Le grand livre des idées reçues
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Démêler le vrai du faux, c'est le sport national du café du commerce depuis que l'humanité a inventé les opinions. Marie-Laurence Dubray, fondatrice des Éditions du Cavalier Bleu, a eu l'idée maligne d'en faire un modèle économique : depuis 2001, sa collection phare convoque des spécialistes de tous horizons pour déboulonner méthodiquement les clichés que l'on ressort en société avec la satisfaction du connaisseur. Ce Grand livre des idées reçues, c'est la version XXL de ce projet : 960 pages, une couverture rigide qu'on soupèse d'abord avec méfiance, et 250 idées reçues nouvelles pour chaque édition annuelle. Autant dire qu'on n'est pas là pour faire de la dentelle.
Le principe est simple, presqu'enfantin dans sa conception : on part d'une affirmation du type « La prostitution est le plus vieux métier du monde » ou « Le stress, c'est la maladie des temps modernes », et on laisse un expert l'ausculter sous toutes les coutures. Pas un seul auteur donc, mais une cohorte de quelque cent cinquante spécialistes, chercheurs, universitaires et praticiens, chacun responsable de sa petite parcelle de vérité. L'ensemble est organisé par grandes thématiques (économie, santé, société, culture, environnement, histoire) avec un index détaillé pour s'y retrouver sans se perdre dans la masse. C'est encyclopédique, c'est ambitieux, c'est parfois franchement impressionnant.
Et pourtant. Il y a dans ce livre un paradoxe qui finit par agacer doucement : un ouvrage consacré à déconstruire les raccourcis intellectuels se lit lui-même comme une thèse de doctorat. On espérait un Columbo qui démonte les certitudes avec un imperméable froissé et une ironie souriante, on se retrouve parfois face à un rapport de commission parlementaire. Certaines contributions sont brillantes, accessibles, d'une efficacité redoutable : on referme l'article convaincu et légèrement honteux d'avoir colporté des bêtises. D'autres, en revanche, noient leur démonstration dans un jargon académique qui rend le livre moins lisible que prévu pour qui voulait juste vérifier une idée reçue entre deux métros.
C'est là que la comparaison s'impose d'elle-même avec ce que fait Max Bird sur sa chaîne YouTube. Lui aussi déconstruit, lui aussi convoque des sources sérieuses, lui aussi part du cliché pour remonter vers la nuance ; mais il le fait avec une énergie communicative, un sens du rythme et une pédagogie qui rendent le propos immédiatement digeste. Le Grand livre des idées reçues est à Max Bird ce que le manuel universitaire est à la bonne conférence TED : plus fouillé, plus référencé, infiniment plus austère. Ce n'est pas un reproche définitif, mais c'est un choix éditorial qui rétrécit considérablement le public cible.
Un lecteur me confiait d'ailleurs avoir acheté deux éditions simultanément en croyant avoir affaire à deux volumes complémentaires : il avait en réalité acquis une ancienne version et celle de 2010, qui en est simplement l'enrichissement considérable. Le genre d'anecdote qui dit quelque chose sur la lisibilité de la gamme, mais aussi sur l'attachement que ces livres finissent par susciter malgré tout.
Car l'attachement est réel. Posé sur la table basse, feuilleté au hasard un soir de curiosité, le Grand livre des idées reçues révèle sa vraie nature : c'est un livre à picorer, pas à dévorer. Une lecture linéaire serait une erreur de débutant. Abordé comme un dictionnaire intelligent, il devient une ressource précieuse, le genre d'objet qu'on consulte avant d'affronter quelqu'un de trop sûr de lui en dîner. En ce sens, il remplit parfaitement son office. On en ressort mieux armé, plus méfiant vis-à-vis de ses propres certitudes ; ce qui est quand même l'essentiel.
Ce n'est pas le livre qui allumera une passion pour les sciences humaines chez quelqu'un qui n'en avait aucune. Mais pour qui cherche une référence sérieuse, honnête et dûment documentée pour naviguer dans le brouillard des idées reçues de notre époque, il a peu de concurrents sur le marché français. Un bon livre, donc, avec quelques réserves : ce qui, en définitive, en dit plus long sur nos attentes que sur ses défauts réels.
Le principe est simple, presqu'enfantin dans sa conception : on part d'une affirmation du type « La prostitution est le plus vieux métier du monde » ou « Le stress, c'est la maladie des temps modernes », et on laisse un expert l'ausculter sous toutes les coutures. Pas un seul auteur donc, mais une cohorte de quelque cent cinquante spécialistes, chercheurs, universitaires et praticiens, chacun responsable de sa petite parcelle de vérité. L'ensemble est organisé par grandes thématiques (économie, santé, société, culture, environnement, histoire) avec un index détaillé pour s'y retrouver sans se perdre dans la masse. C'est encyclopédique, c'est ambitieux, c'est parfois franchement impressionnant.
Et pourtant. Il y a dans ce livre un paradoxe qui finit par agacer doucement : un ouvrage consacré à déconstruire les raccourcis intellectuels se lit lui-même comme une thèse de doctorat. On espérait un Columbo qui démonte les certitudes avec un imperméable froissé et une ironie souriante, on se retrouve parfois face à un rapport de commission parlementaire. Certaines contributions sont brillantes, accessibles, d'une efficacité redoutable : on referme l'article convaincu et légèrement honteux d'avoir colporté des bêtises. D'autres, en revanche, noient leur démonstration dans un jargon académique qui rend le livre moins lisible que prévu pour qui voulait juste vérifier une idée reçue entre deux métros.
C'est là que la comparaison s'impose d'elle-même avec ce que fait Max Bird sur sa chaîne YouTube. Lui aussi déconstruit, lui aussi convoque des sources sérieuses, lui aussi part du cliché pour remonter vers la nuance ; mais il le fait avec une énergie communicative, un sens du rythme et une pédagogie qui rendent le propos immédiatement digeste. Le Grand livre des idées reçues est à Max Bird ce que le manuel universitaire est à la bonne conférence TED : plus fouillé, plus référencé, infiniment plus austère. Ce n'est pas un reproche définitif, mais c'est un choix éditorial qui rétrécit considérablement le public cible.
Un lecteur me confiait d'ailleurs avoir acheté deux éditions simultanément en croyant avoir affaire à deux volumes complémentaires : il avait en réalité acquis une ancienne version et celle de 2010, qui en est simplement l'enrichissement considérable. Le genre d'anecdote qui dit quelque chose sur la lisibilité de la gamme, mais aussi sur l'attachement que ces livres finissent par susciter malgré tout.
Car l'attachement est réel. Posé sur la table basse, feuilleté au hasard un soir de curiosité, le Grand livre des idées reçues révèle sa vraie nature : c'est un livre à picorer, pas à dévorer. Une lecture linéaire serait une erreur de débutant. Abordé comme un dictionnaire intelligent, il devient une ressource précieuse, le genre d'objet qu'on consulte avant d'affronter quelqu'un de trop sûr de lui en dîner. En ce sens, il remplit parfaitement son office. On en ressort mieux armé, plus méfiant vis-à-vis de ses propres certitudes ; ce qui est quand même l'essentiel.
Ce n'est pas le livre qui allumera une passion pour les sciences humaines chez quelqu'un qui n'en avait aucune. Mais pour qui cherche une référence sérieuse, honnête et dûment documentée pour naviguer dans le brouillard des idées reçues de notre époque, il a peu de concurrents sur le marché français. Un bon livre, donc, avec quelques réserves : ce qui, en définitive, en dit plus long sur nos attentes que sur ses défauts réels.
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