The experiment
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Paul Scheuring, créateur de la série Prison Break, s'attaque à un matériau pour le moins délicat avec The Experiment, remake du film allemand Das Experiment d'Oliver Hirschbiegel. Avec Adrien Brody et Forest Whitaker dans les rôles principaux, le film promettait une exploration psychologique intense de l'expérience de Stanford. Malheureusement, on se retrouve face à un nouvel exemple de cette manie hollywoodienne consistant à refaire ce qui a déjà été fait ailleurs, et pas forcément mieux. Vingt-six volontaires acceptent de participer à une expérience psychologique de deux semaines moyennant la coquette somme de 14 000 dollars. Répartis entre gardiens et prisonniers dans une prison factice, ils doivent respecter des règles strictes sous peine de voir l'expérience annulée et leurs gains perdus. Travis (Adrien Brody), pacifiste convaincu, se retrouve du côté des détenus tandis que Barris (Forest Whitaker), homme pieux et réservé, endosse l'uniforme de gardien. Rapidement, les rapports de force se dégradent et l'autorité cède place à la violence pure. Le scénario souffre d'emblée d'une américanisation à deux sous qui standardise au maximum un film au lieu de lui procurer cette sensation d'exception qu'offrait son prédécesseur allemand. Là où Das Experiment nous servait un drame psychologique intense avec une remise en cause profonde de notre humanité, ce remake laisse de côté l'aspect psychologique - pourtant le plus intéressant - pour ne garder que le côté spectaculaire de l'expérience. Les séquences musclées s'enchaînent avec un dédain manifeste, donnant l'impression que Scheuring s'est contenté de remplir sans conviction un cahier des charges bien maigrichon. D'ailleurs, petite anecdote révélatrice : Elijah Wood était initialement prévu au casting mais a quitté le tournage après seulement quelques jours, ce qui en dit long sur l'ambiance du projet. On a droit à une tripotée de personnages dont le développement frôle le néant et qui ressemblent plus à des stéréotypes qu'à des hommes. Difficile d'être réellement impliqué avec le petit gros roux dessinateur de comics diabétique ou le hippie barbu qui manifeste contre la guerre. Le personnage de Travis peine à convaincre dans son rôle de figure christique rebelle, tandis que Barris bascule dans la folie sadique avec une rapidité déconcertante qui confine au ridicule. Le garde incarné par Cam Gigandet suit un arc narratif téléphoné, passant du obsédé sexuel hétéro à l'homosexuel refoulé qui abuse de son autorité - une transformation aussi subtile qu'un coup de marteau. L'idée de traiter l'expérience de Stanford était pourtant intéressante, cette célèbre étude de 1971 ayant révélé les ressorts terrifiants de l'autorité et de la soumission. Mais ce remake rate complètement sa cible en ajoutant des éléments complètement dispensables - comme la mort d'un personnage - tout en éclipsant d'autres aspects pourtant fascinants de l'expérience originelle. Le film tente maladroitement d'aborder les mécanismes de violence institutionnelle, mais sa démonstration manque cruellement de finesse et de cohérence psychologique. Scheuring livre une réalisation propre mais désespérément lisse, à l'image de ces productions hollywoodiennes formatées. La séquence d'ouverture, mélangeant images subliminales de violence animale et humaine, sonne faux et paraphrase lourdement l'inévitable message du film. La photographie reste correcte sans jamais transcender le propos, tandis que la bande sonore de Graeme Revell accompagne mécaniquement une escalade de violence qui manque cruellement d'intelligence dans sa progression. Le montage part en vrille lors des derniers actes, sombrant dans le ridicule avec des effets de voix déformées et une musique électro dark qui transforme la tension psychologique en spectacle de foire. Adrien Brody fait ce qu'il peut avec un personnage mal écrit, mais on sent l'acteur contraint par un rôle qui oscille entre pacifisme convenu et révolte peu crédible. Forest Whitaker sombre quant à lui dans la caricature, particulièrement lors de ses scènes de sadisme exacerbé où il finit par ressembler davantage à un méchant de série B qu'à un homme ordinaire basculant dans l'abus de pouvoir. Cette transformation trop brutale dessert complètement le propos du film sur la banalité du mal. Le reste du casting, emmené par Cam Gigandet et Clifton Collins Jr., navigue entre clichés et stéréotypes sans jamais parvenir à incarner véritablement leurs personnages. Au final, ce n'est pas forcément déplaisant mais c'est loin d'être exceptionnel, et le seul mérite de ce The Experiment est de donner envie de s'intéresser à la vraie expérience de Stanford ou de revoir l'original allemand. Une introduction à l'article Wikipedia en somme. Le film rejoint malheureusement la longue liste de ces remakes américains ratés comme Let Me In, The Fog ou Psycho, qui auraient mieux fait de ne jamais voir le jour. Quand Hollywood fait de la psychologie à coups de hache, le résultat donne ce genre de production straight-to-DVD qui, malgré un casting respectable, peine à justifier son existence face à un original autrement plus percutant.
Ma note21%
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