Eux (saison 2)
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Los Angeles, 1991, une ville qui couve sous la cendre à un an du verdict Rodney King et des émeutes qui vont l'embraser. Voilà le décor que se choisit Little Marvin pour la deuxième livraison de son anthologie horrifique Eux, toujours chapeautée par Lena Waithe et sous-titrée cette fois La peur. Principe de l'anthologie oblige, on repart de zéro : exit la famille Emory et le Compton des fifties, place à une nouvelle intrigue, une nouvelle époque et une Deborah Ayorinde rappelée au générique, mais dans un rôle inédit, celui de Dawn Reeve, inspectrice à la criminelle du LAPD. À ses côtés, rien de moins que Pam Grier, icône de la blaxploitation qui fit les beaux jours de Foxy Brown et de Jackie Brown, et le chanteur devenu comédien Luke James. Sur le papier, un beau casting pour ce qui se voulait, on l'apprendra, le grand rachat de Little Marvin après une première saison passablement clivante.
L'affaire démarre pourtant fort : Dawn hérite d'un dossier atroce, le meurtre d'une mère de famille d'accueil dont la sauvagerie a retourné jusqu'aux flics les plus blindés. Une ville au bord de la rupture, une enquêtrice noire dans une institution qui n'aime ni les femmes ni les Noirs, et, à mesure qu'elle approche de la vérité, une présence malveillante qui vient s'inviter dans sa vie et cerner sa famille, son fils Kel et sa mère Athena. En parallèle se dévide le fil d'Edmund Gaines, employé de pizzeria rongé par un rêve de gloire d'acteur qui tourne au vinaigre. Le tout raconté dans un montage qui aime brouiller sa chronologie, au point de rembobiner vers son propre point de départ à mi-parcours.
Et c'est là que le bât blesse, très vite. À vouloir marier le polar procédural, le récit d'ascension ratée et le pur film de fantômes, la série s'éparpille sans jamais faire tenir la mayonnaise. Le whodunit s'étire mollement sur huit épisodes, multiplie les fausses pistes et les tunnels d'exposition, et la mécanique de l'effroi se réduit trop souvent à des apparitions convenues qu'on voit venir à des kilomètres. On sent le désir de dire quelque chose de fort sur la ville, la police, la peur qu'on transmet en héritage, et pourtant le propos se dilue dans une gravité de tous les instants qui prend le sérieux pour de la profondeur. C'est tout le paradoxe : la saison se veut la digne héritière de la vague horrifique lancée par Jordan Peele, celle de Get out, de Us ou du plus récent Nope, mais elle en singe la posture bien plus qu'elle n'en retrouve la nervosité. Confondre la solennité et le sens, c'est précisément ce qui sépare l'élève doué du maître, et ici la copie sent l'application scolaire.
Les personnages pâtissent du même flottement. Dawn est écrite comme une femme cadenassée, ce qui se défend, sauf qu'à force de blindage on peine à s'attacher à elle : loin de la déchirante Lucky du premier volet, elle reste une énigme un peu froide qu'on suit sans vraiment vibrer. Athena, la mère, aurait mérité tellement mieux que le rôle de faire-valoir qu'on lui concède, gâchis d'autant plus rageant qu'on tient là une légende du genre. Le seul à tirer son épingle du jeu, c'est Edmund Gaines, créature imprévisible et pathétique dont on ne sait jamais s'il faut le plaindre ou le redouter, et qui apporte la seule vraie électricité du lot.
Sur le fond, l'ambition ne manque pourtant pas. Ausculter le LAPD de l'intérieur à la veille de l'explosion sociale, interroger le prix à payer quand on rejoint l'institution qui vous piétine, filer la métaphore d'une terreur qui se transmet de génération en génération, il y avait matière à un grand truc. Le contexte est là, le sujet aussi, mais tout cela reste à l'état d'intention, plaqué sur l'intrigue plutôt que réellement infusé dedans, comme si le message et le frisson n'habitaient jamais tout à fait la même pièce.
Reste, comme souvent chez Little Marvin, une vraie tenue formelle. La reconstitution du Los Angeles nineties est un régal, les fringues, les bagnoles, la lumière poisseuse, une bande-son qui fleure bon la décennie, et la présence derrière la caméra de pointures du fantastique comme Ti West, Axelle Carolyn ou le chef opérateur oscarisé Guillermo Navarro garantit quelques plans franchement soignés. Le problème, c'est que la coquille est plus belle que le fruit : le puzzle temporel se révèle davantage coquetterie de montage que vraie idée de mise en scène, et les sursauts, aussi bien emballés soient-ils, n'entament jamais durablement notre tranquillité.
Côté interprétation, Deborah Ayorinde fait le boulot avec métier, mais son personnage la corsète et on ne retrouve pas l'intensité à fleur de peau qui la rendait bouleversante auparavant. La vraie révélation, c'est Luke James, méconnaissable, qui compose un paumé inquiétant avec un aplomb dont on ne le croyait peut-être pas capable, et qui vole chaque scène où il apparaît. Pam Grier, elle, reste sous-employée, ce qui tient de la faute de goût. On notera au passage, pour l'anecdote, la présence au casting de l'ex-star NBA Iman Shumpert, reconverti à l'écran avec plus ou moins de bonheur. La VF fait son office sans dénaturer les visages, mais aucun doublage au monde n'aurait sauvé un récit qui patine à ce point.
