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· Julien   Lepage

Antarès, épisode 1
Leo
2007

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Illustration de critique : Antarès, épisode 1
Treize ans après avoir lancé son premier tome d'Aldébaran, Leo ouvre en 2007 le troisième volet de sa saga. L'auteur brésilien — Luis Eduardo de Oliveira de son vrai nom, arrivé à Paris en 1981 après avoir fui la dictature militaire de son pays — est désormais une institution discrète, mais solide de la BD franco-belge. Aldébaran, Bételgeuse, et maintenant Antarès : chaque cycle ajoute une planète, une faune, une société humaine déréglée, et les mêmes personnages au cœur de l'histoire. Ce troisième cycle sera le plus long — six tomes au lieu de cinq habituellement, publiés entre 2007 et 2015 — et c'est aussi le plus ambitieux dans sa construction narrative, comme en témoigne une première : Leo découpe ici son album en chapitres, une nouveauté dans toute sa bibliographie des Mondes d'Aldébaran.

Kim revient sur Terre après Bételgeuse. On est en 2196, et la planète ne va pas bien : dérèglement du Gulf Stream, glaciation européenne, guerres religieuses, détecteurs de pollution personnels : un tableau d'anticipation crédible et un peu angoissant, qu'on aurait aimé voir davantage développé. Ce passage sur Terre est l'un des points forts du tome, précisément parce qu'il sort Kim de son contexte habituel et pose des questions sur notre propre futur. On regrette presque que Leo n'y consacre pas plus de planches. Mais Kim a d'autres choses à faire : on lui propose de participer à l'expédition vers Antarès, une planète colonisable financée par une société américaine appelée Forward Enterprises. Pour la convaincre d'y aller, on lui offre la libération de ses amis, Alexa, Marc et Pad, emprisonnés depuis leur expédition non autorisée sur Bételgeuse. Elle accepte. Et pendant ce temps, en parallèle, on découvre en ouverture les premières équipes déjà sur Antarès, confrontées à des phénomènes inexpliqués et terrifiants.

Ce qui frappe dès les premières pages, c'est la faune. Antarès est autrement plus hostile que ses prédécesseurs : les créatures sont plus massives, plus dangereuses, et plus nombreuses. Si Aldébaran était une planète-océan contemplative et Bételgeuse un désert de canyons, Antarès semble être le terrain de jeu le plus généreux que Leo ait jamais inventé pour son bestiaire. On a vraiment hâte d'en voir plus, et c'est déjà beaucoup.

L'autre nouveauté de ce cycle, c'est la secte. Les frères ThorntonJedediah en tête — sont des fondamentalistes religieux qui voient dans la colonisation d'Antarès la réalisation d'une prophétie divine. Ils financent l'expédition et entendent bien la contrôler. Ce ressort politico-religieux rappelle assez directement Le triangle secret de Didier Convard, avec ce complot où croyance messianique et intérêts économiques se confondent. C'est une idée bien trouvée — plus contemporaine que les dictatures militaires des cycles précédents — même si le personnage antagoniste manque encore de nuances dans ce premier tome, se contentant d'annoncer sa propre menace sans vraiment y entrer.

Ce tome est donc ce qu'on appelle un tome d'installation : il pose des décors, distribue des rôles, ménage des mystères. Il s'en tire honnêtement, avec quelques moments forts (la Terre, le bestiaire, la révélation finale sur Kim) et quelques longueurs (les transitions entre récits parallèles sont encore maladroites). On sent que Leo a des choses à raconter, et que la sauce va prendre, mais il faudra patienter jusqu'au tome 2 pour vérifier. La curiosité est là.
Ma note69%
Lu le 20 Mars 2026


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