Bonjour Kalumis

Mars 2012. Pendant que la blogosphère BD française s'agite entre albums Delcourt et chroniques Angoulême, une illustratrice française qui se fait appeler Kalumis pose discrètement une petite bombe sur Blogspot : une pin-up par jour, tous les jours, sans exception. Pas de maison d'édition, pas de distributeur, pas de service de presse. Juste un blog, un rythme de forçat, et un style qui accroche l'œil dès la première case.
Kalumis est à ce stade une illustratrice indépendante qui construit sa réputation par accumulation patiente plutôt que par coup d'éclat médiatique. Bonjour Kalumis constitue son premier vrai projet de longue haleine revendiqué comme tel ; un exercice de style au long cours, entre carnet de croquis public et performance artistique. Le concept est radical dans sa simplicité : chaque jour apporte sa pin-up, thématisée selon l'humeur ou la série du moment. Mythologie grecque, héroïnes de jeux vidéo, icônes de séries télévisées, figures originales : tout y passe, traité avec la même élégance cursive et ce sens du glamour assumé qui rappelle les grandes heures de l'illustration de charme franco-belge.
Bonjour Kalumis échappe à la définition classique de la bande dessinée tout en y appartenant pleinement : chaque illustration fonctionne comme une vignette autonome, un arrêt sur image qui se suffit à lui-même. La « série » au sens où on l'entend ici, c'est le projet lui-même : ce pari insensé du quotidien, cette galerie de femmes dessinées avec une constance qui force le respect. Les héroïnes de Kalumis partagent une même énergie : elles sont affirmées, sensuelles sans être vulgaires, ancrées dans des univers pop reconnaissables sans jamais se réduire au simple fan-art.
Ce qui frappe à la lecture — ou plutôt à la consultation, puisque l'expérience est celle d'un défilement de blog — c'est l'homogénéité du trait malgré la diversité des sujets. Kalumis a ce don rare de rendre ses sources immédiatement identifiables tout en les digérant complètement dans son propre langage graphique. Une pin-up inspirée d'un personnage de RPG japonais et une figure mythologique côte à côte, et pourtant la cohérence stylistique ne vacille pas. C'est le genre de maîtrise qu'on associe aux illustrateurs qui ont beaucoup dessiné avant d'oser montrer, et le défi quotidien qu'elle s'impose ne laisse aucune place à la complaisance.
Cela dit, l'exercice a ses limites, et il serait malhonnête de les passer sous silence. L'absence de narration, pleinement assumée, peut laisser sur sa faim quiconque cherche dans la bande dessinée autre chose qu'une succession de moments suspendus. On pense parfois à ces coffee table books d'artistes américains des années 1950 : belles choses, indubitablement, mais dont on fait le tour en une après-midi. Le format blog impose aussi une fragmentation qui dessert l'expérience globale : Bonjour Kalumis se savoure mieux en petites doses quotidiennes qu'en consultation marathon, et sa valeur tient autant au rituel de la publication qu'à chaque dessin pris isolément.
Il reste que dans le paysage de la création BD francophone de 2012, ce projet occupe une case singulière. Les amateurs du travail de Brecht Evens sur la couleur et la sensualité graphique, ou les lecteurs du blog de Boulet pour ce qu'il représente en termes d'engagement créatif quotidien, y trouveront quelque chose de familier et de rafraîchissant à la fois. C'est une œuvre de la régularité plutôt que de la révélation ; ce qui, finalement, n'est pas si courant, et mérite qu'on s'y attarde.
Kalumis est à ce stade une illustratrice indépendante qui construit sa réputation par accumulation patiente plutôt que par coup d'éclat médiatique. Bonjour Kalumis constitue son premier vrai projet de longue haleine revendiqué comme tel ; un exercice de style au long cours, entre carnet de croquis public et performance artistique. Le concept est radical dans sa simplicité : chaque jour apporte sa pin-up, thématisée selon l'humeur ou la série du moment. Mythologie grecque, héroïnes de jeux vidéo, icônes de séries télévisées, figures originales : tout y passe, traité avec la même élégance cursive et ce sens du glamour assumé qui rappelle les grandes heures de l'illustration de charme franco-belge.
Bonjour Kalumis échappe à la définition classique de la bande dessinée tout en y appartenant pleinement : chaque illustration fonctionne comme une vignette autonome, un arrêt sur image qui se suffit à lui-même. La « série » au sens où on l'entend ici, c'est le projet lui-même : ce pari insensé du quotidien, cette galerie de femmes dessinées avec une constance qui force le respect. Les héroïnes de Kalumis partagent une même énergie : elles sont affirmées, sensuelles sans être vulgaires, ancrées dans des univers pop reconnaissables sans jamais se réduire au simple fan-art.
Ce qui frappe à la lecture — ou plutôt à la consultation, puisque l'expérience est celle d'un défilement de blog — c'est l'homogénéité du trait malgré la diversité des sujets. Kalumis a ce don rare de rendre ses sources immédiatement identifiables tout en les digérant complètement dans son propre langage graphique. Une pin-up inspirée d'un personnage de RPG japonais et une figure mythologique côte à côte, et pourtant la cohérence stylistique ne vacille pas. C'est le genre de maîtrise qu'on associe aux illustrateurs qui ont beaucoup dessiné avant d'oser montrer, et le défi quotidien qu'elle s'impose ne laisse aucune place à la complaisance.
Cela dit, l'exercice a ses limites, et il serait malhonnête de les passer sous silence. L'absence de narration, pleinement assumée, peut laisser sur sa faim quiconque cherche dans la bande dessinée autre chose qu'une succession de moments suspendus. On pense parfois à ces coffee table books d'artistes américains des années 1950 : belles choses, indubitablement, mais dont on fait le tour en une après-midi. Le format blog impose aussi une fragmentation qui dessert l'expérience globale : Bonjour Kalumis se savoure mieux en petites doses quotidiennes qu'en consultation marathon, et sa valeur tient autant au rituel de la publication qu'à chaque dessin pris isolément.
Il reste que dans le paysage de la création BD francophone de 2012, ce projet occupe une case singulière. Les amateurs du travail de Brecht Evens sur la couleur et la sensualité graphique, ou les lecteurs du blog de Boulet pour ce qu'il représente en termes d'engagement créatif quotidien, y trouveront quelque chose de familier et de rafraîchissant à la fois. C'est une œuvre de la régularité plutôt que de la révélation ; ce qui, finalement, n'est pas si courant, et mérite qu'on s'y attarde.
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