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· Julien   Lepage

Bételgeuse, tome 4 : Les cavernes
Leo
2003

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Illustration de critique : Bételgeuse, tome 4 : Les cavernes
Ce quatrième tome sort en novembre 2003, la même année que le tome 3 d'ailleurs, fait rarissime dans la bibliographie de Leo, qui publie habituellement un album par an. Mais les deux volumes forment une continuité si directe qu'il était difficile de les séparer : Les cavernes reprend exactement là où L'expédition s'arrêtait, au sens littéral du terme. Pas de saut temporel, pas de respiration : on replonge immédiatement dans le bain, et c'est pour une fois une vraie bonne nouvelle.

Kim vient de recevoir une balle dans le ventre. Elle et Hector ont basculé dans un torrent et se retrouvent piégés au fond d'un réseau de cavernes, avec de la nourriture, de l'air, mais aucune sortie évidente. Pendant ce temps, Inge et Steve abandonnent le groupe de Leilah Nakad pour tenter de les retrouver à moto volante : engin qui rappelle qu'on est bien dans de la SF, même si Leo prend soin de ne jamais basculer dans l'esbroufe technologique. L'album se structure en deux trames parallèles, celle du sauvetage et celle de Maï Lan restée en surface, qui va vivre une expérience bouleversante avec les iums et la Mantrisse de Bételgeuse.

Et là, quelques planches vraiment magnifiques. L'attaque du requin notamment : une séquence viscéralement efficace, tendue, bien découpée, où Leo prouve qu'il sait conduire une scène d'action quand il s'y met. Dans les cavernes éponymes, on pense un peu à The descent de Neil Marshall, en mieux, avec cette même atmosphère claustrophobique de prédateurs surgissant de l'obscurité… sauf qu'ici les créatures sont bien plus inventives. C'est ici que le bestiaire de Bételgeuse donne sa pleine mesure : la planète est autrement plus hostile qu'Aldébaran ne l'était, et les cavernes en sont le meilleur argument.

Le mystère s'épaissit aussi, et c'est le vrai point fort de ce tome. On commence à entrevoir comment fonctionnent les iums ; d'où ils tirent leur énergie sans bouche, comment ils communiquent, et surtout quelle est leur relation avec la Mantrisse. Une relation de symbiose évolutive qui implique une cohabitation sur des centaines de milliers d'années au moins… parce qu'une telle adaptation ne se fait pas en quelques générations. Ce vertige temporel est fascinant, et Leo le distille avec sobriété, sans jamais sur-expliquer. Mais les révélations appellent immédiatement de nouvelles questions. S'il y a une Mantrisse ici, quelle est donc cette créature géante aperçue dans la mer ? Et surtout, qui est cet être à l'apparence humaine, monté sur la Mantrisse, avec un aileron dans le dos ? La scène est courte, presqu'anodine graphiquement, mais elle ouvre un abîme narratif qu'on n'attendait pas.

C'est là le paradoxe de ce tome : il est très réussi, prenant, dense ; et pourtant il soulève tellement de questions qu'on peine à imaginer comment le cinquième et dernier tome pourra y répondre sans sacrifier la fluidité. Leo a toujours eu cette tendance à ouvrir plus de portes qu'il n'en ferme, et certains lecteurs lui reprochent depuis le début ses fins un peu trop expéditives. La mort de Steve, personnage secondaire, mais attachant, ajoute une gravité bienvenue. Les scènes sentimentales restent la portion la moins convaincante — quelques dialogues amoureux qui jurent avec le reste par leur légèreté — mais elles n'occupent heureusement pas autant de place que dans les tomes précédents. On tourne la dernière page en n'ayant qu'une hâte : ouvrir le prochain tome !
Ma note70%
Lu le 19 Mars 2026


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