Katsuraakira
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Deux légendes vivantes du manga qui décident de s'associer le temps d'un one-shot, ça ne se refuse pas. Sur le papier, la rencontre entre Akira Toriyama et Masakazu Katsura ressemble à l'un de ces cross-over de rêve qu'on fantasme depuis des années sans jamais les voir se concrétiser ; le genre d'événement éditorial qui fait monter les geeks en pression avant même que le volume soit en rayon. D'un côté, le père de Dragon ball et de Dr Slump, inventeur d'un humour bête et méchant qui a formaté des générations entières. De l'autre, Katsura, l'auteur de Vidéo girl Aï et de Zetman, mangaka capable du pire sentimentalisme comme du meilleur découpage dynamique. La collaboration était dans les tuyaux depuis des années : les deux hommes sont amis depuis les années 80, depuis cette époque où Toriyama régnait sur le shōnen et où Katsura faisait ses premières armes. Elle s'est concrétisée en 2008 quand Toriyama, sollicité pour le lancement du magazine Jump square, a accepté de contribuer à une condition : il ferait le scénario et le storyboard, mais pas question de tenir un crayon. Un artiste qui sous-traite son dessin à son meilleur ami IRL, voilà une façon originale de travailler. Le titre lui-même — Katsuraakira — est la fusion des deux patronymes : le nom de famille de l'un, le prénom de l'autre. Élégant dans sa sobriété. Ou paresseux, selon l'humeur.
Le recueil regroupe deux histoires courtes qui s'inscrivent dans ce qu'on pourrait appeler l'univers étendu de Toriyama, celui de la Patrouille Galactique : le même décor que Jaco le patrouilleur galactique, sorti la même année, qui servait lui-même de préquel à Dragon ball. La première histoire, Trop forte, Sachié !!, met en scène une gamine déguisée en écolière fashion qui se révèle être une combattante redoutable quand deux extraterrestres débarquent chez elle pour la recruter et sauver leur planète. La seconde, Jiya, suit un patrouilleur galactique qui atterrit sur Terre à la recherche d'un collègue disparu, se retrouve mêlé à une affaire de vampire, et croise la route d'une jeune fille de bonne famille aussi prétentieuse qu'attachante. Deux récits sans lien direct, réunis par la même veine : SF légère, humour décalé, protagonistes féminins hauts en couleur. La marque Toriyama est reconnaissable au premier coup d'œil : les noms des antagonistes tirés du garde-manger (Mil, Kcho, Colate dans le premier récit), les personnages secondaires grotesques, les filles qui semblent fragiles et qui fracassent tout sur leur passage.
Sauf que voilà. Une fois refermé, Katsuraakira laisse un goût étrange : celui d'une occasion un peu gâchée. Ou plutôt d'une attente mal calibrée, ce qui revient peut-être au même. La première histoire est d'une légèreté désarmante, au sens littéral : il ne s'y passe presque rien, le rythme est haché, l'humour ne prend pas vraiment et l'ensemble ressemble à une ébauche de chapitre pilote qu'on aurait publiée telle quelle faute de temps. On reconnaît bien la patte Toriyama dans les grandes lignes, mais ce qu'elle avait de jouissif dans Dr Slump — ce sens du gag visuel, cette énergie de la page — s'évapore ici, peut-être parce que Katsura, contraint de suivre des storyboards très détaillés avec découpage serré en petites cases, ne peut jamais vraiment s'exprimer. C'est le problème fondamental du projet : Katsura aime les cases larges, les respirations graphiques, le détail des expressions : tout ce que le style Toriyama compresse et accélère. Les deux esthétiques ne fusionnent pas vraiment ; elles cohabitent, un peu gênées l'une de l'autre.
La seconde histoire se défend mieux. Jiya bénéficie d'un développement plus ample — trois chapitres contre un seul pour Sachié — et Katsura y retrouve un peu plus de liberté, notamment dans le design de Kaédé, la fille de bonne famille au look rétro seventies franchement réussi. L'intrigue se tient davantage, le vampire Vampa offre quelques pages d'action efficaces, et on sent enfin que les deux auteurs se sont amusés. Mais là encore, sitôt qu'on commence à s'attacher aux personnages, le volume se referme. Cent soixante pages de fiction pour une somme de talent pareille, c'est franchement peu. Ça fait penser à ces groupes de rock mythiques qui se réunissent le temps d'un EP de quatre titres : les fans sont contents d'avoir quelque chose, mais ils savent au fond que c'était loin d'être le full album qu'ils espéraient.
