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· Julien   Lepage

Antarès, épisode 2
Leo
2009

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Illustration de critique : Antarès, épisode 2
Douzième album de la saga des Mondes d'Aldébaran, et Leo continue d'assumer seul le scénario, le dessin et les couleurs : une exigence de triple casquette qu'il maintient depuis 1994, avec une régularité qui force le respect, même quand on commence à percevoir les limites de la formule. Ce deuxième épisode d'Antarès paraît en février 2009, près de deux ans après le premier : un délai plus long qu'à l'habitude, compensé par un album qui tient mieux ses promesses que son prédécesseur.

Kim, sa fille Lynn (l'enfant mi-humaine mi-extra-terrestre née de sa nuit avec Sven) et le reste du groupe sont entassés dans le vaisseau en route pour Antarès. Trois mois de voyage dans une boîte surchauffée avec, d'un côté, l'équipe scientifique de Kim, et de l'autre, les adeptes de la secte des frères Thornton, fondamentalistes religieux qui voient dans la colonisation d'Antarès la réalisation d'une prophétie divine. L'ambiance est oppressante, et Leo la retranscrit parfaitement : les tensions entre les deux camps montent progressivement, les incidents se multiplient, et le huis clos du vaisseau fonctionne comme un accélérateur de conflits. C'est la partie la plus réussie du tome : on est un peu dans le registre de Snowpiercer, sans la violence frontale, mais avec la même logique de classes antagonistes condamnées à cohabiter dans un espace contraint. Kim, bien sûr, se retrouve au centre de tout et parvient à tout gérer avec un calme qui commence à frôler la surnaturalité. Mais on lui pardonne : elle a l'habitude.

L'arrivée sur Antarès marque un changement de tempo bienvenu. La planète tient ses promesses : la faune est hostile, variée, franchement inventive. Leo s'en donne à cœur joie avec ses créatures : des « couvertures volantes » qui enveloppent et digèrent ce sur quoi elles tombent, un hippopotame-scorpion, des réptiles à deux pattes accrochés aux arbres ; c'est son terrain de jeu naturel et il y excelle toujours. Mais ce qui intrigue vraiment, c'est cet insecte-hélicoptère miniature aperçu lors de l'exploration : une créature mécanique ou semi-mécanique dont on ne sait pas encore quoi penser. Est-ce l'œuvre d'une Mantrisse ? D'un peuple extra-terrestre inconnu ? D'humains présents avant l'expédition officielle ? Le tome ne répond pas, bien sûr — c'est le principe —, mais l'accroche est bonne et maintient l'intérêt intact.

Ce qui fonctionne un peu moins, c'est l'antagoniste central : Jedediah Thornton est tellement manifestement le grand méchant qu'on attend juste qu'il sorte de la scène. Leo a toujours été plus à l'aise avec les créatures qu'avec les personnages humains nuancés, et les fanatiques religieux caricaturaux commencent à devenir une signature un peu paresseuse de ses cycles. La presse spécialisée avait d'ailleurs pointé cet essoufflement progressif d'une formule qui s'applique à son douzième album consécutif. Ce n'est pas faux. Mais le résultat reste plaisant, honnête, et suffisamment intrigant pour enchaîner. On suit.
Ma note70%
Lu le 20 Mars 2026


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