Aller au contenu principal

· Julien   Lepage

Péchés mignons, tome 3 : Garce attack !
Arthur de Pins
2008

Précédent
Suivant

Mode lecture activé pour faciliter la lecture des critiques longues.

Illustration de critique : Péchés mignons, tome 3 : Garce attack !
Clara, c'est le genre de personnage qu'on remarque dès le tome 1 sans jamais vraiment y prêter attention : une rouquine aux formes généreuses qui passe en fond de case pendant qu'Arthur de Pins met en scène son alter ego masculin en train de se prendre des râteaux à répétition. Deux tomes de saynètes coquines plus tard, Arthur de Pins décide de lui donner les clefs. L'idée est bonne sur le papier. Enfin sur Illustrator, plus précisément, parce que toute la série est dessinée au vecteur : un choix technique qui donne à ces petites pin-ups leurs rondeurs numériques si caractéristiques, quelque part entre la Betty Boop des années trente et un manga français décomplexé. C'est d'ailleurs comme ça que la série a débuté : des planches coquines publiées dans le magazine Max à partir de 2003, récupérées ensuite par Fluide Glacial qui en fera une collection. De Pins l'a lui-même confié en interview : Zombillénium, son vrai projet de cœur, mijotait en parallèle : Péchés mignons est arrivé comme une opportunité, pas comme une vocation. Pour ce troisième tome, il s'adjoint au scénario Maïa Mazaurette, blogueuse et chroniqueuse spécialisée dans les questions de sexualité, ce qui n'est pas anodin quand il s'agit de raconter Clara de l'intérieur.

Donc : Clara. Elle drague, elle rate, elle recommence. Elle se glisse dans des tenues à faire rougir un string, elle fantasme, elle s'équipe en sextoys dernière génération quand les humains la déçoivent… et ils la déçoivent souvent. Le concept du tome, c'est d'inverser le dispositif des deux précédents : exit le garçon maladroit qui court après les filles, place à la fille qui court après les garçons avec la même maladresse assumée et la même libido débordante. En théorie, c'est un beau pied de nez au regard masculin qui dominait jusque-là. En pratique, c'est là que le bât blesse un peu.

Clara et Arthur. Ou plutôt, Clara est Arthur… avec une poitrine plus généreuse et une collection de lingerie. Elle ne pense qu'à ça, elle ne parle que de ça, elle ne vit que pour ça… et ça finit par peser. Ce qui faisait le charme des premiers tomes, c'était précisément la friction entre lui et elles, cette tension comique entre le désir masculin et les femmes qui le déjouaient, le dépassaient, l'ignoraient. En effaçant cette tension, en remplaçant Arthur par un clone féminin aussi monomaniaques que lui, le tome 3 perd le ressort dramatique qui rendait la série attachante. Clara est décomplexée, libre, assumée — toutes les cases du personnage féministe moderne sont cochées — mais elle n'existe que comme machine à désirer. La subtilité que Mazaurette introduit dans quelques scénettes (la solitude qui point, les amants décevants, le fossé entre fantasme et réalité) aurait mérité d'être creusée bien davantage.

Ce qui ne change pas et qu'il serait malhonnête de ne pas signaler, c'est le dessin. De Pins est l'une des signatures graphiques les plus immédiatement reconnaissables de la BD franco-belge des années 2000. Ses personnages sont ronds, acidulés, d'une cohérence chromatique parfaite : il y a quelque chose de Tex Avery dans l'expressivité des visages et quelque chose de publicitaire dans la maîtrise des couleurs. Le résultat désarçonne toujours un peu : on se retrouve à lire des aventures franchement osées avec un habillage graphique qui évoque davantage l'animation jeunesse que l'album adulte. C'est évidemment voulu, et c'est ce décalage qui désamorce toute vulgarité potentielle. Là-dessus, rien à redire : le Prix Haxtur de l'humour qu'il emportera en 2010 pour la série ne sera pas usurpé.

Reste que ce troisième tome donne l'impression d'un auteur qui tourne légèrement en rond en attendant de faire autre chose. Le passage à Fluide Glacial pour Zombillénium
, puis à Dupuis, montrera qu'il avait effectivement autre chose à dire. Garce attack ! n'est pas un mauvais album : c'est une lecture plaisante, rapide, qui arrache quelques sourires sans jamais faire vraiment rire. C'est le problème des bonnes séries qui durent un tome de trop : on est content de retrouver l'univers, mais on n'est plus surpris par rien.
Ma note65%
Lu le 26 Août 2010


Commentaires

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier !

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication.