Le grand livre de Dragon ball
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Dès que l'on évoque Akira Toriyama, la nostalgie vient court-circuiter le jugement critique. L'homme a quand même passé dix ans, de 1985 à 1995, à publier semaine après semaine dans le Weekly shōnen jump les aventures de Son Gokū ; soit plus de huit mille pages de manga, un record qui dit tout sur l'endurance et la régularité d'un auteur qui travaillait dans des conditions de productivité proches de la démence. Avant Dragon ball, il y avait eu Docteur Slump, série comique parue à partir de 1980, moins connue en France, mais tout aussi révélatrice d'un dessinateur qui avait déjà son style bien à lui : ligne claire, gags visuels, sens du détail loufoque. Le grand livre de Dragon ball paraît chez Glénat en octobre 1996, un an à peine après la fin du manga au Japon, au moment où la série télévisée tourne encore en boucle sur les chaînes hertziennes françaises et où la culture Dragon ball est à son pic de rayonnement populaire. C'est le premier volume de la collection japonaise Daizenshū, une série de sept livres encyclopédiques dont Glénat n'a finalement traduit que deux tomes : celui-ci et le septième, le dictionnaire de la série. Une frustration pour les amateurs, mais au moins ce premier volume, de loin le plus attendu, est bien là.
Ce que l'on tient entre les mains n'est pas un manga à proprement parler, ni un making-of au sens cinématographique du terme : c'est un artbook, un recueil d'illustrations en couleurs, épais de deux cent huit pages, dont l'ossature est construite en quatre parties distinctes. L'essentiel (plus de quatre-vingts pour cent du volume) est consacré aux artworks publiés dans le Weekly shōnen jump au fil des dix années de parution : affiches, pages de garde, illustrations de couverture du magazine. Ce sont des images que les lecteurs français n'avaient jamais vues, ou seulement en passant sur des photocopies de mauvaise qualité circulant dans les cours de récré. La deuxième partie regroupe les couvertures des volumes manga et la célèbre frise continue qui apparaît quand on aligne tous les tomes côte à côte : un effet visuel qui vaut le détour. Vient ensuite une interview de Toriyama, courte et un peu décevante, l'auteur n'étant pas du genre à s'épancher sur son processus créatif. Et enfin, un commentaire par illustration indiquant sa provenance, utile pour les collectionneurs.
Ce qui frappe d'emblée, c'est l'ordre chronologique retenu pour présenter les images. C'est un choix éditorial intelligent, parce qu'il transforme ce qui aurait pu être un simple catalogue en une véritable biographie graphique. On voit Toriyama progresser, affiner son trait, gagner en maîtrise des corps en mouvement, de la perspective, de la mise en scène des combats. Le Son Gokū du début, trapu et malicieux, n'a presque rien à voir avec le guerrier svelte et tendu des dernières sagas. Cette évolution stylistique est fascinante pour quiconque s'intéresse au dessin, et elle donne à l'ensemble une cohérence narrative que le format artbook n'offre pas toujours. On pense à ce que serait un tel livre consacré à Katsuhiro Otomo ou à Mœbius ; le principe est le même : laisser le trait parler de l'histoire de son auteur.
La qualité d'impression sur papier glacé est bonne : pas irréprochable, certains noirs manquent un peu de profondeur, mais les couleurs de Toriyama, vives et saturées, ressortent correctement. L'objet en lui-même a de la tenue, couverture rigide, format généreux. Ce qui agace davantage, c'est l'interview. Toriyama est connu pour être un auteur discret, presqu'hermétique à l'introspection publique : l'interview confirme cette réputation. On n'apprend à peu près rien sur les choix narratifs, les inflexions créatives, les regrets éventuels. Pour qui espérait un contrepoint analytique aux images, c'est un peu creux. L'artbook pur, sans discours, ça a ses limites : on contemple, on admire, mais on reste en surface d'une œuvre qui mériterait un éclairage plus substantiel.
Reste que pour les amateurs de Dragon ball (et ils sont légion), ce livre est une évidence. C'est peut-être même l'objet le plus sincère qu'on puisse posséder autour de la série, parce qu'il montre le travail dans sa matière brute, sans l'habillage d'une histoire ou d'un dialogue.
Ce que l'on tient entre les mains n'est pas un manga à proprement parler, ni un making-of au sens cinématographique du terme : c'est un artbook, un recueil d'illustrations en couleurs, épais de deux cent huit pages, dont l'ossature est construite en quatre parties distinctes. L'essentiel (plus de quatre-vingts pour cent du volume) est consacré aux artworks publiés dans le Weekly shōnen jump au fil des dix années de parution : affiches, pages de garde, illustrations de couverture du magazine. Ce sont des images que les lecteurs français n'avaient jamais vues, ou seulement en passant sur des photocopies de mauvaise qualité circulant dans les cours de récré. La deuxième partie regroupe les couvertures des volumes manga et la célèbre frise continue qui apparaît quand on aligne tous les tomes côte à côte : un effet visuel qui vaut le détour. Vient ensuite une interview de Toriyama, courte et un peu décevante, l'auteur n'étant pas du genre à s'épancher sur son processus créatif. Et enfin, un commentaire par illustration indiquant sa provenance, utile pour les collectionneurs.
Ce qui frappe d'emblée, c'est l'ordre chronologique retenu pour présenter les images. C'est un choix éditorial intelligent, parce qu'il transforme ce qui aurait pu être un simple catalogue en une véritable biographie graphique. On voit Toriyama progresser, affiner son trait, gagner en maîtrise des corps en mouvement, de la perspective, de la mise en scène des combats. Le Son Gokū du début, trapu et malicieux, n'a presque rien à voir avec le guerrier svelte et tendu des dernières sagas. Cette évolution stylistique est fascinante pour quiconque s'intéresse au dessin, et elle donne à l'ensemble une cohérence narrative que le format artbook n'offre pas toujours. On pense à ce que serait un tel livre consacré à Katsuhiro Otomo ou à Mœbius ; le principe est le même : laisser le trait parler de l'histoire de son auteur.
La qualité d'impression sur papier glacé est bonne : pas irréprochable, certains noirs manquent un peu de profondeur, mais les couleurs de Toriyama, vives et saturées, ressortent correctement. L'objet en lui-même a de la tenue, couverture rigide, format généreux. Ce qui agace davantage, c'est l'interview. Toriyama est connu pour être un auteur discret, presqu'hermétique à l'introspection publique : l'interview confirme cette réputation. On n'apprend à peu près rien sur les choix narratifs, les inflexions créatives, les regrets éventuels. Pour qui espérait un contrepoint analytique aux images, c'est un peu creux. L'artbook pur, sans discours, ça a ses limites : on contemple, on admire, mais on reste en surface d'une œuvre qui mériterait un éclairage plus substantiel.
Reste que pour les amateurs de Dragon ball (et ils sont légion), ce livre est une évidence. C'est peut-être même l'objet le plus sincère qu'on puisse posséder autour de la série, parce qu'il montre le travail dans sa matière brute, sans l'habillage d'une histoire ou d'un dialogue.
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