Nekomajin

Toriyama, c'est un peu le cas typique du génie qui a si bien réussi qu'il se retrouve prisonnier de son propre chef-d'œuvre. Après avoir tiré le rideau sur Dragon ball en 1995, épuisé, dit-il, par des années de combat contre des méchants toujours plus puissants et des cheveux toujours plus blonds, Akira Toriyama décide de prendre du recul et de se consacrer à des formats courts, plus légers, moins contraignants. Cowa!, Kajika, Sand land… il enchaîne les one-shots avec une liberté retrouvée. C'est dans cet état d'esprit qu'il publie, épisodiquement entre 1999 et 2004 dans le Weekly shōnen jump, les chapitres de ce qui deviendra Nekomajin, compilés en volume unique en 2005. Une sorte d'exutoire créatif, de récréation assumée entre deux projets plus sérieux.
Le principe est simple, presqu'enfantin : un Nekomajin est une créature féline vivant à la campagne, douée d'un peu de magie et — surprise — extraordinairement douée pour le combat. On en suit plusieurs au fil des chapitres, dont le plus mémorable se prénomme Z, porte une tenue identique à celle de Son Gokū, maîtrise une attaque nommée « Nekohameha » et se retrouve confronté à des Saïyens, dont un certain Onio, Super Saïyen obèse, poltron, et absolument irrésistible dans son rôle de parodie vivante des guerriers d'élite de Dragon ball Z. Vegeta fait une apparition remarquée, lasse rapidement de se faire ridiculiser par un chat, et prétexte un coup de fil (son opérateur n'ayant bien sûr aucun réseau sur Terre) pour quitter le manga en jurant de ne plus jamais accepter de participer à un titre humoristique. C'est le genre de gag meta qui fonctionne parfaitement, et qui illustre bien ce que Toriyama cherche ici : se moquer de lui-même, de ses personnages, de ses fans, et de la saga qui lui colle aux doigts depuis des décennies.
Le problème, c'est que ce plaisir-là reste très inégalement distribué sur l'ensemble du volume. Les premiers chapitres, graphiquement proches de Dr. Slump (ronds, expressifs, portés par un humour absurde et scatologique assumé) ont une vraie cohérence de ton. On sent Toriyama détendu, joueur, presque libéré. Puis le dessin évolue, redevient anguleux, les gags se répètent, et ce qui fonctionnait comme une savoureuse bouffée d'air frais commence à sentir le fond de tiroir. L'humour pipi-caca, charmant une fois, lasse à la troisième itération. Et surtout, Nekomajin souffre d'un défaut structurel majeur : il n'est rien sans la connaissance préalable de l'univers qu'il parodie. Pour un lecteur qui n'a jamais ouvert un tome de Dragon ball, c'est un volume à peu près aussi accessible qu'une blague interne racontée à quelqu'un qui n'était pas là. Le plaisir de reconnaissance est le moteur unique du manga, ce qui en fait d'emblée une œuvre à usage très limité.
Ça reste une lecture sympathique, honnêtement. Courte, légère, sans prétention. Toriyama qui se moque de lui-même avec une sincérité désarmante, c'est toujours préférable à Toriyama contraint de prolonger une saga dont il ne voulait plus. Mais entre Nekomajin et Jaco — autre one-shot parodique de l'auteur, bien plus construit narrativement —, le choix est vite fait. Nekomajin, c'est la face B d'un artiste immense : attachante pour les inconditionnels, anecdotique pour les autres.
Le principe est simple, presqu'enfantin : un Nekomajin est une créature féline vivant à la campagne, douée d'un peu de magie et — surprise — extraordinairement douée pour le combat. On en suit plusieurs au fil des chapitres, dont le plus mémorable se prénomme Z, porte une tenue identique à celle de Son Gokū, maîtrise une attaque nommée « Nekohameha » et se retrouve confronté à des Saïyens, dont un certain Onio, Super Saïyen obèse, poltron, et absolument irrésistible dans son rôle de parodie vivante des guerriers d'élite de Dragon ball Z. Vegeta fait une apparition remarquée, lasse rapidement de se faire ridiculiser par un chat, et prétexte un coup de fil (son opérateur n'ayant bien sûr aucun réseau sur Terre) pour quitter le manga en jurant de ne plus jamais accepter de participer à un titre humoristique. C'est le genre de gag meta qui fonctionne parfaitement, et qui illustre bien ce que Toriyama cherche ici : se moquer de lui-même, de ses personnages, de ses fans, et de la saga qui lui colle aux doigts depuis des décennies.
Le problème, c'est que ce plaisir-là reste très inégalement distribué sur l'ensemble du volume. Les premiers chapitres, graphiquement proches de Dr. Slump (ronds, expressifs, portés par un humour absurde et scatologique assumé) ont une vraie cohérence de ton. On sent Toriyama détendu, joueur, presque libéré. Puis le dessin évolue, redevient anguleux, les gags se répètent, et ce qui fonctionnait comme une savoureuse bouffée d'air frais commence à sentir le fond de tiroir. L'humour pipi-caca, charmant une fois, lasse à la troisième itération. Et surtout, Nekomajin souffre d'un défaut structurel majeur : il n'est rien sans la connaissance préalable de l'univers qu'il parodie. Pour un lecteur qui n'a jamais ouvert un tome de Dragon ball, c'est un volume à peu près aussi accessible qu'une blague interne racontée à quelqu'un qui n'était pas là. Le plaisir de reconnaissance est le moteur unique du manga, ce qui en fait d'emblée une œuvre à usage très limité.
Ça reste une lecture sympathique, honnêtement. Courte, légère, sans prétention. Toriyama qui se moque de lui-même avec une sincérité désarmante, c'est toujours préférable à Toriyama contraint de prolonger une saga dont il ne voulait plus. Mais entre Nekomajin et Jaco — autre one-shot parodique de l'auteur, bien plus construit narrativement —, le choix est vite fait. Nekomajin, c'est la face B d'un artiste immense : attachante pour les inconditionnels, anecdotique pour les autres.
Ma note59%
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