The glory (partie 2)
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La vengeance, dit-on, est un plat qui se mange froid. Kim Eun-sook — scénariste star de la télévision coréenne, longtemps surnommée la « reine du drama romantique » pour des succès comme Descendants of the Sun — avait décidé de changer radicalement de registre avec The Glory. Et quand on sait que le plat en question a été préparé avec soin pendant dix-sept ans par Moon Dong-eun, interprétée par Song Hye-Kyo, on comprend que la patience ait été récompensée. Mise en scène par Ahn Gil-ho, cette deuxième partie clôt en 2023 l'un des dramas coréens les plus attendus de l'ère Netflix. Pour ceux qui auraient décroché à mi-parcours — ce qui n'aurait pas été honteux, tant la partie 1 prenait son temps — voici l'essentiel : Moon Dong-eun, brutalement harcelée et brûlée au fer à friser durant ses années de lycée, a bâti en silence un plan de vengeance méticuleux. Elle s'est faite institutrice pour se rapprocher de la fille de son ancienne bourrelle, Park Yeon-jin, devenue présentatrice météo souriant à la caméra. La partie 2, diffusée le 10 mars 2023 sur Netflix, est celle où les pièces tombent — et où les coupables commencent à payer. Il faut être honnête : la première partie était longue à se mettre en place. Nécessaire, mais longue. Elle posait les fondations avec une rigueur presque froide, ménageant des allers-retours entre présent et passé, construisant la psychologie d'une femme réduite à l'état de stratège pure. Un mal indispensable, certes. Mais la partie 2, elle, libère ce que la partie 1 compressait. Kim Eun-sook a choisi de structurer son récit comme une partie de go — jeu auquel Dong-eun s'est formée précisément pour cela, parce que, selon ses propres mots dans la série, « au go, tu exprimes tes désirs en silence ». Chaque mouvement a été anticipé, chaque adversaire cerné. La métaphore n'est pas simplement décorative : elle conditionne le rythme narratif, l'économie des révélations, la façon dont les personnages se positionnent sur l'échiquier sans jamais se dévoiler tout à fait. Le scénario tient globalement ses promesses, avec quelques réserves. Les ficelles les plus évidentes du drama coréen sont là — coïncidences providentielles, monologues légèrement surdimensionnés, romance latente avec Joo Yeo-jeong (Lee Do-Hyun) qui frôle parfois le cliché. Mais Kim Eun-sook parvient à ancrer tout ça dans quelque chose de suffisamment solide pour que ces facilités passent. On notera que la scénariste s'est inspirée d'un fait réel : en 2006, une collégienne de Cheongju fut battue et brûlée par ses camarades pendant un mois. Ce fond de réalité donne à l'ensemble une résonance que le simple divertissement n'aurait pas suffi à produire. Les personnages sont construits avec une noirceur réjouissante. Dong-eun n'est pas une héroïne lisse : elle a laissé derrière elle toute velléité de normalité pour n'être plus que sa vengeance, et la série ne l'excuse ni ne la condamne pour ça. En face, le groupe de bourreaux adultes est d'une veulerie cohérente, chacun enfermé dans sa propre lâcheté de classe — la riche, le carriériste, la mondaine, la fêtarde inconséquente. Ce qui rend le tout crédible, c'est que ces personnages n'ont pas de fond secret généreux : ils sont mauvais parce qu'ils l'ont toujours été, et parce qu'ils n'ont jamais eu à en payer le prix. Jusqu'ici. La thématique du harcèlement scolaire, régulièrement abordée dans les dramas coréens, est ici portée à un niveau d'intensité rarement atteint. Mais The Glory va plus loin que la dénonciation : elle interroge la manière dont les institutions — école, famille aisée, médias — protègent les bourreaux et abandonnent les victimes. La complicité passive des enseignants, la solidarité des milieux favorisés, l'impunité de ceux dont les parents savent « arranger les choses » : tout cela est montré avec une netteté qui dépasse le simple cadre du thriller. Visuellement, la réalisation de Ahn Gil-ho est irréprochable. La photographie dans des tons froids — bleus, noirs, violets, rouges désaturés — installe une atmosphère constamment menaçante, comme si le passé de Dong-eun avait contaminé la palette entière. La bande-son, sobre et efficace, accompagne sans jamais distraire. On est loin des excès mélodramatiques de certaines productions coréennes : ici, la mise en scène fait confiance au texte et aux acteurs. Les Coréens, décidément, excellent dans cet exercice. Et les acteurs sont à la hauteur. Song Hye-Kyo — dont la voix française est portée par Pamela Ravassard — signe une performance étonnante pour qui ne la connaissait que dans des rôles romantiques. Son regard vide, son corps presque désaffecté, ses rares éclats d'émotion savamment dosés : tout contribue à faire de Dong-eun un personnage habité plutôt que joué. Pour préparer la scène des cicatrices — marques de fer à friser que son personnage porte sur le dos —, elle a sévèrement réduit son alimentation, et cela se voit sans qu'on ait besoin de le savoir. En face, Lim Ji-Yeon compose une Yeon-jin psychopathe d'une efficacité redoutable : hystérique quand il le faut, froide quand c'est pire encore. Sa performance lui a valu le Baeksang de la meilleure actrice dans un second rôle — amplement mérité. Lee Do-Hyun, dans un rôle plus ambigu, est convaincant sans être inoubliable, et Yeom Hye-ran apporte une humanité bienvenue dans un récit qui en est souvent avare. Au bout du compte, The Glory (partie 2) tient ce qu'elle promettait : un feu d'artifice de vengeance jouissif, une conclusion à la hauteur d'une première partie qu'il fallait traverser pour en apprécier le prix. Ce n'est pas parfait — quelques longueurs subsistent, quelques facilités scénaristiques rappellent qu'on est bien dans un drama —, mais c'est incontestablement réussi. Ceux qui cherchent dans le même registre d'intensité pourront se tourner vers Squid Game, Vincenzo, ou pour une plongée plus cinématographique, vers l'œuvre de Park Chan-wook et notamment Oldboy — à condition d'avoir l'estomac bien accroché.
Ma note71%
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