The boys (saison 5)
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Bienvenue dans l'Amérique du Protecteur, celle où le plus beau sourire du pays cache désormais les crocs d'un despote en cape. C'est là-dessus que s'ouvre l'ultime salve de The boys, cette satire ultra-violente qu'Eric Kripke a tirée du comic saignant de Garth Ennis et Darick Robertson, et qui aura passé sept ans à faire passer Avengers: endgame, et autres bouses du MCU, pour un catéchisme du dimanche. Pour ce cinquième et dernier tour de piste, diffusé sur huit épisodes, on retrouve Karl Urban en Butcher toujours aussi avenant qu'un pitbull à jeun, Antony Starr en surhomme au bord de la crise mystique, ainsi que Jack Quaid, Erin Moriarty, Karen Fukuhara, Laz Alonso et Tomer Capone, l'escouade officieuse de la CIA au grand complet. S'y greffe une dernière fois Jensen Ackles en Petit Soldat : Kripke aime décidément traîner ses anciens de Supernatural d'un plateau à l'autre, au point d'y glisser aussi un caméo de Jared Padalecki pour compléter les retrouvailles.
Le pitch tient sur un ticket de métro : un an après avoir raflé le pouvoir, le Protecteur fait régner sa loi sur un pays quadrillé de camps de « rééducation » où croupissent Hughie, La Crème et Le Français. Face à ce délire autoritaire, Butcher ressort du chapeau un virus capable d'exterminer tous les Supers de la planète (lui compris, petit détail qui a son importance) pendant que le tyran se met en tête de dénicher le V1, la version originelle du Composé V censée le rendre carrément immortel. Deux camps, un objet convoité, une course contre la montre : sur le papier, tous les ingrédients d'un feu d'artifice final sont réunis.
Et sur ce plan, il faut rendre à César ce qui appartient à César : la série ne rate pas son entrée. Les deux premiers épisodes, lâchés d'un bloc, sont d'excellente facture. L'Amérique du Protecteur, à mi-chemin entre le rêve de gosse mégalomane et le cauchemar orwellien, offre sans doute le meilleur décor de toute la série, et on se prend à espérer que Kripke va boucler sa boucle sur un vrai coup d'éclat. Le souci, c'est que la promesse ne se transforme jamais tout à fait. À mesure que les épisodes défilent, la quête du V1 s'étire en une chasse au trésor un peu poussive, les personnages partent régler leurs comptes intimes dans des intrigues parallèles, et une part non négligeable du temps de parole sert à planter le décor du préquel Vought rising. On sent une série qui prépare sa propre succession au lieu de savourer ses derniers souffles.
Ce n'est pas que ce soit mauvais, d'ailleurs… c'est que ça reste petit. Kripke a reconnu publiquement ne pas avoir bénéficié d'un budget « à la Game of thrones » pour cette dernière ligne droite, et ça se voit à l'œil nu : les affrontements dantesques que la série avait su offrir par le passé cèdent la place à des empoignades plus modestes, plus resserrées. Le récit choisit délibérément l'intime plutôt que l'épique, la conversation plutôt que le carnage, l'effondrement mélancolique plutôt que l'explosion. C'est un parti pris défendable, presque courageux sur le papier. Sauf qu'après cinq saisons à monter la barre toujours plus haut, ce repli sur soi ressemble moins à une conclusion mûrie qu'à un pas de côté frustrant. On attendait l'apothéose, on récolte l'épilogue.
