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· Julien   Lepage

Bételgeuse, tome 5 : L'autre
Leo
2005

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Illustration de critique : Bételgeuse, tome 5 : L'autre
Voilà donc le point d'arrivée d'un voyage commencé onze ans plus tôt. Leo a lancé sa saga en 1994 avec un premier tome d'Aldébaran, et c'est en 2005 — dix albums plus tard — qu'il referme le deuxième cycle avec ce cinquième tome de Bételgeuse. Entre-temps, l'auteur brésilien a construit une œuvre cohérente et foisonnante, menant de front plusieurs séries chez Dargaud tout en portant seul le scénario, le dessin et les couleurs de ses propres cycles. Ce tome remportera d'ailleurs le Prix Tournesol au Festival d'Angoulême en 2008, trois ans après sa parution, reconnaissance tardive, mais méritée d'une dimension politique et écologique qu'on n'avait peut-être pas encore assez soulignée.

Kim et les survivants sont toujours coincés dans un canyon de Bételgeuse, à plusieurs jours de marche de tout. C'est dans ce contexte de survie précaire que la série va enfin livrer ses secrets. Les iums, ces créatures sans bouche qui communiquent avec la Mantrisse depuis le début du cycle, vont guider Kim vers une rencontre qui change tout : Sven, un extraterrestre à apparence humaine dont le peuple observe les humains depuis des siècles. Et Sven va expliquer. Beaucoup. On apprend l'origine des Mantrisses, pourquoi il en existe deux sur Bételgeuse dont une hostile, pourquoi elles distribuent leurs gélules de longévité à certains et pas à d'autres. Le voile se lève d'un seul coup, là où on attendait une révélation progressive.

Ce qui est frappant — et c'est le vrai point fort de ce tome — c'est à quel point tout se tient. Je ne sais pas si Leo avait planifié tout cela depuis le début, depuis le premier tome d'Aldébaran en 1994, mais la cohérence est admirable. Chaque détail posé au fil des dix albums précédents trouve ici son explication : le comportement des iums, le lien entre les deux planètes, le rôle précis de la Mantrisse dans l'écosystème. On pourrait reprocher à l'auteur de tout expliquer d'un coup, et ce reproche est justifié, mais il faut aussi lui reconnaître le courage de ne pas s'en tenir à l'éternel mystère feuilletonesque façon X-files qui aurait lassé tout le monde à la longue. Leo tranche, et l'univers en sort plus riche, pas appauvri.

Là où le tome décevra les plus exigeants, c'est dans son rythme. L'action est quasi inexistante : une grande partie de l'album se passe en dialogues entre Kim et Sven… et le bestiaire, d'habitude l'un des points forts de la série, est ici relégué au second plan. Les scènes sentimentales continuent d'occuper un espace disproportionné : Sven tombe évidemment sous le charme de Kim, comme avant lui à peu près tous les personnages masculins de la saga, et les dialogues autour de cette attraction manquent cruellement de naturel. Un passage sur l'anatomie comparative entre Kim, Inge et la jeune Maï Lan a fait tiquer beaucoup de lecteurs, et à juste titre : c'est exactement le genre de séquence qui vieillit mal et qui témoigne d'une obsession graphique pour le corps féminin que Leo n'a jamais réussi à doser correctement.

Au bout du compte, ce tome fonctionne mieux comme conclusion d'une saga que comme album autonome. Pris isolément, il est un peu court en action et un peu trop généreux en exposition. Pris dans le contexte de l'ensemble des dix albums qui précèdent, il est la pièce finale d'un puzzle qui s'emboîte avec une précision satisfaisante. La dernière page ouvre sur Antarès — le prochain cycle — avec la désinvolture de quelqu'un qui sait exactement où il va et qui a encore des idées à revendre. Difficile de lui en vouloir.
Ma note71%
Lu le 19 Mars 2026


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