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· Julien   Lepage

Oscar et la dame rose
Eric-Emmanuel Schmitt
2009

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Illustration de critique : Oscar et la dame rose
Adapté de son propre roman à succès, Oscar et la dame rose est un film réalisé par Éric-Emmanuel Schmitt lui-même, avec dans les rôles principaux Michèle Laroque et le jeune Amir Ben Abdelmoumen. Le projet avait de quoi susciter la curiosité : un écrivain reconnu qui passe derrière la caméra, une histoire intimiste et bouleversante, une bande originale signée Michel Legrand… L'attente était réelle, surtout pour ceux qui avaient été touchés par le texte d'origine.

L'intrigue se situe dans un hôpital pédiatrique, où Oscar, un garçon de dix ans atteint d'un cancer incurable, vit ses derniers jours dans un silence médical pesant. Ni ses parents, ni les soignants n'osent lui dire la vérité. Seule Rose, une ancienne catcheuse reconvertie en livreuse de pizzas, ose briser ce tabou. Entre la dame en rose et l'enfant s'installe une relation hors norme, pleine de complicité, de tendresse brute et d'humour irrévérencieux. Elle lui propose un jeu : faire comme si chaque jour comptait pour dix ans, afin qu'il puisse vivre symboliquement toute une vie. En parallèle, elle l'incite à écrire à Dieu pour exprimer ce qu'il ressent. Ces lettres forment le fil narratif du film, entre éveil à l'amour, désillusion, sagesse et abandon.

Sur le papier, le concept fonctionne. Le récit, déjà éprouvé sur scène et en librairie, conserve sa force : celle d'une fable douce-amère sur la mort et le sens de la vie, vue à hauteur d'enfant. Les idées sont belles, les intentions sincères. Mais transposer un univers aussi littéraire à l'écran n'est pas sans risque. Le scénario, bien que fidèle à l'esprit du roman, souffre parfois de sa trop grande docilité au texte. Certains dialogues semblent sortir tout droit de la page imprimée sans avoir été filtrés par l'oralité, rendant certaines scènes un peu figées, presque trop écrites pour être incarnées.

Les personnages, eux, tiennent le cap. Oscar est à la fois enfantin, vif, drôle et bouleversant dans sa façon d'affronter l'inacceptable. Son intelligence précoce n'est jamais forcée, et on croit à son parcours d'homme miniature. Rose, avec son franc-parler, son langage coloré et ses histoires de catch invraisemblables, pourrait passer pour une caricature, mais se révèle progressivement comme le contrepoids nécessaire au désespoir ambiant. Son ton direct, presque brutal, finit par devenir une forme d'amour unique, rugueuse et profondément juste.

Le film n'évite pas les grands thèmes : la mort, la foi, le sens de l'existence, la solitude, le besoin de vérité. Mais il les aborde avec une pudeur bienvenue. L'idée de vivre cent vingt ans en douze jours permet de parler de tous les âges de la vie sans lourdeur explicative, et certains passages, comme le Noël improvisé ou la scène du mariage avec Peggy Blue, ont une sincérité désarmante. Le dispositif épistolaire apporte une profondeur supplémentaire, donnant accès à l'intériorité du jeune garçon sans forcer l'empathie.

Visuellement, Schmitt fait des choix marqués : couleurs pastel, lumière douce, quelques effets spéciaux discrets pour souligner le rêve ou la métaphore. L'ensemble, bien qu'un peu lisse, reste cohérent. On sent parfois une naïveté graphique — des transitions trop sages, des scènes un peu étirées —, mais cela s'inscrit dans le ton général, celui d'un conte plus que d'un drame réaliste. La musique de Michel Legrand vient souvent combler ce qui aurait pu tourner au pathos : elle accompagne avec justesse les moments-clés sans les alourdir, apportant ce qu'il faut de douceur et de mélancolie.

Côté interprétation, c'est Amir Ben Abdelmoumen qui emporte tout. Il donne à Oscar une vérité rare, une manière de parler et de bouger qui n'appartient qu'à lui. Il est de ces enfants qu'on n'oublie pas. Michèle Laroque, quant à elle, surprend. On la connaissait plus dans des rôles de comédies chic ou de bourgeoises exaspérées. Ici, elle trouve une justesse inattendue, même si certains moments trahissent un léger manque de tact — comme si elle cherchait encore la bonne distance entre rudesse et compassion. Max von Sydow apporte à son personnage de médecin une profondeur bouleversante, presque silencieuse. Une présence rare et précieuse.

Au final, Oscar et la dame rose est un film imparfait, mais profondément touchant. Il manque parfois de souplesse dans sa mise en scène, il pêche ici ou là par excès de fidélité au texte ou par maladresse formelle, mais il offre de vrais moments d'émotion et un regard sensible sur l'enfance, la mort et l'espérance. On pourra lui préférer des films plus aboutis sur le même thème — Ma vie avec John F. Donovan ou Le scaphandre et le papillon —, mais celui-ci, malgré ses fragilités, a le mérite d'exister, sincèrement, tendrement, à hauteur de cœur.
Ma note73%
Vu le 15 Décembre 2009


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