Aller au contenu principal

· Julien   Lepage

Péchés mignons, tome 4
Arthur de Pins
2010

Précédent
Suivant

Mode lecture activé pour faciliter la lecture des critiques longues.

Illustration de critique : Péchés mignons, tome 4
Ça faisait un moment qu'Arthur de Pins me faisait de l'œil depuis les rayons. Quatre tomes de BD coquine aux couleurs bonbon, des pin-ups rondelettes qui louchent entre Betty Boop et le manga shōnen, et une réputation de série légère, mais pas bête : difficile de passer à côté indéfiniment. Ce quatrième volet des Péchés mignons arrive en octobre 2010, au moment où son auteur publie simultanément Zombillénium chez Dupuis et le premier tome de La marche du crabe chez Soleil. Autant dire que De Pins est partout cette année-là, et qu'il n'a clairement pas l'intention de s'excuser de prendre autant de place.

La série trouve ses origines dans le magazine Max au début des années 2000, où l'auteur publiait ses premières planches sous le titre Les aventures d'Arthur : des gags coquins à la construction simple, dessinés entièrement sous Illustrator avec sa technique d'aplats sans contour, héritée des conseils de l'illustrateur MrZ. Ce style immédiatement reconnaissable, avec ses têtes disproportionnées et ses couleurs acidulées, est lui-même né d'une contrainte absurde : en 2001, De Pins bosse sur un jeu vidéo dont les personnages doivent tenir dans un carré de trente-deux pixels. Pour rendre ses silhouettes lisibles, il gonfle les yeux, la tête, et, pour les femmes, les hanches. Le projet vidéoludique ne verra jamais le jour, mais les petites pin-ups rondelettes, elles, ont fait une belle carrière.

Pour ce tome 4, la structure change. Fini les recueils de gags autonomes : De Pins propose ici une histoire continue sur quarante-six planches, co-scénarisée pour vingt et un des trente-cinq gags avec Maïa Mazaurette, journaliste et chroniqueuse spécialisée dans la sexualité, dont la plume apporte un regard féminin bienvenu sur l'ensemble. Arthur et Clara, les deux amis-ennemis célibataires de la série, se réveillent un matin dans le même lit sans trop savoir comment ils en sont arrivés là. Pour comprendre, il faut remonter trois mois en arrière ; jusqu'à l'annonce fracassante de Cassandre et Paul, leurs meilleurs amis : ils se marient. Ce mariage va servir de catalyseur à toute la mécanique du tome : enterrements de vie de garçon et de jeune fille, essayages de costumes, virée à Budapest teintée de tourisme sexuel, et une guerre froide entre nos deux célibataires pour tenter de faire craquer l'autre en chemin.

C'est là que le tome marque un vrai point par rapport à ses prédécesseurs. La narration gagne en cohérence, les gags s'enchaînent avec une logique dramatique qu'on ne trouvait pas dans les premiers volumes, et le final fonctionne franchement bien. On sent que De Pins a voulu passer à la vitesse supérieure, et sur ce plan-là, il réussit son pari. Les situations sont bien trouvées (la boîte échangiste, l'amant caché sous le lit, le strip-teaseur professionnel convoqué comme arme de déstabilisation) et l'humour reste ce qu'il était : gentiment grivois, jamais sordide, toujours dans le registre du sourire complice plutôt que du rire gras.

Cela dit, il faut être honnête : on est dans un album de divertissement pur, consommable en vingt minutes montre en main, et la profondeur n'est pas franchement à l'ordre du jour. Les personnages féminins ont beau être plus présents et actifs que dans le tome 1 (Clara est enfin un vrai personnage à part entière, pas juste une cible du regard masculin), leur galerie reste morphologiquement uniforme. Les femmes de De Pins se ressemblent toutes, et si cette homogénéité est une signature graphique assumée, elle finit par émousser un peu l'effet de surprise. On pense à ce que donnerait la même série avec la diversité des personnages d'un Riad Sattouf ou d'un Bastien Vivès ; auteurs qui, eux aussi en 2010, explorent les relations amoureuses avec un autre niveau de nuance et d'aspérité.

Le style graphique vectoriel, lui, continuera de diviser. Certains y verront une froideur numérique un peu aseptisée, ce côté « trop parfait » qui enlève une part d'humanité au trait. D'autres (et je penche plutôt de ce côté) trouveront au contraire que la maîtrise technique est réelle, et que les visages, notamment, sont d'une expressivité remarquable pour un dessin aussi épuré. Ce n'est pas le tout-papier de la tradition franco-belge, et c'est précisément ce qui le rend intéressant à regarder.

Au fond, Péchés mignons, tome 4 est le meilleur de la série tout en restant clairement délimité dans ses ambitions. C'est une BD de plage, de canapé, d'après-déjeuner paresseux : efficace dans ce qu'elle veut faire, sans jamais chercher à être autre chose. Ceux qui ont accroché aux tomes précédents trouveront ici l'aboutissement logique du projet. Les autres risquent de trouver l'ensemble charmant mais un poil creux, comme un dessert bien présenté qui laisse une légère faim sitôt l'assiette rendue.
Ma note65%
Lu le 28 Novembre 2010


Commentaires

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier !

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication.