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· Julien   Lepage

Survivants : anomalies quantiques, épisode 3
Leo
2014

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Illustration de critique : Survivants : anomalies quantiques, épisode 3
Leo tient toujours son rythme biennal sur le cycle Survivants : un an d'attente entre les tomes 1 et 2, deux ans entre les tomes 2 et 3. L'auteur brésilien, qui signe seul scénario, dessin et couleurs depuis 1994, mène alors simultanément deux séries : ce quatrième cycle et Antarès. À 70 ans, la productivité est intacte, et ce troisième épisode en est la preuve.

Le groupe de Manon retrouve ses compagnons, mais entre eux, six années ont passé. Le saut temporel du tome précédent avait fait l'effet d'une bombe ; ici, Leo prend le temps d'explorer les conséquences de cette révélation. Les retrouvailles sont chargées : certains ont construit une nouvelle vie, d'autres sont restés figés dans l'attente. Antac, l'extraterrestre félin qui avait rejoint le groupe, propose une idée folle : utiliser les perturbations quantiques elles-mêmes comme moyen de quitter la planète. Une petite délégation de cinq personnes part explorer un archipel de convergence quantique. Ce qu'ils y découvrent (d'autres espèces naufragées à des époques différentes) est le vrai cœur de ce tome.

Et c'est là que la comparaison s'impose naturellement : cette planète piège, peuplée de races extraterrestres variées qui se sont adaptées et construisent leurs propres civilisations, ça fait sacrément penser à l'Anneau-monde de Larry Niven. Même concept d'espace clos contraint réunissant des espèces incompatibles, même diversité des cultures et des niveaux de développement, même sentiment que l'endroit fonctionne comme un musée involontaire des civilisations spatiales. Et même la présence d'une race féline antropomorphe ! Le paralèle n'est probablement pas conscient de la part de Leo (son imaginaire est plus humaniste que hard SF), mais il est là, et il donne au cycle une densité conceptuelle qu'on n'attendait pas au départ.

Ce qui limite un peu l'enthousiasme, c'est l'exécution sur certains points. Les Holorans (la race féline d'Antac) se mettent à parler français dans ce tome parce que, dit-on, ça les amuse. Ça facilite sans doute aussi la vie du scénariste… Les romances entre Manon, Alex, Ilse et Max prennent là encore une place qui frustre les lecteurs impatients ! Même le personnage de Djamile commente leur situation amoureuse en disant qu'elle commence à ressembler à un feuilleton brésilien ; ce qui est un aveu d'auto-critique assez savoureux de la part de Leo. Les graphismes progressent légèrement : les personnages ont davantage d'expressions que dans les tomes précédents, ce qui est une vraie amélioration ! Mais les défauts structurels de la série sont là, immuables.

Ce troisième tome reste globalement plaisant, honnête, et maintient l'intérêt pour la suite. Il enrichit l'univers de façon cohérente. Les amateurs de SF d'exploration cohabitant avec des cultures radicalement différentes y trouveront leur compte, et les fidèles de Leo sauront apprécier la subtile référence au cycle Aldébaran glissée dans le récit. Le reste est pour le tome 4.
Ma note70%
Lu le 26 Mars 2026


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