La science improbable du Dr Bart

Trois volumes dans la même série, c'est souvent un de trop. Pas nécessairement parce que la qualité s'effondre, mais parce que le principe, lui, ne se renouvelle pas. Pierre Barthélémy — journaliste scientifique au Monde, animateur du blog Passeur de sciences — avait trouvé avec ses Chroniques de science improbable une formule aussi simple qu'efficace : prendre au sérieux les expériences scientifiques les plus absurdes du monde, les raconter avec humour, et laisser le lecteur osciller entre le fou rire et la réflexion. Le premier tome avait même décroché le prix Le goût des sciences en 2013. Le deuxième, Improbablologie et au-delà, avait tenu la promesse. Et puis voilà ce troisième opus, sorti en septembre 2015 chez Dunod, La science improbable du Dr Bart, dont le titre lui-même est une nouveauté : Marion Montaigne, l'illustratrice fidèle de la série, a introduit dans ses dessins un personnage récurrent, le fameux Docteur Bart : caricature de l'auteur et, selon Barthélémy lui-même, de «la caste un peu bizarre des journalistes scientifiques qui continuent, envers et contre tous, à vouloir parler de science dans les gazettes». Autoportrait en blouse blanche et bonnet d'âne. Amusant sur le papier.
Le livre, comme ses prédécesseurs, est un recueil de chroniques parues dans le supplément « Science et médecine » du Monde. On y retrouve une soixantaine de capsules indépendantes, chacune dédiée à une expérience scientifique réelle et référencée, mais d'une improbabilité souveraine. La barbe fait-elle une bonne crème solaire ? Peut-on se saouler par les pieds ? Les méchants du Seigneur des anneaux souffrent-ils d'un déficit en vitamine D ? Les rats reconnaissent-ils les langues étrangères ? À chaque fois, des chercheurs en chair et en os, dans de vraies revues, ont pris la peine de répondre à ces questions avec tout l'appareil méthodologique de la science sérieuse. C'est précisément là le charme du concept : non pas se moquer de la science, mais montrer qu'elle peut, à l'occasion, avoir le sens de l'humour malgré elle.
Le problème, c'est que ce charme, on le connaît déjà. À la troisième lecture du même type de chapitre (question saugrenue, protocole expérimental résumé, conclusion souvent plus anecdotique que révélatrice) on commence à percevoir la mécanique sous le vernis. Barthélémy écrit bien, toujours avec cette distance amusée qui fait sa marque, et les illustrations de Montaigne sont aussi efficaces que d'habitude. Mais le réservoir de la science improbable a beau être vaste, les exemples de ce troisième tome semblent piocher plus profondément dans les fonds de tiroir que les précédents. Les sujets sont moins mordants, moins universels, plus spécialisés ; parfois au point de générer une légère indifférence là où les deux premiers volumes provoquaient de vraies illuminations comiques.
C'est le sort classique des séries qui s'étaient construites sur l'effet de surprise. Randall Munroe avait rencontré le même défi avec What if? : répondre sérieusement à des questions absurdes, c'est hilarant la première fois, plaisant la deuxième, et quelque chose comme routinier la troisième. La formule de Barthélémy est moins flamboyante que celle de Munroe : moins de démesure, plus de rigueur journalistique. Et ça lui donne une solidité qui résiste mieux à l'usure, mais pas indéfiniment. On sourit sans cesse, on éclate parfois de rire, puis on pose le livre et on l'a à moitié oublié avant d'aller dormir.
Ce n'est pas une mauvaise chose en soi. La science improbable du Dr Bart reste ce qu'il a toujours été : un livre honnête, bien fait, accessible à n'importe qui sans bagage scientifique préalable, parfait pour le coin des toilettes ou le trajet en train : il se lit très bien en tranches de deux pages. Format court oblige, on n'est jamais ennuyé très longtemps. Mais on n'est jamais non plus vraiment surpris.
Le livre, comme ses prédécesseurs, est un recueil de chroniques parues dans le supplément « Science et médecine » du Monde. On y retrouve une soixantaine de capsules indépendantes, chacune dédiée à une expérience scientifique réelle et référencée, mais d'une improbabilité souveraine. La barbe fait-elle une bonne crème solaire ? Peut-on se saouler par les pieds ? Les méchants du Seigneur des anneaux souffrent-ils d'un déficit en vitamine D ? Les rats reconnaissent-ils les langues étrangères ? À chaque fois, des chercheurs en chair et en os, dans de vraies revues, ont pris la peine de répondre à ces questions avec tout l'appareil méthodologique de la science sérieuse. C'est précisément là le charme du concept : non pas se moquer de la science, mais montrer qu'elle peut, à l'occasion, avoir le sens de l'humour malgré elle.
Le problème, c'est que ce charme, on le connaît déjà. À la troisième lecture du même type de chapitre (question saugrenue, protocole expérimental résumé, conclusion souvent plus anecdotique que révélatrice) on commence à percevoir la mécanique sous le vernis. Barthélémy écrit bien, toujours avec cette distance amusée qui fait sa marque, et les illustrations de Montaigne sont aussi efficaces que d'habitude. Mais le réservoir de la science improbable a beau être vaste, les exemples de ce troisième tome semblent piocher plus profondément dans les fonds de tiroir que les précédents. Les sujets sont moins mordants, moins universels, plus spécialisés ; parfois au point de générer une légère indifférence là où les deux premiers volumes provoquaient de vraies illuminations comiques.
C'est le sort classique des séries qui s'étaient construites sur l'effet de surprise. Randall Munroe avait rencontré le même défi avec What if? : répondre sérieusement à des questions absurdes, c'est hilarant la première fois, plaisant la deuxième, et quelque chose comme routinier la troisième. La formule de Barthélémy est moins flamboyante que celle de Munroe : moins de démesure, plus de rigueur journalistique. Et ça lui donne une solidité qui résiste mieux à l'usure, mais pas indéfiniment. On sourit sans cesse, on éclate parfois de rire, puis on pose le livre et on l'a à moitié oublié avant d'aller dormir.
Ce n'est pas une mauvaise chose en soi. La science improbable du Dr Bart reste ce qu'il a toujours été : un livre honnête, bien fait, accessible à n'importe qui sans bagage scientifique préalable, parfait pour le coin des toilettes ou le trajet en train : il se lit très bien en tranches de deux pages. Format court oblige, on n'est jamais ennuyé très longtemps. Mais on n'est jamais non plus vraiment surpris.
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