Ultimex : histoires à lire au coin du feu
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C'est une bonne question de se demander ce qu'on fait avec un personnage qu'on a créé sur les bancs de la fac et qui finit par vous échapper complètement. François Gadant, alias Gad, a vécu ça. Étudiant en arts plastiques à Paris 8 à la fin des années 2000, il commence à griffonner les strips d'un type improbable — un globe oculaire géant en costume, grossier, violent, misanthrope, courtier dans une grande banque — et le poste sur le blog collectif Lizzycool. Le personnage, baptisé Ultimex, prend rapidement une vie propre. Trop propre, même. Les éditions Lapin le repèrent, publient un premier album en 2008, et la machine est lancée. Jusqu'à 218 épisodes, une saga complète en Enfer, et finalement cette compilation sortie fin 2021 chez Vraoum, Ultimex : histoires à lire au coin du feu, qui ressemble à la fois à un bilan et à un testament ; ou du moins à ce qu'on sort quand on sait qu'on ne fera plus jamais le même genre de conneries.
Le recueil compile trois aventures. Dans la première, Ultimex dans la famille de Steve, notre héros à la rétine apparente se retrouve embarqué dans un repas de famille chez Steve, son faire-valoir attitré : le genre de personnage dont l'unique fonction narrative est de souffrir et de rebondir. Ultimex y déploie son habituel cocktail de charme oculaire douteux et d'absence totale de savoir-vivre, avec les résultats prévisibles. La deuxième histoire, Le duel, le voit provoqué dans une affaire d'honneur par un jeune aristocrate répondant au nom d'Eudes-Valérie… et partir en quête d'un sabre dans une épopée absurde dont les rares survivants garderont la mémoire. La troisième, Service au bar uniquement, est l'histoire inédite de l'album : Ultimex dans un bistrot face à un serveur hipster qui a le mauvais goût de le prendre de haut. Le genre de scénette brève, méchante, efficace, qui se règle en deux planches et une fracture.
Ce qu'on lit ici, c'est de l'humour trash des premières heures : celui d'une époque où l'on se revendiquait volontiers apolitique et où bousculer le politiquement correct semblait encore un acte de bravoure. Gad le dit lui-même dans sa préface, avec une honnêteté qui force le respect : certaines de ces histoires reposaient « uniquement sur de la méchanceté et non sur de l'humour », et il les a supprimées de la compilation. C'est rare, cette lucidité-là. Ce qui reste est effectivement plus construit, plus drôle, plus intentionnel. Mais ça reste du trash caviar, comme le formule joliment le critique de Planète BD : servi à la louche, sans fioriture, dans des strips souvent limités à une ou deux planches.
Le dessin de Gad est fonctionnel. Ligne claire dépouillée, noir et blanc pour l'essentiel, sans prétention graphique particulière. Ce n'est clairement pas la raison pour laquelle on ouvre ce livre. On est ici pour les dialogues, qui sont, eux, véritablement hilarants par instants, et pour les situations, qui ont ce don particulier de partir dans des directions complètement déglinguées depuis des prémisses en apparence anodines. Il y a un peu de Buster Keaton là-dedans ; pas dans le dessin, mais dans la mécanique des enchaînements : une logique absurde appliquée avec le plus grand sérieux, jusqu'à l'inévitable catastrophe. Sauf qu'ici la catastrophe est souvent sanglante, misogyne et pas du tout clean. On pense aussi, dans les meilleurs moments, à l'OSS 117 de Hazanavicius : même posture du mâle alpha inconscient de lui-même, même satire en creux d'une certaine virilité caricaturale, même plaisir coupable à rire de quelque chose qu'on ne devrait peut-être pas.
Le problème, c'est que le plaisir est inégal. Certaines histoires font vraiment mouche. D'autres s'essoufflent, ou reposent sur un ressort tellement élastique qu'il finit par claquer. La compilation, c'est aussi ça : on n'échappe pas aux hauts et aux bas d'une œuvre née sur le web, dans l'urgence et l'enthousiasme d'un auteur qui produisait à la chaîne. L'édition est belle : couverture rigide, texture soignée, et un bonus de choix pour les collectionneurs ; la réédition de 11 cocktails, un ouvrage tiré à 150 exemplaires seulement pour les 11 ans du personnage, quasi introuvable jusque-là. Ce genre d'attention fait plaisir.
