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· Julien   Lepage

The enchanted drawing
James Stuart Blackton
1900

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Illustration de critique : The enchanted drawing
Je me suis retrouvé, assis dans mon salon, à regarder ce court-métrage muet qui voudrait prétendre à être l'ancêtre de l'animation moderne. On y voit J. Stuart Blackton lui-même, crayon en main, dessiner une figure grotesque et quelques objets sur un grand chevalet. Le film reprend ensuite un vieux tour de magie filmé : Blackton arrache ces objets dessinés (une bouteille, un verre, un chapeau, un cigare), les rend « réels » par un artifice de caméra, et les manipule comme des accessoires, avant de les remettre sur le papier. Le visage dessiné rit ou boude un peu selon la permutation de ces éléments et basta ; c'est moins un récit qu'un gag répétitif d'un peu plus d'une minute.

Ce que The enchanted drawing nous donne à contempler, c'est moins une naissance magique de l'animation que le vestige d'une expérience technique, archaïque et charmante à la fois. On n'est pas encore sur l'idée d'un dessin animé. Ici, le dessin sert juste au magicien : il dessine un objet, et celui-ci se matérialise. À la façon de Georges Méliès, on est sur un tour de magie filmé, aidé par le montage et le « stop trick » (technique consistant à arrêter la caméra pour remplacer ou ajouter des éléments entre deux prises). C'est malin et réussi pour l'époque, mais Méliès le faisait déjà avec plus d'énergie et d'inventivité. On voit clairement que Blackton s'inspire de la scène vaudeville, où il peaufine ses « lightning sketches », mais le résultat manque d'ambition narrative.

D'un point de vue purement visuel aujourd'hui, c'est… bien pâlichon. Le rythme est celui d'un tic de montre qui n'ose jamais s'emballer, les réactions du visage dessiné se résument à quelques sourires et grimaces, et l'ensemble ressemble parfois davantage à une curiosité de musée qu'à un film. On admire l'astuce technique sans être vraiment ému par ce qu'elle raconte. C'est court, certes, mais trop court pour déclencher autre chose qu'un haussement de sourcils circonspect.

Et pourtant, c'est impossible de ne pas reconnaître l'importance historique de cette pièce : sans ce genre d'essai un peu balbutiant, il n'y aurait peut-être pas eu d'Humorous phases of funny faces (1906) qui, lui, ira effectivement plus loin dans la transformation de simples dessins en mouvement perceptible. Mais aujourd'hui, plus d'un siècle après, ce court-métrage tient davantage du fragment d'histoire du cinéma que d'un objet cinématographique enthousiasmant à regarder seul.

La musique contemporaine qu'on peut trouver sur les versions restaurées (par exemple celles proposées par des archives comme la Library of congress n'aide pas vraiment : elle souligne la lenteur et l'absence de véritable souffle dramatique. Sans contexte historique, on peine à accrocher ; avec ce contexte, on admire l'intention plus que l'exécution.

D'un côté, on ne peut que saluer l'esprit d'expérimentation qui l'anime et la place qu'elle occupe dans l'évolution des images en mouvement ; de l'autre, on se dit que The enchanted drawing est un peu l'équivalent cinématographique d'une ébauche : intéressante pour comprendre d'où vient l'animation, mais difficilement capable de retenir l'attention comme divertissement autonome en 2017.
Ma note50%
Vu le 6 Septembre 2017


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