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· Julien   Lepage

Revenir
Jessica Palud
2018

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Illustration de critique : Revenir
Il arrive parfois qu'un film ne tienne qu'à un fil. Une promesse, une atmosphère, un frisson attendu. Et puis la déception vient, douce, presque polie, comme si elle s'excusait d'être là. Revenir, premier long-métrage de Jessica Palud, porté par Niels Schneider et Adèle Exarchopoulos, s'inscrit dans cette catégorie étrange des films dont on comprend les intentions, dont on devine le projet, mais qui, faute de souffle, nous glissent entre les doigts.

Le point de départ est pourtant solide : Thomas revient dans la ferme familiale après douze ans d'absence. Il rentre pour dire adieu à sa mère mourante, recroise un père avec lequel il ne s'est jamais vraiment entendu, et découvre un neveu qu'il ne connaissait pas, fruit d'une union entre son frère défunt et Mona, une jeune femme au passé modeste et au regard droit. C'est dans ce territoire meurtri de la Drôme rurale que se joue ce drame familial, peu bavard, gorgé de non-dits, d'élans contrariés, et de silences lourds.

Mais voilà, Revenir dure 77 minutes, ce qui n'est pas le problème en soi, mais qui, en l'occurrence, empêche le film d'exister pleinement. Il y a trop de portes entrouvertes, trop de thèmes amorcés puis laissés en jachère : la désagrégation de la cellule familiale, le poids des attentes paternelles, la lente agonie du monde agricole, la sensualité naissante entre deux âmes cabossées... Le film survole, il ne creuse jamais. Il s'éparpille un peu, comme si Jessica Palud n'osait pas aller jusqu'au bout de ses propres intuitions.

Les personnages sont d'ailleurs à l'image de cette retenue. Thomas revient, mais reste en retrait, Mona semble s'attacher, mais on ne comprend jamais très bien ce qu'elle ressent, le père incarne le mutisme héréditaire sans jamais le transcender. Seul le petit Alex, étonnant de naturel, parvient à faire passer un peu d'émotion dans cet univers éteint. Le reste manque d'épaisseur, comme si les personnages étaient encore en train d'attendre d'être écrits.

Les thèmes, pourtant, sont puissants : la terre abandonnée, les liens brisés, le deuil, la fuite, la difficulté d'aimer. Mais la mise en scène, bien qu'appliquée, les effleure plutôt qu'elle ne les embrasse. La réalisatrice filme au plus près, choisit les silences plutôt que les dialogues, la suggestion plutôt que l'expression. Là encore, c'est une direction intéressante, mais qui manque de souffle, de tension, de nerf. La scène d'amour dans la boue, par exemple, qu'on pourrait croire arrachée à Sous le sable ou à un vieux Claude Sautet, n'a pas le retentissement qu'elle mérite.

Sur le plan formel, la photographie signée Victor Seguin est soignée. La lumière d'été, les couleurs chaudes de la campagne drômoise, les intérieurs un peu étouffants de la ferme familiale : tout est fait pour créer une atmosphère douce-amère, un cocon qui donne envie d'y croire. Mais ce bel écrin ne suffit pas à combler les lacunes du récit.

Niels Schneider est, comme souvent, investi, à fleur de peau. Il incarne avec pudeur un homme cabossé, en quête de réparation. Adèle Exarchopoulos, qui a ici le bon goût de rester habillée, est plus sobre que d'habitude, et c'est tant mieux. Leur duo fonctionne, même si leur relation semble parfois surgir d'un film différent. Roman Coustère Hachez, enfin, est une vraie découverte, et sa présence rayonne à chacune de ses apparitions.

Reste ce sentiment bizarre, celui d'avoir assisté à une promesse non tenue. Revenir aurait pu être bouleversant, poignant, écorché. Il se contente d'être un peu sage, un peu lent, un peu timide. Il effleure ses sujets au lieu de les affronter. On en ressort ni vraiment touché, ni tout à fait indifférent. Le film passe, comme un été sec, sans orage, sans rafale. Une esquisse de film, en somme, qui donne envie de voir ce que Jessica Palud fera une fois qu'elle osera vraiment.
Ma note40%
Vu le 27 Mars 2025


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