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· Julien   Lepage

Journal de crise 2017
Hervé Lepage
2018

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Illustration de critique : Journal de crise 2017
Chaque mois depuis l'été 2011, Hervé Lepage livre à un cercle de lecteurs fidèles ce qui ressemble à un rapport de bord rédigé depuis la passerelle d'un navire qui prend l'eau, avec le flegme d'un vieux loup de mer qui ne voit pas encore la nécessité d'enfiler son gilet de sauvetage. Ce Journal de crise 2017 s'inscrit dans une série de compilations annuelles autopubliés via Lulu.com, dont la couverture a été illustrée, comme un clin d'œil familial, par votre serviteur. Autant dire que l'objectivité absolue n'est pas tout à fait de mise ici… mais l'honnêteté, elle, l'est.

Le principe est rodé : douze mois, douze chapitres, une question par thème, une réponse en forme de développé bien senti. L'auteur joue le rôle du professeur socratique qui pose lui-même les questions de ses élèves imaginaires : « L'or figure à nouveau parmi les principaux paris de 2017, est-ce raisonnable ? » — avant de dérouler ses analyses avec la sérénité d'un homme qui a l'habitude d'avoir raison, ou du moins d'expliquer pourquoi les autres avaient tort. Le résultat est un objet hybride, quelque part entre le rapport de gestion de patrimoine, le pamphlet politique et le carnet de notes d'un observateur qui ne supporte pas qu'on lui raconte des histoires.

Parmi les personnages principaux de cette chronique, on retrouve Donald Trump, traité avec une neutralité volontairement provocatrice dans un contexte où la presse unanime lui cherchait des poux. Il y a Emmanuel Macron, décrit dès janvier comme « le dernier espoir du système » avec une prescience qui, rétrospectivement, mérite d'être saluée… même si l'auteur rate l'ampleur de sa percée. Il y a Marine Le Pen, analysée avec plus de rigueur que d'habitude dans la presse mainstream, y compris dans ses failles. Et puis il y a François Fillon, pour lequel Hervé Lepage éprouve une bienveillance prudente tout en disséquant le Penelopegate avec la précision d'un médecin légiste peu impressionnable.

La plume d'Hervé Lepage est l'une des raisons de lire ce livre plutôt que les habituels éditos de fin d'année. Elle oscille sans crier gare entre la technicité des fonds souverains et un tacle à David « Playmobil » Pujadas, entre une citation de Bossuet et un portrait au vitriol de Valls dont on ne répétera pas ici tous les détails. C'est un style de chroniqueur décomplexée, cultivé et mordant, qui rappelle parfois les meilleures pages des Mémoires de Charles de Gaulle dans leur façon de traiter les adversaires politiques avec un mépris souverain et documenté. Le chapitre de février contient une uchronie assez jouissive, dans laquelle l'auteur inverse les rôles politiques américains pour démontrer le deux poids deux mesures médiatique : un exercice de style réussi

Sur le fond économique, le bilan est franchement solide. Les prévisions publiées en janvier sont confrontées chaque mois aux résultats réels, et l'auteur ne triche pas dans ce décompte. Le score de Fillon prévu à 0,01% près, la dynamique Mélenchon/Hamon correctement anticipée, les marchés obligataires et les matières premières bien lus. La grille des trois pôles politiques — libéral-européen, gauche radicale, national-souverainiste — est l'une des analyses les plus solides de l'année sur la recomposition en cours, et on ne peut pas dire qu'elle ait vieilli.

Ce Journal de crise 2017 est donc une lecture stimulante, souvent roborative, parfois énervante, et rarement ennuyeuse ; ce qui est déjà beaucoup dans le paysage de l'essai politique français. Ceux qui apprécient Éric Zemmour ou les chroniques de Jean-Pierre Chevènement y trouveront leur compte, même s'ils ne seront pas toujours d'accord. Les autres auront au moins l'avantage de se frotter à une pensée construite qui ne cherche pas à leur plaire, et c'est une denrée suffisamment rare pour valoir le détour.
Ma note80%
Lu le 25 Décembre 2017


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