Le cahier bonus qui occupe le dernier tiers du volume est franchement la partie la plus intéressante. Croquis de personnages préparatoires, illustrations inédites, et surtout une interview croisée des deux auteurs où ils reviennent sur la naissance du projet : une rareté éditoriale, paraît-il, même au Japon. On apprend entre autres que Toriyama avait jadis conseillé à Katsura d'intégrer une transformation à la Super-Saiyen dans DNA², ce qui avait valu à ce dernier une vague d'accusations de plagiat. Ce genre d'anecdote dit beaucoup sur leur relation : une amitié de trentenaires de métier qui n'ont jamais eu peur de se dire ce qu'ils pensent. Dommage que cette complicité peine autant à transparaître dans les planches elles-mêmes.
Les amateurs de Jaco ou de Dr Slump trouveront sans doute leur compte, à condition de ne pas s'attendre à mieux qu'un divertissement d'après-midi pluvieux. Les autres risquent de repartir avec l'impression d'avoir payé — assez cher pour un grand format — le privilège de voir deux légendes travailler en régime réduit.
Le recueil regroupe deux histoires courtes qui s'inscrivent dans ce qu'on pourrait appeler l'univers étendu de Toriyama, celui de la Patrouille Galactique : le même décor que Jaco le patrouilleur galactique, sorti la même année, qui servait lui-même de préquel à Dragon ball. La première histoire, Trop forte, Sachié !!, met en scène une gamine déguisée en écolière fashion qui se révèle être une combattante redoutable quand deux extraterrestres débarquent chez elle pour la recruter et sauver leur planète. La seconde, Jiya, suit un patrouilleur galactique qui atterrit sur Terre à la recherche d'un collègue disparu, se retrouve mêlé à une affaire de vampire, et croise la route d'une jeune fille de bonne famille aussi prétentieuse qu'attachante. Deux récits sans lien direct, réunis par la même veine : SF légère, humour décalé, protagonistes féminins hauts en couleur. La marque Toriyama est reconnaissable au premier coup d'œil : les noms des antagonistes tirés du garde-manger (Mil, Kcho, Colate dans le premier récit), les personnages secondaires grotesques, les filles qui semblent fragiles et qui fracassent tout sur leur passage.
Sauf que voilà. Une fois refermé, Katsuraakira laisse un goût étrange : celui d'une occasion un peu gâchée. Ou plutôt d'une attente mal calibrée, ce qui revient peut-être au même. La première histoire est d'une légèreté désarmante, au sens littéral : il ne s'y passe presque rien, le rythme est haché, l'humour ne prend pas vraiment et l'ensemble ressemble à une ébauche de chapitre pilote qu'on aurait publiée telle quelle faute de temps. On reconnaît bien la patte Toriyama dans les grandes lignes, mais ce qu'elle avait de jouissif dans Dr Slump — ce sens du gag visuel, cette énergie de la page — s'évapore ici, peut-être parce que Katsura, contraint de suivre des storyboards très détaillés avec découpage serré en petites cases, ne peut jamais vraiment s'exprimer. C'est le problème fondamental du projet : Katsura aime les cases larges, les respirations graphiques, le détail des expressions : tout ce que le style Toriyama compresse et accélère. Les deux esthétiques ne fusionnent pas vraiment ; elles cohabitent, un peu gênées l'une de l'autre.
La seconde histoire se défend mieux. Jiya bénéficie d'un développement plus ample — trois chapitres contre un seul pour Sachié — et Katsura y retrouve un peu plus de liberté, notamment dans le design de Kaédé, la fille de bonne famille au look rétro seventies franchement réussi. L'intrigue se tient davantage, le vampire Vampa offre quelques pages d'action efficaces, et on sent enfin que les deux auteurs se sont amusés. Mais là encore, sitôt qu'on commence à s'attacher aux personnages, le volume se referme. Cent soixante pages de fiction pour une somme de talent pareille, c'est franchement peu. Ça fait penser à ces groupes de rock mythiques qui se réunissent le temps d'un EP de quatre titres : les fans sont contents d'avoir quelque chose, mais ils savent au fond que c'était loin d'être le full album qu'ils espéraient.
Le cahier bonus qui occupe le dernier tiers du volume est franchement la partie la plus intéressante. Croquis de personnages préparatoires, illustrations inédites, et surtout une interview croisée des deux auteurs où ils reviennent sur la naissance du projet : une rareté éditoriale, paraît-il, même au Japon. On apprend entre autres que Toriyama avait jadis conseillé à Katsura d'intégrer une transformation à la Super-Saiyen dans DNA², ce qui avait valu à ce dernier une vague d'accusations de plagiat. Ce genre d'anecdote dit beaucoup sur leur relation : une amitié de trentenaires de métier qui n'ont jamais eu peur de se dire ce qu'ils pensent. Dommage que cette complicité peine autant à transparaître dans les planches elles-mêmes.
Les amateurs de Jaco ou de Dr Slump trouveront sans doute leur compte, à condition de ne pas s'attendre à mieux qu'un divertissement d'après-midi pluvieux. Les autres risquent de repartir avec l'impression d'avoir payé — assez cher pour un grand format — le privilège de voir deux légendes travailler en régime réduit.
Ma note45%
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