Côté personnages, la série tient malgré tout son cap thématique jusqu'au bout. Le Protecteur demeure l'un des grands portraits de tyran narcissique de l'époque, cet enfant tout-puissant que le pouvoir isole à mesure qu'il grandit ; l'idée, martelée mais juste, que plus on devient fort, plus on devient seul, irrigue tout son arc. Butcher, condamné et le sachant, gagne enfin le début de rédemption qu'on lui refusait depuis le premier jour, et sa fin, reprise fidèlement du comic où Hughie se voit contraint de le tuer pour éviter l'apocalypse, reste le morceau le plus fort de l'ensemble. Le hic, c'est autour : certains personnages tournent en rond, d'autres voient leur trajectoire expédiée à la va-vite, et le sort réservé à Petit Soldat, écarté du jeu avant même le dernier épisode, a de quoi laisser un goût amer à ceux qui espéraient le voir peser sur le dénouement.
Sur le fond, The boys continue de viser les mêmes cibles : culte de la personnalité, patriotisme transformé en produit dérivé, complaisance des foules devant le premier homme fort venu. Mais sans les affûter comme avant. La satire, autrefois tranchante, se contente parfois de recycler ses effets, et l'on se surprend à regretter le mordant des premières saisons. La réalisation, elle, reste soignée : la photographie garde ce grain froid et clinique qui a toujours fait la patte de la série, la bande-son continue de coller des tubes incongrus sur des bains de sang, et les quelques morceaux de bravoure gore font encore leur petit effet. Simplement, le spectacle a rétréci en même temps que l'ambition.
Reste les interprètes, et là, aucune réserve. Antony Starr livre une dernière partition magistrale, oscillant entre le monstre et l'enfant perdu avec une précision qui a toujours été le vrai moteur de la série ! Impossible d'imaginer The boys sans lui, et impossible pour la série de le laisser filer sans le sacrifier. Karl Urban lui donne la réplique avec la même hargne fatiguée, et le duo Jack Quaid / Erin Moriarty assure les moments d'humanité. En version française, le doublage tient parfaitement la vulgarité jubilatoire des dialogues, ce qui n'est pas un mince exploit quand chaque phrase de Butcher ressemble à une insulte réfléchie. C'est d'ailleurs l'un des petits paradoxes de l'affaire : malgré la bronca d'une partie du public et une comparaison peu flatteuse avec la saison finale de Game of thrones, la saison a battu des records d'audience sur la plateforme. Preuve qu'on peut décevoir tout en restant regardé jusqu'au dernier plan.
Au bout du compte, on tient une conclusion honnête, portée par un casting au sommet et par quelques idées fortes, mais qui range son artillerie au moment précis où on la voulait déployée. La série méritait une sortie fracassante ; elle s'en va sur la pointe des pieds, et c'est bien ça le plus dommage. Pas un ratage, non : plutôt un adieu correct de la part d'une œuvre qui nous avait habitués à taper beaucoup plus fort.
Le pitch tient sur un ticket de métro : un an après avoir raflé le pouvoir, le Protecteur fait régner sa loi sur un pays quadrillé de camps de « rééducation » où croupissent Hughie, La Crème et Le Français. Face à ce délire autoritaire, Butcher ressort du chapeau un virus capable d'exterminer tous les Supers de la planète (lui compris, petit détail qui a son importance) pendant que le tyran se met en tête de dénicher le V1, la version originelle du Composé V censée le rendre carrément immortel. Deux camps, un objet convoité, une course contre la montre : sur le papier, tous les ingrédients d'un feu d'artifice final sont réunis.
Et sur ce plan, il faut rendre à César ce qui appartient à César : la série ne rate pas son entrée. Les deux premiers épisodes, lâchés d'un bloc, sont d'excellente facture. L'Amérique du Protecteur, à mi-chemin entre le rêve de gosse mégalomane et le cauchemar orwellien, offre sans doute le meilleur décor de toute la série, et on se prend à espérer que Kripke va boucler sa boucle sur un vrai coup d'éclat. Le souci, c'est que la promesse ne se transforme jamais tout à fait. À mesure que les épisodes défilent, la quête du V1 s'étire en une chasse au trésor un peu poussive, les personnages partent régler leurs comptes intimes dans des intrigues parallèles, et une part non négligeable du temps de parole sert à planter le décor du préquel Vought rising. On sent une série qui prépare sa propre succession au lieu de savourer ses derniers souffles.
