de cases régulières, comme s'il refusait toute esbroufe graphique pour mieux laisser parler la mécanique comique. Ce formalisme, qui peut aujourd'hui sembler rigide, participait à l'époque à l'efficacité du gag et à la lisibilité immédiate dans les journaux.
Ce qui frappe à la relecture, c'est la justesse avec laquelle Bicot président de club capte un âge de la vie. On y retrouve ce plaisir très pur de l'organisation enfantine, cette illusion de démocratie où le président est surtout celui qui parle le plus fort. Le club est une microsociété, parfois plus cruelle que le monde des adultes, mais aussi infiniment plus libre. Branner observe tout cela sans cynisme excessif, avec une tendresse amusée qui empêche la série de basculer dans la leçon de morale pure. Certaines situations résonnent encore étonnamment bien : les jeux de pouvoir, l'exclusion, la fascination pour les symboles d'autorité bricolés. On comprend pourquoi cette vision de l'enfance a marqué durablement la bande dessinée européenne, bien au-delà de son contexte d'origine.
Pour autant, tout n'a pas vieilli avec la même grâce. L'humour repose souvent sur la répétition et sur des archétypes très ancrés dans leur époque. La grande sœur, figure d'ordre et de contrainte, peut agacer par son systématisme, et certaines chutes paraissent aujourd'hui un peu téléphonées. Graphiquement, le trait de Branner, efficace mais peu évolutif, manque parfois de souffle face à ce que la bande dessinée a su inventer ensuite. On est loin de la nervosité d'un Little Nemo ou de l'élan burlesque qu'un Charlie Chaplin insufflait au cinéma muet au même moment. Ici, tout est plus sage, plus cadré, presque scolaire.
Reste un charme indéniable, celui des œuvres qui n'essaient jamais d'en faire trop. Bicot président de club se lit comme on feuillette un album photo ancien : certaines images paraissent figées, d'autres soudain très vivantes. Ce n'est ni un chef-d'œuvre intemporel ni une curiosité poussiéreuse, mais un classique solide, fondateur, qui rappelle d'où vient une certaine idée de la bande dessinée humoristique.
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