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· Julien   Lepage

Retour vers le futur 3
Robert Zemeckis
1990

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Illustration de critique : Retour vers le futur 3
Voilà un drôle de défi que celui de conclure une trilogie culte sans en trahir l'esprit. Robert Zemeckis et Bob Gale ont pourtant relevé le gant avec Retour vers le futur 3, bouclant en 1990 les aventures temporelles de Marty McFly et du Doc Brown. Une trilogie tournée dans des conditions disons... sportives, puisque Zemeckis enchaînait les journées de tournage en Californie du Nord avant de sauter dans un jet privé pour superviser le montage du second volet à Los Angeles, et ce chaque soir. On a vu des conditions de création plus reposantes.

Cette fois, Marty reçoit une lettre vieille d'un siècle : son ami le Doc est coincé en 1885, dans le Far West, sous la menace de Buford « Molosse » Tannen, un ancêtre de son ennemi juré, bien décidé à lui régler son compte pour une sordide histoire de quatre-vingts dollars. Armé de cette information et de la DeLorean exhumée d'une mine abandonnée, Marty plonge encore une fois dans le passé — le plus lointain de la saga — pour sauver son meilleur ami d'une mort aussi bête qu'annoncée.

Sur le papier, le changement de décor est une idée séduisante. Après les années 50 du premier volet et le délire dystopique du second, transplanter nos deux héros en plein western permet à la trilogie de boucler un tour complet du mythe américain, des origines poussiéreuses à l'avenir en hoverboard. Le film joue avec bonheur sur les codes du genre : Marty, en cinéphile né avant l'heure, adopte le pseudonyme de Clint Eastwood ; ce qui n'a pas été sans négociations, Zemeckis ayant dû obtenir l'accord de l'acteur en personne après l'épisode Chuck Berry sur Johnny B. Goode… et n'hésite pas à se glisser dans la peau d'un personnage du Pour une poignée de dollars de Leone, plaque de métal vissée sur la poitrine. L'humour fonctionne, le second degré aussi, et la reconstitution de Hill Valley en 1885, tournée dans les paysages de Sonora, Californie, est soignée, avec ce qu'il faut de décors en carton-pâte assumé. Là où le bât blesse, c'est dans la densité narrative. Les deux premiers films multipliaient les niveaux de lecture, les paradoxes temporels, les répercussions en cascade. Celui-ci se contente d'un aller simple dans le passé, avec un scénario plus linéaire, moins vertigineux, qui rejoue des schémas déjà connus : le réveil après un coup sur la tête, la scène de bagarre dans le bar devenu saloon, le bal final comme climax… sans chercher à les réinventer vraiment. Il y a quelque chose d'un peu pépère dans cette conclusion, un sentiment de croisière, là où on aurait aimé un sprint. Ce ralentissement a cependant un avantage inattendu : il laisse de l'espace aux personnages pour exister autrement. Doc Brown en est le premier bénéficiaire. Pour la première fois de la saga, le scientifique fou aux cheveux en bataille tombe amoureux. En l'occurrence, de Clara Clayton, une institutrice férue d'astronomie, interprétée avec charme par Mary Steenburgen qui, anecdote de tournage, avait d'abord décliné le rôle avant que ses enfants, fans du premier film, ne la convainquent de reconsidérer la chose. Ce développement sentimental du Doc est la vraie plus-value du film. Le savant rationnel, l'homme de science par excellence, se retrouve à remettre en question ses convictions les plus fondamentales face à une simple histoire de cœur. C'est touchant, c'est inattendu, et ça donne au personnage une profondeur que les deux premières parties ne lui avaient pas accordée. La romance reste toutefois un peu mièvre par moments, et l'émotion qu'elle devrait provoquer arrive avec un léger décalage, comme si le scénario n'avait pas tout à fait confiance en lui pour laisser respirer ces scènes. Du côté de Marty, la trilogie trouve enfin une résolution à son principal arc narratif : ce réflexe pavlovien qui le fait bondir à la moindre allusion à sa lâcheté. C'est une petite chose, mais elle est là, soigneusement semée depuis le deuxième volet, et sa conclusion donne rétrospectivement du sens à des éléments qu'on avait presqu'oubliés. La mise en scène de Zemeckis est efficace, sans être aussi enthousiasmante que dans les épisodes précédents ; conséquence logique d'un script moins riche en rebondissements. Il compense par quelques séquences de belle facture : l'arrivée de Marty en 1885 au milieu d'une charge de cavalerie, le duel dans la rue principale, et surtout le climax ferroviaire, une poursuite en train sous pression qui tient le spectateur en haleine avec l'aide précieuse de la partition d'Alan Silvestri, récompensée d'un Saturn Award. La musique, qui marie les cuivres du western à l'électronique iconique de la saga, est l'un des vrais triomphes du film. Michael J. Fox est toujours impeccable dans les semelles de Marty, avec cette façon de rendre crédibles des situations totalement absurdes tout en gardant un timing comique parfait. Mais le film appartient clairement à Christopher Lloyd, qui révèle ici des couleurs insoupçonnées. Il faut rappeler que cet acteur de cinquante et un ans au moment du tournage n'avait jamais joué de scène romantique à l'écran de toute sa carrière : le baiser échangé avec Mary Steenburgen était littéralement son premier baiser de cinéma. Ça se sent, dans le bon sens du terme : il y a quelque chose de maladroit et d'authentique dans sa façon d'aborder ce registre, qui colle parfaitement au personnage. Tom Wilson, lui, cabotine avec délectation dans le rôle de l'ancêtre de Biff, prouvant une fois de plus que les Tannen sont la meilleure invention de cette saga. Au fond, Retour vers le futur 3 est exactement ce qu'il devait être : une conclusion honnête et attachante, qui ne cherche pas à surpasser ses aînés, mais à leur offrir un point final cohérent. Ce n'est pas le volet le plus audacieux, ni le plus inventif, mais c'est un film qui aime ses personnages et qui prend soin de les envoyer vers un avenir ouvert : celui que chacun se choisit, comme le résume la dernière réplique du Doc. On aurait aimé plus de vertige, plus de risques. On repart quand même avec le sourire. Et dans ce genre de trilogie, c'est déjà beaucoup.
Ma note80%
Vu le 20 Février 2009


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