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· Julien   Lepage

The faculty
Robert Rodriguez
1998

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Illustration de critique : The faculty
Il y a des films qu'on regarde pour les revoir. Et puis il y a ceux qu'on revoit pour savoir pourquoi on les avait regardés. The faculty, c'est un peu les deux à la fois. Premier vrai film de commande pour Robert Rodriguez, réalisateur alors estampillé cool après Une nuit en Enfer et Desperado, cette incursion en territoire teenage-invasion-alien, scénarisée par le très bankable Kevin Williamson (le mec qui a redéfini le slasher avec Scream), avait tout pour ressembler à un produit d'époque. Et c'en est un. Mais il a gardé un petit goût, pas désagréable. Le goût des étés à la fête du cinéma, où le popcorn avait le parfum de la liberté.

L'histoire, en elle-même, tient sur un demi-cahier de texte : une petite ville américaine, son lycée typique, ses ados stéréotypés, et une étrange épidémie qui transforme profs et élèves en larves humanoïdes un brin collantes. En d'autres termes, L'invasion des profanateurs qui aurait croisé la route d'un clip de Garbage ou d'un épisode de Buffy contre les vampires. Tout commence quand un élève, souffre-douleur officiel, découvre qu'un parasite alien a décidé de prendre l'apparence des adultes de son lycée. Il alerte ses camarades, une bande disparate allant du dealer-bricolo au quaterback repenti, de la gothique introvertie à la pom-pom girl arrogante. Très vite, ils comprennent qu'il va falloir agir, seuls, et sans soutien. En gros : sauver le monde pendant la récré.

Ce n'est pas le scénario qui surprend — au contraire, il récite ses gammes avec application. Tout y est : la drogue artisanale qui s'avère être la seule arme contre l'envahisseur (détournement assez malin du test de sang de The thing), le twist final façon fausse victoire, les archétypes qui s'allient malgré eux. On navigue sur des rails, avec quelques virages bienvenus, mais sans jamais vraiment dérailler. Et même si certaines idées sont bonnes — comme l'alien planqué dans le corps de la fille timide qui se révèle être la « reine » du lot —, on sent que la mécanique du script (très Williamson) prend parfois le pas sur l'ambition.

Là où le film tire un peu son épingle du jeu, c'est dans sa manière de regarder ses personnages. Ils sont clichés, oui, mais pas totalement creux. L'ado rebelle vend de la poudre (qui sauve le monde), la lesbienne revendiquée n'en est pas vraiment une, le sportif intelligent en a marre de ne servir qu'à courir, et la pom-pom girl alpha cache une faille. Ce n'est pas révolutionnaire, mais c'est suffisamment travaillé pour qu'on y croit. Et ça aide à embarquer dans le récit, surtout à une époque où la plupart des films de genre pour ados se contentaient de poser des mannequins interchangeables.

Le sous-texte du film — cette méfiance envers l'autorité, cette peur de l'uniformisation des esprits — n'est pas subtil, mais fonctionne dans ce contexte lycéen. L'école devient un microcosme totalitaire où le conformisme est dicté par des profs soudain trop souriants. Cette idée que l'adulte est l'ennemi et que l'adolescent, dans sa rébellion, porte la vérité, a toujours été au cœur des teen movies. The faculty l'intègre plutôt habilement, sans tomber dans le pamphlet ou le sermon. C'est simple, mais pas simpliste.

Côté réalisation, Rodriguez fait le job. C'est carré, parfois nerveux, parfois bâclé. Quelques effets sont assez réussis (les transformations physiques, les gerbes de vers), d'autres sentent le CGI fatigué dès leur sortie de l'ordinateur. On sent qu'il ne s'approprie pas complètement le projet, mais qu'il s'amuse quand même un peu. La scène dans les gradins rétractables ou celle de la piscine ont un vrai cachet. Et malgré quelques faux raccords visibles comme une pustule en HD, il parvient à maintenir une tension relativement constante.

Le casting est, avec le recul, une belle galerie de « futurs connus ». Elijah Wood en ado martyr (avant de devenir Frodon), Josh Hartnett en rebelle charmeur, Clea DuVall en gothique asociale, Jordana Brewster en peste journalistique, Famke Janssen en prof au charme vénéneux, et bien sûr Robert Patrick, qui rejoue ici le T-1000 avec un sifflet autour du cou. Mention spéciale à Salma Hayek en infirmière, trop brièvement présente, mais toujours magnétique. L'ensemble est homogène, même si certains cabotinent un peu.

Avec le temps, The faculty est devenu un petit objet de culte. Ce n'est pas totalement immérité. On y retrouve une photographie très 90's, une bande-son peu subtile, mais efficace, des références cinéphiles assumées, et une énergie adolescente qui compense une partie de ses faiblesses. Ce n'est pas un chef-d'œuvre, ce n'est même pas toujours très bon, mais c'est suffisamment sincère pour qu'on y retourne avec un sourire. Et même si Rodriguez s'est depuis perdu dans des tripes de synthèse, ici, au moins, il filmait encore les idées des autres avec respect.

Pour une soirée un peu nostalgique, avec une VHS virtuelle dans le magnétoscope du souvenir, The faculty fait le job. Pas de quoi grimper aux rideaux, mais assez pour s'y suspendre quelques instants. Si vous aimez Scream, Invasion Los Angeles, ou même Parker Lewis, il y a de grandes chances que vous y trouviez votre compte. À condition de ne pas trop gratter le vernis.
Ma note73%
Vu le 2 Juillet 2010


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