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· Julien   Lepage

Premium rush
David Koepp
2012

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Illustration de critique : Premium rush
Premium rush annonce la couleur d'entrée de jeu : pas de prétention à révolutionner le cinéma, pas de message philosophique sous-jacent, juste un bon film d'action qui carbure au rythme des pédales et au chaos urbain de New York. Aux commandes, David Koepp, plus connu pour son travail de scénariste sur des mastodontes comme Jurassic Park ou Mission : impossible, mais qui ici se glisse derrière la caméra pour offrir une série B nerveuse et efficace. À l'écran, Joseph Gordon-Levitt, dont la carrière explosait en 2012 entre The dark knight rises et Looper, incarne un coursier new-yorkais lancé dans une course contre la montre. Face à lui, Michael Shannon, éternel second rôle magnétique, campe un flic ripou prêt à tout pour lui mettre la main dessus. Le programme est simple : du vélo, de la vitesse et une tension permanente.

L'histoire tient sur un ticket de métro, ce qui n'est pas un défaut en soi. Wilee (oui, comme le coyote, et le film n'hésite pas à jouer sur cette référence) est un coursier new-yorkais qui sillonne Manhattan sur son « fixie », un vélo sans freins qui symbolise sa philosophie de vie : foncer et ne jamais ralentir. Son quotidien bascule quand il accepte de livrer une enveloppe contenant un billet très convoité, destiné à une transaction clandestine. Ce qu'il ignore, c'est que l'inspecteur Monday (Michael Shannon), criblé de dettes de jeu, est prêt à tout pour récupérer ce précieux sésame. S'ensuit une traque à vélo où le bitume devient un terrain de jeu mortel et où chaque virage peut être fatal.

Dans un genre où les courses-poursuites sont généralement synonymes de moteurs vrombissants et de carrosseries froissées, Premium rush réussit un tour de force : transformer un simple vélo en arme de cinéma. La mise en scène épouse le rythme effréné de la circulation new-yorkaise, multipliant les plans dynamiques et les choix de trajectoire à la manière d'un jeu vidéo. L'idée de la « vision vélo », où Wilee évalue les différentes routes possibles en visualisant les accidents potentiels, est une trouvaille visuelle qui rappelle les mécaniques de Sherlock Holmes de Guy Ritchie, mais appliquée au chaos du trafic urbain. Certes, le scénario abuse parfois des flashbacks pour expliquer l'enjeu de la course, une construction qui alourdit un récit qui aurait gagné à être plus linéaire. Démarrer le film sur l'accident du héros pour ensuite remonter dans le temps n'était pas forcément la meilleure option, mais cela reste un choix qui colle à cette volonté d'urgence et de fragmentation temporelle.

Les personnages ne sont pas des archétypes complexes, mais ils sont taillés pour l'action. Wilee est un casse-cou qui refuse de vivre selon les règles, préférant livrer des plis sous tension plutôt que d'exercer un métier « sérieux » comme avocat, ce qui donne au film une morale à double tranchant : suivre sa passion, oui, mais à quel prix ? Face à lui, Monday est une caricature jubilatoire du flic ripou, un type à la limite du grotesque qui semble tout droit sorti d'un polar des années 70. Son excentricité contraste avec Manny (Wolé Parks), rival arrogant et dopé à la testostérone, qui passe son temps à vouloir surpasser Wilee à coups de performances athlétiques ridicules. Dans ce trio masculin, Vanessa (Dania Ramirez) sert de love interest, sans que son personnage ne bénéficie d'un développement très approfondi.

Le film brasse plusieurs thèmes, à commencer par l'adrénaline du métier de coursier, qui n'est pas qu'une simple toile de fond mais un véritable mode de vie. New York y apparaît comme une jungle urbaine où la rapidité et l'instinct priment sur les règles. L'idée d'un héros qui refuse la stabilité pour rester dans une course perpétuelle n'est pas nouvelle, mais elle est traitée avec suffisamment d'énergie pour qu'on y adhère. Le sous-texte sur l'immigration et les enjeux liés aux travailleurs précaires est effleuré à travers l'histoire de Nima (Jamie Chung), mais ne dépasse jamais le cadre de l'anecdote. En revanche, la critique des flics corrompus est plus appuyée, notamment à travers Monday, qui symbolise cette figure du policier aux méthodes expéditives et amorales.

D'un point de vue technique, David Koepp s'en sort avec brio. Refusant les fonds verts et les images de synthèse, il mise sur des cascades réelles et un tournage en conditions réelles dans les rues de Manhattan, ce qui donne au film une authenticité appréciable. Joseph Gordon-Levitt s'est même blessé lors du tournage, terminant une scène dans la lunette arrière d'un taxi et récoltant 31 points de suture. La photographie capte l'énergie du bitume et la bande-son, ponctuée de morceaux nerveux, accompagne parfaitement la frénésie du film.

Si les performances d'acteurs ne sont pas d'une subtilité folle, elles sont parfaitement adaptées au genre. Joseph Gordon-Levitt incarne Wilee avec un mélange d'arrogance et de charisme naturel, rendant son personnage à la fois agaçant et attachant. Michael Shannon, quant à lui, cabotine joyeusement dans le rôle de Monday, injectant une dose bienvenue de folie à son personnage. Il en fait trop, certes, mais c'est précisément ce qui fonctionne dans ce type de film. Le reste du casting fait le job sans briller, Dania Ramirez et Jamie Chung apportant un contrepoint féminin sans véritable relief.

Premium rush ne prétend pas être plus que ce qu'il est : un film d'action fun, rythmé et efficace. C'est une série B nerveuse, taillée pour le divertissement pur, à la manière d'un Speed à vélo. Malgré quelques facilités scénaristiques et des personnages esquissés à gros traits, il réussit son pari : faire ressentir la vitesse et l'adrénaline d'une course-poursuite sur deux roues. Un plaisir coupable, mais assumé.
Ma note67%
Vu le 5 Septembre 2012


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