Au fond, Ultimex : histoires à lire au coin du feu est exactement ce qu'il prétend être : un recueil pour soirée d'hiver entre gens peu susceptibles, qui ne cherche pas à vous élever l'âme et y réussit tout à fait. Ce n'est pas de la grande BD, mais pour qui accepte le contrat, il y a de vraies pépites ici, des répliques qui restent, et un personnage suffisamment singulier pour qu'on comprenne comment il a pu tenir 218 épisodes. Gad fait partie de ces auteurs nés sur Internet dont la carrière papier aurait pu ne jamais exister… et dont l'existence confirme qu'il y avait bien quelque chose à défendre, même dans ce fatras de mauvais goût assumé.
Le recueil compile trois aventures. Dans la première, Ultimex dans la famille de Steve, notre héros à la rétine apparente se retrouve embarqué dans un repas de famille chez Steve, son faire-valoir attitré : le genre de personnage dont l'unique fonction narrative est de souffrir et de rebondir. Ultimex y déploie son habituel cocktail de charme oculaire douteux et d'absence totale de savoir-vivre, avec les résultats prévisibles. La deuxième histoire, Le duel, le voit provoqué dans une affaire d'honneur par un jeune aristocrate répondant au nom d'Eudes-Valérie… et partir en quête d'un sabre dans une épopée absurde dont les rares survivants garderont la mémoire. La troisième, Service au bar uniquement, est l'histoire inédite de l'album : Ultimex dans un bistrot face à un serveur hipster qui a le mauvais goût de le prendre de haut. Le genre de scénette brève, méchante, efficace, qui se règle en deux planches et une fracture.
Ce qu'on lit ici, c'est de l'humour trash des premières heures : celui d'une époque où l'on se revendiquait volontiers apolitique et où bousculer le politiquement correct semblait encore un acte de bravoure. Gad le dit lui-même dans sa préface, avec une honnêteté qui force le respect : certaines de ces histoires reposaient « uniquement sur de la méchanceté et non sur de l'humour », et il les a supprimées de la compilation. C'est rare, cette lucidité-là. Ce qui reste est effectivement plus construit, plus drôle, plus intentionnel. Mais ça reste du trash caviar, comme le formule joliment le critique de Planète BD : servi à la louche, sans fioriture, dans des strips souvent limités à une ou deux planches.
Le dessin de Gad est fonctionnel. Ligne claire dépouillée, noir et blanc pour l'essentiel, sans prétention graphique particulière. Ce n'est clairement pas la raison pour laquelle on ouvre ce livre. On est ici pour les dialogues, qui sont, eux, véritablement hilarants par instants, et pour les situations, qui ont ce don particulier de partir dans des directions complètement déglinguées depuis des prémisses en apparence anodines. Il y a un peu de Buster Keaton là-dedans ; pas dans le dessin, mais dans la mécanique des enchaînements : une logique absurde appliquée avec le plus grand sérieux, jusqu'à l'inévitable catastrophe. Sauf qu'ici la catastrophe est souvent sanglante, misogyne et pas du tout clean. On pense aussi, dans les meilleurs moments, à l'OSS 117 de Hazanavicius : même posture du mâle alpha inconscient de lui-même, même satire en creux d'une certaine virilité caricaturale, même plaisir coupable à rire de quelque chose qu'on ne devrait peut-être pas.
Le problème, c'est que le plaisir est inégal. Certaines histoires font vraiment mouche. D'autres s'essoufflent, ou reposent sur un ressort tellement élastique qu'il finit par claquer. La compilation, c'est aussi ça : on n'échappe pas aux hauts et aux bas d'une œuvre née sur le web, dans l'urgence et l'enthousiasme d'un auteur qui produisait à la chaîne. L'édition est belle : couverture rigide, texture soignée, et un bonus de choix pour les collectionneurs ; la réédition de 11 cocktails, un ouvrage tiré à 150 exemplaires seulement pour les 11 ans du personnage, quasi introuvable jusque-là. Ce genre d'attention fait plaisir.
Au fond, Ultimex : histoires à lire au coin du feu est exactement ce qu'il prétend être : un recueil pour soirée d'hiver entre gens peu susceptibles, qui ne cherche pas à vous élever l'âme et y réussit tout à fait. Ce n'est pas de la grande BD, mais pour qui accepte le contrat, il y a de vraies pépites ici, des répliques qui restent, et un personnage suffisamment singulier pour qu'on comprenne comment il a pu tenir 218 épisodes. Gad fait partie de ces auteurs nés sur Internet dont la carrière papier aurait pu ne jamais exister… et dont l'existence confirme qu'il y avait bien quelque chose à défendre, même dans ce fatras de mauvais goût assumé.
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