Heretic
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Il y avait une vraie attente autour de ce long métrage sorti en 2024, signé Scott Beck et Bryan Woods, porté par Hugh Grant, Sophie Thatcher et Chloe East. Après Sans un bruit, le duo (qui était alors scénariste) revenait à un cinéma plus resserré, plus bavard aussi, promettant un thriller horrifique à haute teneur intellectuelle, presque théologique, qui devait jouer autant avec les nerfs qu'avec les idées. Sur le papier, le projet avait tout pour intriguer.
Le point de départ est d'une simplicité redoutable : deux jeunes missionnaires mormones sillonnent une petite ville du Colorado, frappant aux portes pour prêcher leur foi. Une maison isolée, un homme accueillant nommé Mr Reed, et très vite l'évidence que quelque chose cloche. Le décor se referme, la maison devient un piège, un labyrinthe mental autant que physique, et la survie des deux jeunes femmes va dépendre de leur capacité à réfléchir, argumenter, douter, comprendre. Le film s'installe alors dans un huis clos où la parole est une arme presqu'aussi dangereuse que les pièges disséminés dans les murs.
C'est d'ailleurs là que le scénario montre à la fois sa plus grande force et sa principale limite. Les idées abondent. Le film se rêve en croisement entre Saw et Knock knock, mélangeant jeu de manipulation, sadisme feutré et débats moraux. Mais il n'atteint jamais complètement l'intelligence perverse du premier ni le côté malsain et ludique du second. Le discours de Mr Reed sur la foi, la croyance, le libre arbitre est passionnant, parfois même stimulant, et on sent que les réalisateurs prennent un réel plaisir à installer ces joutes verbales. Le problème, c'est qu'ils n'osent pas aller au bout. Le personnage reste dans un entre-deux frustrant : ni véritable illuminé mystique, ni fanatique religieux assumé, ni athée radical prêt à tout pour prouver sa thèse. À force de vouloir rester ambigu, le film perd en radicalité, là où il aurait gagné à choisir un camp, quitte à diviser.
Cette retenue se retrouve aussi dans l'évolution des personnages. Celui incarné par Chloe East est sans doute le plus intéressant. Présentée d'abord comme naïve, presqu'ingénue, elle se transforme progressivement en théologienne redoutablement affûtée. L'idée est excellente, mais son développement pose question. Cette érudition tardive semble surgir un peu comme par magie. On aurait aimé sentir cette intelligence dès le départ, même si cela aurait été peu crédible au regard de son âge. Après tout, le cinéma vit aussi d'écarts assumés, et une protagoniste plus mûre, moins « vendeuse » sans doute, aurait apporté une vraie épaisseur supplémentaire au récit.
Le cas du personnage de Sophie Thatcher est tout aussi révélateur. Sa dernière apparition (sans ne rien spoiler) ressemble trop à un deus ex machina bien pratique. Là encore, la comparaison avec Saw est cruelle : on attendait un final plus retors, plus surprenant, quelque chose qui retourne vraiment la situation ou le point de vue. À la place, le film choisit une résolution trop artificielle, qui donne l'impression que le scénario se débarrasse un peu trop vite de ses propres enjeux.
Les thèmes abordés restent pourtant passionnants. La foi comme construction mentale, la manipulation des croyances, le rapport entre savoir et soumission, tout cela est abordé frontalement. On sent que Beck et Woods ont beaucoup travaillé ces questions, et certaines scènes de dialogue sont réellement stimulantes, presque plus proches d'un débat philosophique que d'un film d'horreur classique. Le problème, encore une fois, tient dans l'équilibre : à force de vouloir rendre le propos accessible, le film lisse ses aspérités, comme s'il craignait de perdre son public en route.
La réalisation, elle, est difficile à attaquer. La mise en scène est soignée, précise, la maison-labyrinthe est filmée comme un organisme vivant, et la photographie contribue efficacement à cette sensation d'enfermement progressif. La bande-son se fait discrète, mais pertinente, et l'ensemble est d'une efficacité indéniable. Simplement, là aussi, il manque un supplément d'audace, un geste plus radical qui aurait fait basculer le film du bon thriller au véritable choc.
Côté interprétation, le trio principal fonctionne parfaitement. Hugh Grant, à contre-emploi, s'amuse visiblement à tordre son image, et son personnage reste l'un des grands plaisirs du film. Chloe East et Sophie Thatcher tiennent la distance, apportant chacune une énergie différente et complémentaire. Même en version française, l'ensemble reste très convaincant, preuve que le travail sur les personnages et les dialogues tient la route.
Au final, l'impression dominante reste celle d'un film riche en promesses, truffé de bonnes idées, mais qui n'ose jamais complètement les exploiter. On y voit le talent du duo Beck/Woods, leur envie de faire un cinéma de genre intelligent, et leur capacité à diriger des acteurs. Mais il manque cette puissance, ce pas de côté décisif qui aurait fait de Heretic une œuvre vraiment marquante. Un film frustrant, donc, autant qu'intéressant, qui laisse l'impression persistante d'un potentiel encore en attente d'explosion. Et c'est sans doute pour ça que, malgré ses qualités évidentes, on en ressort avec un léger goût d'inachevé, en se disant que les prochains projets de ces réalisateurs pourraient bien être les bons.
