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· Julien   Lepage

La course au jouet
Brian Levant
1996

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Illustration de critique : La course au jouet
Noël 1996. Brian Levant, l'homme derrière Beethoven et Chiens des neiges, pose sa caméra au cœur d'un chaos de centres commerciaux bondés et de pères de famille en sueur pour offrir au grand public La course au jouet, comédie familiale estampillée 20th Century Fox avec en tête d'affiche un certain Arnold Schwarzenegger, alors en pleine phase d'exploration comique. Au casting également : Sinbad, Phil Hartman, Rita Wilson et le jeune Jake Lloyd, quelques années avant d'incarner le petit Anakin Skywalker dans Star wars, épisode I : La menace fantôme.

Howard Langston, cadre débordé et père distrait, réalise la veille de Noël qu'il a oublié d'acheter à son fils Jamie le jouet le plus convoité de l'année : le robot Turbo Man. S'ensuit une journée de galère absolue à travers une ville en ébullition festive, où notre homme va croiser la route de Myron Larabee, facteur raté et concurrent acharné dans cette même quête absurde, ainsi que du voisin envahissant Ted Maltin, toujours prêt à rendre service à la femme d'à côté. C'est l'intégralité du pitch… et l'intégralité du film. Le titre ne ment pas : c'est bien une course pour un jouet, et c'est tout.

Le scénario, signé Randy Kornfield, tient sur un post-it. Non, même pas : il tient dans le titre. Chaque séquence est une variation du même gag : Howard rate le jouet, Howard s'humilie, Howard repart bredouille… avec une prévisibilité qui frise la performance artistique. La structure narrative est celle d'un épisode de sitcom étiré sur 89 minutes : les rebondissements s'enchaînent sans surprise, les obstacles s'effacent au moment voulu, et la résolution finale — une parade de Noël où Schwarzenegger se retrouve en costume de Turbo Man grandeur nature — est certes spectaculaire dans son délire assumé, mais tellement téléphoné qu'on l'aperçoit depuis le générique d'ouverture. On est loin des comédies familiales qui parviennent à glisser un peu de substance sous le sucre de Noël.

Ce qui frappe davantage, c'est la vacuité du développement des personnages. Howard est le père négligent qui doit se racheter : archétype usé jusqu'à la corde. Jamie est l'enfant idéalement sage pour culpabiliser son géniteur. Liz, la femme, existe principalement pour être courtisée par le voisin et attendre le retour de son mari. Ted Maltin, lui, est le voisin parfait que tout le monde déteste précisément parce qu'il est trop parfait ; un rôle en carton qui ne laisse aucune place à la nuance. Quant à Myron, il bascule à mi-parcours vers une forme de folie douce qui échappe à toute logique narrative. Les personnages ne grandissent pas vraiment : ils font leur tour de piste et rentrent sagement dans le rang.

Il serait injuste, cependant, de ne pas reconnaître que le film effleure quelques thèmes intéressants. Derrière l'hystérie consumériste, La course au jouet pointe du doigt — maladroitement, mais avec une certaine honnêteté — la pression sociale autour des cadeaux de Noël, la tyrannie du jouet de l'année fabriquée de toutes pièces par les industriels du jouet, et ce paradoxe du père absent qui compense son manque de présence par des présents matériels. C'est le genre de critique sociale qu'on trouve dans les films de cette époque sans qu'elle soit jamais vraiment approfondie, noyée qu'elle est sous les gags physiques et la frénésie du récit. Il y a aussi quelque chose de réaliste, au fond, dans ce portrait de parents qui s'y prennent à la dernière seconde… et qui deviennent, ce faisant, plus gamins que leurs propres enfants.

Levant filme ça avec une énergie certaine, notamment dans la première moitié du film où le rythme est soutenu et les situations s'enchaînent avec un entrain communicatif. La photographie est celle d'une grosse production hollywoodienne des années 90, fonctionnelle et sans ambition particulière. La bande-son exploite les classiques de Noël (Jingle bells, The Christmas song) avec la subtilité d'un père Noël dans une porcelaine. Le film décroche nettement à mi-parcours, comme essoufflé par sa propre mécanique, avant de retrouver un second souffle pour le final de la parade, séquence qui possède au moins le mérite d'une certaine ampleur visuelle et d'un délire bien mené.

C'est dans la distribution que La course au jouet trouve l'essentiel de son capital sympathie. Schwarzenegger cabotine à mort ; et c'est précisément ce qui rend le film regardable. Il y a quelque chose d'attachant dans cet acteur autrichien aux bras de déménageur qui s'escrime à jouer le père de famille dépassé, les yeux écarquillés à chaque catastrophe. Son jeu est excessif, grossier, souvent absurde… et franchement, ça fait rire. La période comique de Schwarzenegger est souvent sous-estimée : après les très réussis Jumeaux et Un flic à la maternelle, La course au jouet confirme que l'Autrichien a un vrai sens du timing comique… même si le script ne lui facilite pas la tâche. C'est sa cinquième collaboration dans l'orbite d'Ivan Reitman (ici à la production) après notamment Junior en 1994, nettement moins convaincant. Chris Columbus, futur réalisateur des deux premiers Harry Potter, est également à la production, ce qui n'empêche pas le tout de rester en dessous de son potentiel.

Face à lui, Sinbad en facteur illuminé est une idée amusante sur le papier, même si le personnage vire rapidement à la caricature incontrôlable. Phil Hartman, dans le rôle du voisin parfait, est ici réduit à la portion congrue malgré un charisme évident… c'est dommage. Jake Lloyd fait son boulot d'enfant-déclencheur sans relief particulier. On notera avec plaisir le caméo de Jim Belushi, retrouvant Schwarzenegger après Double détente et Last action hero, ainsi que les apparitions savoureuses de Paul Wight en père Noël gigantesque et de Verne Troyer en mini père Noël : une idée visuelle qui vaut son pesant de cacahuètes.

Avec un budget de 75 millions de dollars et un cachet de 20 millions pour sa star, La course au jouet a été un demi-échec commercial aux États-Unis (environ 60 millions de recettes domestiques, à peine de quoi couvrir le budget), mais a su se rattraper à l'international pour atteindre 130 millions au total. Ce n'est pas un naufrage, c'est une déception calibrée.

Difficile de lui en vouloir complètement. La course au jouet est exactement ce qu'il prétend être : un divertissement brut, sans prétention, à destination des enfants et des amateurs de Schwarzenegger en mode relax. Il tient la promesse de son titre, ni plus ni moins.
Ma note43%
Vu le 24 Octobre 2023


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