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· Julien   Lepage

Bételgeuse, tome 2 : Les survivants
Leo
2001

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Illustration de critique : Bételgeuse, tome 2 : Les survivants
Second tome, second cycle, et Leo continue de dérouler sa saga à son rythme de croisière : un album par an environ, toujours chez Dargaud, toujours seul aux commandes du scénario, du dessin et des couleurs. À ce stade de sa bibliographie, le Brésilien installé en France depuis 1981 est en train de construire quelque chose de rare dans la BD franco-belge : une saga-fleuve de SF humaniste qui s'étire sur des décennies sans jamais perdre le fil de ses personnages principaux. Ce deuxième tome de Bételgeuse paraît en mars 2001, à peine un an après le lancement du cycle, et la mécanique de publication régulière qui avait fait le succès d'Aldébaran est clairement reconduite.

Kim et son équipe se sont posés en catastrophe sur Bételgeuse ; l'atterrissage est mouvementé, le colonel est emporté par une créature dès les premières pages, et le ton est donné. La planète est hostile, les survivants humains qu'ils trouvent sont divisés en deux factions antagonistes, et le point de désaccord central est aussi simple que fondamental : les iums sont-ils des animaux intelligents, ou simplement de jolies bestioles à gros yeux ? D'un côté, le camp du canyon, mené par Tazio Menegaz et un certain colonel Logan, qui les considère comme des bêtes inoffensives et s'en sert de prétexte pour imposer un régime autoritaire : les femmes y sont réduites à la procréation obligatoire au rythme d'un enfant par an, ce qui fait bondir Kim et, par ricochet, le lecteur. De l'autre, le camp de Leilah Nakad, commandante du vaisseau fantôme, qui pense que les iums méritent une autre considération. C'est sur ce nœud que repose tout l'enjeu philosophique du tome : si les iums sont intelligents, la colonisation de Bételgeuse est illégale. Et Kim va devoir trancher.

Cet enjeu est franchement original et plutôt bien trouvé. La question du « spécisme » — ce biais qui consiste à hiérarchiser les espèces selon leur ressemblance avec nous — est rarement traitée en BD de SF avec autant de clarté, et Leo la pose ici avec un naturel qu'on lui reconnaît volontiers. On pense un peu au dilemme d'Avatar de James Cameron, mais sans les marines en exosquelette ; plutôt une réflexion calme sur le droit d'exister. Les iums, avec leur silence et leur regard bonhomme, sont suffisamment bien construits pour qu'on s'interroge réellement avec les personnages, et ça, c'est un vrai point fort. Et puis il y a le retour de Marc, attendu, et qui fait plaisir. Revoir un personnage du premier cycle dans ce nouveau contexte donne une continuité à la saga qu'on apprécie.

Là où le tome pêche un peu, c'est dans son rythme. Leo prend son temps — trop, parfois — pour installer les situations, et les dialogues entre personnages humains ont cette raideur légèrement télévisuelle qu'on lui connaît depuis le début. On voudrait en apprendre davantage sur la Mantrisse, qui reste en coulisses, et on ressort du tome avec l'impression d'avoir surtout posé des questions sans réponse. Le dessin humain ne progresse pas non plus — les visages sont toujours aussi interchangeables, les émotions toujours aussi difficiles à déchiffrer. Ce sont des griefs connus, mais ils ne disparaissent pas. Au final, ce tome fonctionne surtout comme un tome de transition (solide, honnête, porteur de promesses) qu'on lit avec plaisir sans être renversé. On sent que la suite réserve des surprises, et c'est précisément ce qui fait qu'on enchaîne.
Ma note67%
Lu le 17 Mars 2026


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