Le point de départ est d'une simplicité redoutable : deux jeunes missionnaires mormones sillonnent une petite ville du Colorado, frappant aux portes pour prêcher leur foi. Une maison isolée, un homme accueillant nommé Mr Reed, et très vite l'évidence que quelque chose cloche. Le décor se referme, la maison devient un piège, un labyrinthe mental autant que physique, et la survie des deux jeunes femmes va dépendre de leur capacité à réfléchir, argumenter, douter, comprendre. Le film s'installe alors dans un huis clos où la parole est une arme presqu'aussi dangereuse que les pièges disséminés dans les murs.
C'est d'ailleurs là que le scénario montre à la fois sa plus grande force et sa principale limite. Les idées abondent. Le film se rêve en croisement entre Saw et Knock knock, mélangeant jeu de manipulation, sadisme feutré et débats moraux. Mais il n'atteint jamais complètement l'intelligence perverse du premier ni le côté malsain et ludique du second. Le discours de Mr Reed sur la foi, la croyance, le libre arbitre est passionnant, parfois même stimulant, et on sent que les réalisateurs prennent un réel plaisir à installer ces joutes verbales. Le problème, c'est qu'ils n'osent pas aller au bout. Le personnage reste dans un entre-deux frustrant : ni véritable illuminé mystique, ni fanatique religieux assumé, ni athée radical prêt à tout pour prouver sa thèse. À force de vouloir rester ambigu, le film perd en radicalité, là où il aurait gagné à choisir un camp, quitte à diviser.
Cette retenue se retrouve aussi dans l'évolution des personnages. Celui incarné par Chloe East est sans doute le plus intéressant. Présentée d'abord comme naïve, presqu'ingénue, elle se transforme progressivement en théologienne redoutablement affûtée. L'idée est excellente, mais son développement pose question. Cette érudition tardive semble surgir un peu comme par magie. On aurait aimé sentir cette intelligence dès le départ, même si cela aurait été peu crédible au regard de son âge. Après tout, le cinéma vit aussi d'écarts assumés, et une protagoniste plus mûre, moins « vendeuse » sans doute, aurait apporté une vraie épaisseur supplémentaire au récit.
Le cas du personnage de Sophie Thatcher est tout aussi révélateur. Sa dernière apparition (sans ne rien spoiler) ressemble trop à un deus ex machina bien pratique. Là encore, la comparaison avec Saw est cruelle : on attendait un final plus retors, plus surprenant, quelque chose qui retourne vraiment la situation ou le point de vue. À la place, le film choisit une résolution trop artificielle, qui donne l'impression que le scénario se débarrasse un peu trop vite de ses propres enjeux.
Les thèmes abordés restent pourtant passionnants. La foi comme construction mentale, la manipulation des croyances, le rapport entre savoir et soumission, tout cela est abordé frontalement. On sent que Beck et Woods ont beaucoup travaillé ces questions, et certaines scènes de dialogue sont réellement stimulantes, presque plus proches d'un débat philosophique que d'un film d'horreur classique. Le problème, encore une fois, tient dans l'équilibre : à force de vouloir rendre le propos accessible, le film lisse ses aspérités, comme s'il craignait de perdre son public en route.
La réalisation, elle, est difficile à attaquer. La mise en scène est soignée, précise, la maison-labyrinthe est filmée comme un organisme vivant, et la photographie contribue efficacement à cette sensation d'enfermement progressif. La bande-son se fait discrète, mais pertinente, et l'ensemble est d'une efficacité indéniable. Simplement, là aussi, il manque un supplément d'audace, un geste plus radical qui aurait fait basculer le film du bon thriller au véritable choc.
Côté interprétation, le trio principal fonctionne parfaitement. Hugh Grant, à contre-emploi, s'amuse visiblement à tordre son image, et son personnage reste l'un des grands plaisirs du film. Chloe East et Sophie Thatcher tiennent la distance, apportant chacune une énergie différente et complémentaire. Même en version française, l'ensemble reste très convaincant, preuve que le travail sur les personnages et les dialogues tient la route.
Au final, l'impression dominante reste celle d'un film riche en promesses, truffé de bonnes idées, mais qui n'ose jamais complètement les exploiter. On y voit le talent du duo Beck/Woods, leur envie de faire un cinéma de genre intelligent, et leur capacité à diriger des acteurs. Mais il manque cette puissance, ce pas de côté décisif qui aurait fait de Heretic une œuvre vraiment marquante. Un film frustrant, donc, autant qu'intéressant, qui laisse l'impression persistante d'un potentiel encore en attente d'explosion. Et c'est sans doute pour ça que, malgré ses qualités évidentes, on en ressort avec un léger goût d'inachevé, en se disant que les prochains projets de ces réalisateurs pourraient bien être les bons.
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