Péchés mignons, tome 2 : Chasse à l'homme !

Avant de signer le premier tome de Péchés mignons en 2006, Arthur de Pins était surtout connu dans les milieux de l'animation, notamment pour son court-métrage La révolution des crabes, qui avait décroché le Prix du public au Festival d'Annecy en 2004. Un palmares pas anodin pour quelqu'un qui allait ensuite consacrer l'essentiel de ses quatre années suivantes à dessiner des filles rondes et désirables dans les pages de Fluide Glacial. C'est dire si la trajectoire est inattendue. Pour ce second tome, il reste seul aux commandes (scénario, dessin, couleurs) avant qu'une certaine Maïa Mazaurette ne le rejoigne dès le troisième opus. Ici, pas de filet.
L'album reprend donc le héros éponyme Arthur, dragueur compulsif et maladroit, confronté cette fois à un monde où les femmes semblent avoir décidé de ne plus subir mais d'attaquer. D'où le titre. Les gags s'enchaînent sur une à trois planches, sans fil narratif continu, explorant les petits rituels de la séduction ratée ou réussie, les malentendus de la galanterie, le tabou du sang menstruel, les différences de temporalité entre désir masculin et désir féminin ; tout ça avec des personnages aux formes généreuses, aux grands yeux de Betty Boop, dessinés dans ce style vectoriel sans contour qui est la marque de fabrique d'Arthur de Pins. Un style directement issu d'Adobe Illustrator, hérité de son passage aux Arts Déco et d'une influence revendiquée auprès de Kiraz, le dessinateur des Parisiennes.
Graphiquement, difficile de ne pas être séduit. Les aplats de couleurs sont somptueux, les silhouettes ont une rondeur quasi cinématographique : on pense parfois aux personnages de Tex Avery version contemporaine, avec ce mélange de candeur et de suggestion à peine voilée. Les femmes sont belles, les situations sont lisibles en un coup d'œil, et l'humour visuel fonctionne souvent sans avoir besoin d'une seule bulle. Sur ce plan-là, le bonhomme sait ce qu'il fait, et il le fait bien.
Là où ça coince un peu, c'est du côté du scénario. Le premier tome avait la fraîcheur de la découverte ; celui-ci ressemble parfois à un moteur qui tourne à vide. Certains gags tombent juste, d'autres arrivent à leur chute avec une prévisibilité un peu lassante. Arthur de Pins élargit intelligemment son champ de vision — le point de vue féminin prend plus de place, les situations sont légèrement plus construites, plus longues — mais on sent que le format recueil de gags a ses limites structurelles, et qu'on commence à les toucher. Le concept de l'homme obsédé vs. la femme insaisissable, ça marche une fois, ça amuse deux fois, et à la troisième on commence à se demander si l'auteur n'a pas déjà tout dit sur le sujet. La réponse, avec honnêteté, est : presque.
Ce n'est pas désagréable pour autant. En lecture fragmentée, sur le coin d'un canapé, ça passe très bien. Il y a une vraie légèreté, une vraie bonne humeur dans ces pages, une absence totale de vulgarité poissarde : ce qui n'était pas garanti avec une BD rangée dans la catégorie « humour érotique ». Les amateurs de Tamara de Zidrou et Christian Darasse devraient y trouver leur compte, même si le registre est un peu plus explicite. Les fans inconditionnels du premier tome aussi… à condition de ne pas s'attendre à une progression.
Le problème, finalement, c'est que le succès commercial de la série (plus de 200 000 lecteurs au compteur avant même la sortie de Zombillénium) a peut-être conduit à publier un peu vite ce second volume, sans prendre le temps de renouveler la formule. Arthur de Pins est un auteur complet et sincèrement talentueux, et la suite de sa carrière le prouvera largement. Ce tome 2, lui, reste un agréable passe-temps, ni plus ni moins.
L'album reprend donc le héros éponyme Arthur, dragueur compulsif et maladroit, confronté cette fois à un monde où les femmes semblent avoir décidé de ne plus subir mais d'attaquer. D'où le titre. Les gags s'enchaînent sur une à trois planches, sans fil narratif continu, explorant les petits rituels de la séduction ratée ou réussie, les malentendus de la galanterie, le tabou du sang menstruel, les différences de temporalité entre désir masculin et désir féminin ; tout ça avec des personnages aux formes généreuses, aux grands yeux de Betty Boop, dessinés dans ce style vectoriel sans contour qui est la marque de fabrique d'Arthur de Pins. Un style directement issu d'Adobe Illustrator, hérité de son passage aux Arts Déco et d'une influence revendiquée auprès de Kiraz, le dessinateur des Parisiennes.
Graphiquement, difficile de ne pas être séduit. Les aplats de couleurs sont somptueux, les silhouettes ont une rondeur quasi cinématographique : on pense parfois aux personnages de Tex Avery version contemporaine, avec ce mélange de candeur et de suggestion à peine voilée. Les femmes sont belles, les situations sont lisibles en un coup d'œil, et l'humour visuel fonctionne souvent sans avoir besoin d'une seule bulle. Sur ce plan-là, le bonhomme sait ce qu'il fait, et il le fait bien.
Là où ça coince un peu, c'est du côté du scénario. Le premier tome avait la fraîcheur de la découverte ; celui-ci ressemble parfois à un moteur qui tourne à vide. Certains gags tombent juste, d'autres arrivent à leur chute avec une prévisibilité un peu lassante. Arthur de Pins élargit intelligemment son champ de vision — le point de vue féminin prend plus de place, les situations sont légèrement plus construites, plus longues — mais on sent que le format recueil de gags a ses limites structurelles, et qu'on commence à les toucher. Le concept de l'homme obsédé vs. la femme insaisissable, ça marche une fois, ça amuse deux fois, et à la troisième on commence à se demander si l'auteur n'a pas déjà tout dit sur le sujet. La réponse, avec honnêteté, est : presque.
Ce n'est pas désagréable pour autant. En lecture fragmentée, sur le coin d'un canapé, ça passe très bien. Il y a une vraie légèreté, une vraie bonne humeur dans ces pages, une absence totale de vulgarité poissarde : ce qui n'était pas garanti avec une BD rangée dans la catégorie « humour érotique ». Les amateurs de Tamara de Zidrou et Christian Darasse devraient y trouver leur compte, même si le registre est un peu plus explicite. Les fans inconditionnels du premier tome aussi… à condition de ne pas s'attendre à une progression.
Le problème, finalement, c'est que le succès commercial de la série (plus de 200 000 lecteurs au compteur avant même la sortie de Zombillénium) a peut-être conduit à publier un peu vite ce second volume, sans prendre le temps de renouveler la formule. Arthur de Pins est un auteur complet et sincèrement talentueux, et la suite de sa carrière le prouvera largement. Ce tome 2, lui, reste un agréable passe-temps, ni plus ni moins.
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