Au bout du compte, il ne reste qu'une déception polie. La saison coche pourtant des cases : plus ambitieuse sur le papier, plus léchée par endroits, portée par une ou deux prestations mémorables. Mais elle se traîne, se prend au sérieux, et surtout se réclame d'une filiation prestigieuse qu'elle est bien incapable d'honorer. On sort de là avec l'impression d'un pétard mouillé, joliment emballé mais qui ne claque jamais, et le sentiment tenace que le premier volet, tout imparfait qu'il était, avait au moins le mérite de la sincérité viscérale.
L'affaire démarre pourtant fort : Dawn hérite d'un dossier atroce, le meurtre d'une mère de famille d'accueil dont la sauvagerie a retourné jusqu'aux flics les plus blindés. Une ville au bord de la rupture, une enquêtrice noire dans une institution qui n'aime ni les femmes ni les Noirs, et, à mesure qu'elle approche de la vérité, une présence malveillante qui vient s'inviter dans sa vie et cerner sa famille, son fils Kel et sa mère Athena. En parallèle se dévide le fil d'Edmund Gaines, employé de pizzeria rongé par un rêve de gloire d'acteur qui tourne au vinaigre. Le tout raconté dans un montage qui aime brouiller sa chronologie, au point de rembobiner vers son propre point de départ à mi-parcours.
Et c'est là que le bât blesse, très vite. À vouloir marier le polar procédural, le récit d'ascension ratée et le pur film de fantômes, la série s'éparpille sans jamais faire tenir la mayonnaise. Le whodunit s'étire mollement sur huit épisodes, multiplie les fausses pistes et les tunnels d'exposition, et la mécanique de l'effroi se réduit trop souvent à des apparitions convenues qu'on voit venir à des kilomètres. On sent le désir de dire quelque chose de fort sur la ville, la police, la peur qu'on transmet en héritage, et pourtant le propos se dilue dans une gravité de tous les instants qui prend le sérieux pour de la profondeur. C'est tout le paradoxe : la saison se veut la digne héritière de la vague horrifique lancée par Jordan Peele, celle de Get out, de Us ou du plus récent Nope, mais elle en singe la posture bien plus qu'elle n'en retrouve la nervosité. Confondre la solennité et le sens, c'est précisément ce qui sépare l'élève doué du maître, et ici la copie sent l'application scolaire.
Les personnages pâtissent du même flottement. Dawn est écrite comme une femme cadenassée, ce qui se défend, sauf qu'à force de blindage on peine à s'attacher à elle : loin de la déchirante Lucky du premier volet, elle reste une énigme un peu froide qu'on suit sans vraiment vibrer. Athena, la mère, aurait mérité tellement mieux que le rôle de faire-valoir qu'on lui concède, gâchis d'autant plus rageant qu'on tient là une légende du genre. Le seul à tirer son épingle du jeu, c'est Edmund Gaines, créature imprévisible et pathétique dont on ne sait jamais s'il faut le plaindre ou le redouter, et qui apporte la seule vraie électricité du lot.
Sur le fond, l'ambition ne manque pourtant pas. Ausculter le LAPD de l'intérieur à la veille de l'explosion sociale, interroger le prix à payer quand on rejoint l'institution qui vous piétine, filer la métaphore d'une terreur qui se transmet de génération en génération, il y avait matière à un grand truc. Le contexte est là, le sujet aussi, mais tout cela reste à l'état d'intention, plaqué sur l'intrigue plutôt que réellement infusé dedans, comme si le message et le frisson n'habitaient jamais tout à fait la même pièce.
Reste, comme souvent chez Little Marvin, une vraie tenue formelle. La reconstitution du Los Angeles nineties est un régal, les fringues, les bagnoles, la lumière poisseuse, une bande-son qui fleure bon la décennie, et la présence derrière la caméra de pointures du fantastique comme Ti West, Axelle Carolyn ou le chef opérateur oscarisé Guillermo Navarro garantit quelques plans franchement soignés. Le problème, c'est que la coquille est plus belle que le fruit : le puzzle temporel se révèle davantage coquetterie de montage que vraie idée de mise en scène, et les sursauts, aussi bien emballés soient-ils, n'entament jamais durablement notre tranquillité.
Côté interprétation, Deborah Ayorinde fait le boulot avec métier, mais son personnage la corsète et on ne retrouve pas l'intensité à fleur de peau qui la rendait bouleversante auparavant. La vraie révélation, c'est Luke James, méconnaissable, qui compose un paumé inquiétant avec un aplomb dont on ne le croyait peut-être pas capable, et qui vole chaque scène où il apparaît. Pam Grier, elle, reste sous-employée, ce qui tient de la faute de goût. On notera au passage, pour l'anecdote, la présence au casting de l'ex-star NBA Iman Shumpert, reconverti à l'écran avec plus ou moins de bonheur. La VF fait son office sans dénaturer les visages, mais aucun doublage au monde n'aurait sauvé un récit qui patine à ce point.
Au bout du compte, il ne reste qu'une déception polie. La saison coche pourtant des cases : plus ambitieuse sur le papier, plus léchée par endroits, portée par une ou deux prestations mémorables. Mais elle se traîne, se prend au sérieux, et surtout se réclame d'une filiation prestigieuse qu'elle est bien incapable d'honorer. On sort de là avec l'impression d'un pétard mouillé, joliment emballé mais qui ne claque jamais, et le sentiment tenace que le premier volet, tout imparfait qu'il était, avait au moins le mérite de la sincérité viscérale.
Ma note39%
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