Ce n'est pas que ce soit mauvais, d'ailleurs… c'est que ça reste petit. Kripke a reconnu publiquement ne pas avoir bénéficié d'un budget « à la Game of thrones » pour cette dernière ligne droite, et ça se voit à l'œil nu : les affrontements dantesques que la série avait su offrir par le passé cèdent la place à des empoignades plus modestes, plus resserrées. Le récit choisit délibérément l'intime plutôt que l'épique, la conversation plutôt que le carnage, l'effondrement mélancolique plutôt que l'explosion. C'est un parti pris défendable, presque courageux sur le papier. Sauf qu'après cinq saisons à monter la barre toujours plus haut, ce repli sur soi ressemble moins à une conclusion mûrie qu'à un pas de côté frustrant. On attendait l'apothéose, on récolte l'épilogue.
Côté personnages, la série tient malgré tout son cap thématique jusqu'au bout. Le Protecteur demeure l'un des grands portraits de tyran narcissique de l'époque, cet enfant tout-puissant que le pouvoir isole à mesure qu'il grandit ; l'idée, martelée mais juste, que plus on devient fort, plus on devient seul, irrigue tout son arc. Butcher, condamné et le sachant, gagne enfin le début de rédemption qu'on lui refusait depuis le premier jour, et sa fin, reprise fidèlement du comic où Hughie se voit contraint de le tuer pour éviter l'apocalypse, reste le morceau le plus fort de l'ensemble. Le hic, c'est autour : certains personnages tournent en rond, d'autres voient leur trajectoire expédiée à la va-vite, et le sort réservé à Petit Soldat, écarté du jeu avant même le dernier épisode, a de quoi laisser un goût amer à ceux qui espéraient le voir peser sur le dénouement.
Sur le fond, The boys continue de viser les mêmes cibles : culte de la personnalité, patriotisme transformé en produit dérivé, complaisance des foules devant le premier homme fort venu. Mais sans les affûter comme avant. La satire, autrefois tranchante, se contente parfois de recycler ses effets, et l'on se surprend à regretter le mordant des premières saisons. La réalisation, elle, reste soignée : la photographie garde ce grain froid et clinique qui a toujours fait la patte de la série, la bande-son continue de coller des tubes incongrus sur des bains de sang, et les quelques morceaux de bravoure gore font encore leur petit effet. Simplement, le spectacle a rétréci en même temps que l'ambition.
Reste les interprètes, et là, aucune réserve. Antony Starr livre une dernière partition magistrale, oscillant entre le monstre et l'enfant perdu avec une précision qui a toujours été le vrai moteur de la série ! Impossible d'imaginer The boys sans lui, et impossible pour la série de le laisser filer sans le sacrifier. Karl Urban lui donne la réplique avec la même hargne fatiguée, et le duo Jack Quaid / Erin Moriarty assure les moments d'humanité. En version française, le doublage tient parfaitement la vulgarité jubilatoire des dialogues, ce qui n'est pas un mince exploit quand chaque phrase de Butcher ressemble à une insulte réfléchie. C'est d'ailleurs l'un des petits paradoxes de l'affaire : malgré la bronca d'une partie du public et une comparaison peu flatteuse avec la saison finale de Game of thrones, la saison a battu des records d'audience sur la plateforme. Preuve qu'on peut décevoir tout en restant regardé jusqu'au dernier plan.
Au bout du compte, on tient une conclusion honnête, portée par un casting au sommet et par quelques idées fortes, mais qui range son artillerie au moment précis où on la voulait déployée. La série méritait une sortie fracassante ; elle s'en va sur la pointe des pieds, et c'est bien ça le plus dommage. Pas un ratage, non : plutôt un adieu correct de la part d'une œuvre qui nous avait habitués à taper beaucoup plus fort.
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