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· Julien   Lepage

Journal de crise 2021
Hervé Lepage
2022

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Illustration de critique : Journal de crise 2021
Publier une lettre confidentielle mensuelle depuis 2011, c'est construire une relation de confiance avec ses lecteurs : une promesse de dire tout haut ce que les autres taisent, avec la liberté que confère le hors-champ médiatique. Hervé Lepage, conseiller financier de métier, a depuis longtemps fait de cette lettre son terrain d'expression privilégié, mêlant analyse économique et décryptage politique dans un style qui ne ressemble à rien d'autre. Ce Journal de crise 2021 en est la synthèse annuelle : douze éditions mensuelles rassemblées en un volume, publiées au fil d'une année qui n'aura pas manqué de matière.

Le livre s'organise mois par mois, chaque chapitre portant un titre qui annonce la couleur. « Nuremberg ou la guerre promise », « Le covido-mondialisme est-il inéluctable ? », « L'offensive hivernale du mensonge » : autant d'intitulés qui préviennent d'emblée le lecteur : on n'est pas ici dans la nuance prudente de l'éditorialiste institutionnel. Hervé Lepage écrit depuis une position assumée, celle d'un observateur convaincu que les événements de l'année (la gestion de la crise sanitaire, la défaite de Trump, la politique vaccinale) obéissent à une logique supérieure que les médias mainstream se refusent à nommer. On peut adhérer ou non à cette grille de lecture, elle a au moins le mérite d'être exposée sans euphémisme.

Le dispositif narratif est original : chaque édition mensuelle prend la forme d'un entretien fictif, où l'auteur se pose lui-même les questions. Ce format dialogué, qui rappelle les grandes interviews de la presse écrite des années 70 autant qu'un talk-show de fin de soirée, permet de structurer des sujets denses (politique américaine, variants viraux, marchés financiers) sans perdre le lecteur. C'est efficace, et assez rare dans ce genre de publication pour mériter d'être signalé. Le chapitre d'avril, qui met en scène un débat imaginaire entre Raoult et Véran, pousse l'exercice encore plus loin : fiction polémique où les deux protagonistes échangent avec une franchise qu'aucune émission de télévision n'aurait tolérée. C'est le passage le plus vivant du livre, le plus libéré, et paradoxalement le plus honnête sur ses propres parti-pris.

Car c'est bien là que réside l'ambivalence du livre : Hervé Lepage n'est pas un journaliste, il ne prétend pas l'être. Il est quelqu'un qui pense, qui analyse, qui s'indigne… avec une verve et une culture certaines. Les références fusent, de Bardèche à Orwell, d'Edmund Burke aux Tontons flingueurs, avec une aisance qui n'est jamais pédante. Il y a un vrai plaisir de lecture dans cette écriture-là, quelque chose de l'ordre du pamphlet classique, du Léon Bloy qui aurait fait Sciences Po option finance. Le chapitre de mars, avec sa reconstitution fictive d'un procès de Nuremberg contre les responsables de la gestion covidienne, est du grand guignol assumé, et franchement jouissif à condition d'accepter le registre.

Les sections financières, en revanche, constituent un bloc à part. Les tableaux de performances mensuelles par classe d'actifs sont précieux pour le lecteur abonné d'origine, celui qui suit la lettre depuis le début et retrouve dans ces colonnes la confirmation ou l'infirmation des anticipations du mois précédent. Pour le lecteur de la compilation annuelle, ils sont plus ardus, même si les commentaires qui les accompagnent restent accessibles. C'est le seul moment où le livre se souvient qu'il est d'abord un outil de travail pour des investisseurs.

La limite principale du Journal de crise 2021, c'est sa propre cohérence. Hervé Lepage a raison sur certains points (l'inefficacité des confinements, les conflits d'intérêts pharmaceutiques, la fragilité de la démocratie élective) et il le sait, ce qui l'amène parfois à sur-argumenter, à empiler les preuves jusqu'à l'essoufflement du lecteur. Quand tout est dénoncé avec la même intensité, le regard finit par se saturer. Les meilleurs passages sont ceux où l'humour désamorce la colère, où l'auteur se permet l'ironie plutôt que la réquisitoire. Ceux-là, on les lit avec plaisir.

Pour ceux que l'analyse politique hors-cadre intéresse, et qui acceptent de lire un auteur qui n'a aucune intention de ménager leurs certitudes, c'est une lecture qui laisse des traces. Pas toujours confortable, rarement ennuyeux.
Ma note79%
Lu le 25 Décembre 2021


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