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· Julien   Lepage

Aldébaran, tome 2 : La blonde
Leo
1995

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Illustration de critique : Aldébaran, tome 2 : La blonde
Ce deuxième tome arrive dans la foulée d'un premier album qui avait posé les bases d'un univers ambitieux, mais encore timide. Leo — de son vrai nom Luis Eduardo de Oliveira — est alors en pleine ascension : il mène de front sa collaboration avec Rodolphe sur Trent et construit en parallèle, pierre par pierre, cette saga de planet opera qu'il signe seul au scénario, au dessin et à la couleur. La blonde est son deuxième album solo, et ça se sent, dans le bon comme dans le moins bon sens du terme.

Marc et Kim, les deux rescapés d'Arena Blanca, reprennent leur route vers Anatolie, la capitale d'Aldébaran. Leur périple tourne court assez rapidement : naufrage, forêt, nouvelles rencontres. C'est là qu'entre en scène Alexa Komarova, biologiste mystérieuse aux cheveux blancs (la fameuse blonde du titre) qui connaissait Driss Shediac, l'énigmatique personnage du premier tome. Avec elle, le récit bascule dans quelque chose de plus sombre, de plus politique. On comprend peu à peu qu'Aldébaran est gouvernée par une théocratie militaire qui surveille, censure, pourchasse. Les scientifiques indépendants comme Alexa et Driss travaillent dans la clandestinité, protégeant une découverte dont on ne sait encore presque rien. Leo construit son intrigue comme un feuilleton d'espionnage transposé sur une planète-océan : il y a des poursuites, des faux-semblants, des alliances de circonstance. Marc, dix-sept ans et les hormones en ébullition, continue de se laisser mener par le bout du nez par à peu près n'importe quelle femme qui croise son chemin, ce qui donne lieu à quelques scènes d'une subtilité toute relative. Kim, elle, reste le personnage le plus attachant : plus jeune, plus lucide, et déjà dotée de ce caractère qui en fera l'héroïne principale des cycles suivants.

L'histoire prend ici une nouvelle tournure, nettement plus mystérieuse et résolument politique, ce qui est une bonne nouvelle. Leo élargit son propos au-delà de la simple aventure de survie : il y a désormais un enjeu idéologique, une résistance qui se dessine face au pouvoir en place, quelque chose qui évoque par moments l'atmosphère d'un 1984 sous les tropiques. C'est prenant, et ça donne envie de continuer. Là où ça coince un peu, c'est que tout ce gain en épaisseur politique se fait au détriment de ce qui rendait le premier tome si intrigant : la planète elle-même. On voit peu Aldébaran dans ce tome : quelques créatures remarquables (dont une méduse géante, l'Amédée, assez impressionnante), mais globalement, on passe beaucoup de temps à courir dans des forêts et à dialoguer dans des planques. C'est dommage, parce que cet univers a une richesse visuelle et biologique qui mérite davantage de place.

Les défauts graphiques pointés dans le premier tome ne disparaissent pas : les personnages humains restent figés, les expressions faciales peu lisibles, et la colorisation très saturée donne toujours cet aspect étrange de roman-photo recolorisé. Par ailleurs, les dialogues sur la sexualité adolescente manquent singulièrement de finesse… Ce qui surprend davantage encore, c'est que Mœbius lui-même, dans la préface de l'intégrale publiée en 1999, a tenu à saluer l'œuvre de Leo : preuve que derrière ces maladresses de surface, quelque chose de réel et de sincère se joue. Ce quelque chose, c'est la capacité à construire un monde cohérent, à faire avancer une intrigue sans jamais tricher, et à maintenir une tension douce, mais constante, album après album.

Au fond, La blonde est un tome charnière : il installe les enjeux du cycle sans les résoudre, introduit des personnages qui vont compter, et approfondit le contexte politique sans jamais vraiment lever le voile sur le mystère central. C'est le genre de volume qui se lit avec plaisir, mais qu'on referme avec davantage de questions que de réponses ; ce qui est à la fois sa force et sa limite. En attendant, le tome 3 s'impose… parce que quand même, cette blonde, on veut savoir !
Ma note64%
Lu le 16 Mars 2026


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