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· Julien   Lepage

Antarès, épisode 5
Leo
2013

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Illustration de critique : Antarès, épisode 5
Quinzième album des Mondes d'Aldébaran… ou seizième si on compte le premier tome des Survivants, paru en parallèle cette même année 2013. Leo est à ce stade une machine éditoriale qui tourne sur plusieurs fronts simultanément, signe de son énergie créative, mais aussi, peut-être, d'un léger étirement de ses ressources narratives. Ce cinquième épisode d'Antarès est l'avant-dernier du cycle — le dernier sera publié en 2015 — et il occupe exactement la position qu'on lui prédit : celle d'un tome charnière qui prépare la conclusion sans vraiment la livrer.

Kim a craqué. Face au comportement insupportable de Jedediah, le fanatique religieux qui dirige le projet Antarès, elle pète les plombs et l'agresse physiquement devant témoins, ce qui complique sérieusement ses chances d'intégrer la mission vers Antarès-4, la planète voisine d'où provenait le rayon qui a emporté sa fille Lynn. Elle va pourtant trouver un moyen de s'y rendre, parce que c'est Kim, et que Kim trouve toujours un moyen. Sur Antarès-4, le groupe explore un nouveau territoire, rencontre de nouvelles créatures, tisse de nouveaux liens, selon les personnages. Les relations entre Marc, Kim, Maï Lan et les autres continuent de se reconfigurer avec la constance qu'on leur connaît depuis Aldébaran tome 1.

Le tome s'en sort mieux dans ses scènes d'action que dans ses dialogues ; ce qui est à la fois un compliment et un constat. L'exploration d'Antarès-4 est sincèrement sympa à suivre : la planète a une géographie distincte, une ambiance particulière, et Leo maintient ce talent d'inventeur de mondes qui reste son point fort depuis trente ans. La faune n'est cependant pas la plus originale du cycle : on reste en terrain connu par rapport au bestiaire des tomes précédents, sans ces créatures véritablement surprenantes qui jalonnaient les premiers albums. C'est le problème inhérent à un auteur qui a déjà rempli quinze albums de bestiaire : il devient de plus en plus difficile de se renouveler.

Là où le bât blesse davantage, c'est dans la progression narrative globale. Honnêtement, on ne ressort pas de ce tome avec de nouvelles informations majeures. Les questions posées depuis l'épisode 3 restent entières, Jedediah continue de personnifier le mal absolu sans nuance, et l'intrigue avance à la même vitesse tranquille qu'elle a adoptée depuis deux tomes. À quinze albums dans la saga, certains lecteurs commencent à ressentir ce que BD-Best avait bien formulé lors de la parution du tome 4 : l'impression que Leo dilue l'action pour justifier le passage à six tomes au lieu de cinq. Cette décision, unique dans toute la saga, laisse effectivement une empreinte perceptible sur le rythme du cycle.

Cela dit, pour les fidèles — ceux qui ont survécu aux quatorze albums précédents —, ce tome reste une lecture plaisante et confortable, dans la droite ligne de ce qu'ils aiment. On attend le sixième et dernier épisode avec une impatience mêlée d'une petite anxiété : est-ce que Leo va réussir à boucler ce cycle avec la même efficacité qu'il avait bouclé Aldébaran et Bételgeuse ? La question mérite d'être posée.
Ma note66%
Lu le 23 Mars 2026


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