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· Julien   Lepage

HPI (saison 5, partie 1)
Vincent Jamain et Mona Achache
2025

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Illustration de critique : HPI (saison 5, partie 1)
Après quatre saisons et un succès d'audience qui a transformé Audrey Fleurot en figure incontournable du prime time français, HPI revient pour sa cinquième et dernière saison sous la houlette de Vincent Jamain et Mona Achache. Cette première partie, diffusée entre mai et juin 2025, arrive avec le poids des attentes et la pression de conclure dignement une série qui a su conquérir près de dix millions de téléspectateurs. Les showrunners ont annoncé vouloir explorer de nouveaux territoires narratifs, notamment en plongeant dans l'intimité familiale de Morgane et Karadec, tout en conservant la recette qui a fait le succès de la série.

Cette saison délaisse temporairement les enquêtes classiques pour se concentrer sur la nouvelle dynamique familiale entre Morgane et Karadec, désormais parents d'un petit Léo et contraints à la cohabitation. Les quatre premiers épisodes explorent cette situation inédite : entre les nuits blanches, les couches à changer et les scènes de crime, nos deux protagonistes doivent jongler avec leur rôle de parents tout en maintenant leur collaboration professionnelle. L'intrigue oscille entre comédie domestique et polar traditionnel, avec des enquêtes qui vont du meurtre en 24 heures chrono à l'affaire mystique impliquant une voyante, en passant par un empoisonnement lors d'un covoiturage et un kidnapping dans un train.

Les scénaristes ont visiblement voulu insuffler un nouveau souffle à la série en adoptant une approche plus intimiste, quitte à reléguer les enquêtes au second plan. Cette stratégie donne des résultats mitigés. Si les moments de comédie familiale fonctionnent plutôt bien, notamment grâce à l'alchimie naturelle entre Audrey Fleurot et Mehdi Nebbou, les intrigues policières semblent parfois bâclées. L'épisode d'ouverture, qui emprunte ses codes à 24 heures chrono avec son format temps réel, constitue une tentative audacieuse, mais qui s'essouffle rapidement. Une fois passé l'effet de style, on se retrouve avec une enquête anecdotique qui peine à maintenir la tension. Les épisodes suivants souffrent du même mal : des mystères qui manquent de profondeur et une résolution souvent trop prévisible.

Le personnage de Morgane traverse une période de transition intéressante, confrontée pour la première fois à la vulnérabilité de la maternité tout en tentant de préserver son indépendance légendaire. Cette évolution, bien que cohérente avec l'arc narratif global, prive parfois la série de son énergie habituelle. Karadec, quant à lui, gagne en humanité, mais perd en mystère, devenant un père de famille presque trop parfait. L'équilibre subtil entre leurs deux personnalités, qui constituait l'un des points forts de la série, se trouve quelque peu déséquilibré par cette nouvelle donne familiale. Les personnages secondaires, notamment Daphné et Céline, peinent à trouver leur place dans cette configuration remaniée.

Cette saison s'aventure sur des terrains thématiques plus matures, explorant les questions de parentalité, d'équilibre vie professionnelle-vie privée et de relations amoureuses non assumées. Le traitement de ces sujets, sans être révolutionnaire, apporte une certaine profondeur émotionnelle à l'ensemble. Néanmoins, on regrette que cette ambition narrative ne s'accompagne pas d'une réflexion plus poussée sur les enjeux sociétaux contemporains. La série reste dans sa zone de confort, privilégiant le divertissement familial à la prise de risque thématique. Cette approche sécuritaire, compréhensible en fin de parcours, prive malheureusement HPI d'un supplément d'âme qui aurait pu marquer cette ultime saison.

Sur le plan technique, cette première partie de saison fait preuve d'une ambition visuelle notable, particulièrement dans l'épisode d'ouverture qui multiplie les effets de montage et les cadrages dynamiques. La photographie, plus soignée que par le passé, bénéficie visiblement d'un budget rehaussé pour cette conclusion. Cependant, ces efforts stylistiques ne parviennent pas toujours à masquer une certaine routine dans la mise en scène des enquêtes. La bande-son, quant à elle, accompagne efficacement les moments d'émotion sans jamais vraiment surprendre. Les décors, entre l'appartement de Karadec transformé en joyeux bazar familial et les nouveaux lieux d'enquête, témoignent d'un soin particulier apporté à l'esthétique générale.

Audrey Fleurot livre une performance solide, naviguant avec aisance entre les registres comique et dramatique, même si on la sent parfois moins à l'aise dans les scènes de maternité que dans ses grands moments de déduction. Mehdi Nebbou trouve un nouveau registre de jeu avec ce Karadec père de famille, apportant une tendresse inédite à son personnage sans pour autant renier sa rigueur habituelle. Leur duo, malgré cette nouvelle configuration, conserve une belle complicité même si elle manque parfois de l'étincelle des premières saisons. Les acteurs secondaires, de Marie Denarnaud à Bruno Sanches, maintiennent leur niveau habituel sans véritablement se renouveler.

Cette première partie de cinquième saison témoigne d'une volonté louable de faire évoluer la série vers plus de maturité narrative, mais elle peine à trouver le bon équilibre entre innovation et préservation de l'ADN qui a fait son succès. Les moments de grâce existent, notamment dans les scènes familiales les plus naturelles, mais ils alternent avec des passages plus convenus où l'on sent la série tourner un peu à vide. HPI reste un divertissement de qualité, porté par un casting rodé et une production soignée, mais cette volonté de renouvellement ne convainc qu'à moitié.
Ma note58%
Vu le 6 Juin 2025


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