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· Julien   Lepage

Safari
Olivier Baroux
2009

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Illustration de critique : Safari
C'est avec une certaine curiosité (mâtinée, il faut l'avouer, d'une prudence raisonnée) qu'on s'installe devant Safari, la deuxième réalisation d'Olivier Baroux, le Olivier du duo Kad et Olivier, qui réunit cette fois son complice Kad Merad en tête d'affiche, entouré de Valérie Benguigui, Lionel Abelanski, Frédérique Bel et, en guests, d'un Yannick Noah et d'un Omar Sy qu'on commence tout juste à remarquer au cinéma. Après le succès planétaire de Bienvenue chez les Ch'tis, Kad Merad est devenu l'acteur comique le plus bankable de France. L'attente autour de ce film est donc réelle, même si sa sortie le 1er avril entre Coco de Gad Elmaleh et OSS 117 : Rio ne répond plus laissait présager une bataille commerciale sans merci.

Kad Merad incarne Richard Dacier, gérant d'une agence de safaris à Nairobi qui, après une soirée de poker particulièrement malheureuse, se retrouve endetté auprès d'un certain Monsieur Charles, mafieux local peu enclin à la patience. Pour honorer sa dette, Dacier doit convoyer une mallette mystérieuse jusqu'à la frontière mozambicaine, en se fondant dans le rôle de guide d'un groupe de touristes français qu'il n'avait absolument pas prévu d'accompagner. Le hic — et c'est censé être le ressort comique central du film — c'est que Dacier n'a pas mis les pieds dans la brousse depuis trente ans, et que les animaux lui font une peur bleue. On embarque donc avec lui et ses six touristes, dont un trentenaire pathologiquement amoureux de Beauvais, une femme que tout le monde semble avoir fréquentée sans s'en souvenir, et quelques autres figures de la galerie de personnages secondaires que la comédie populaire française affectionne tant.

Le scénario, signé par quatre personnes (Baroux lui-même, Jean-Paul Bathany, Richard Grandpierre et Pascal Plisson) est un agrégat de situations connues, comme si chacun avait apporté ses gags fétiches en réunion sans que personne ne se charge vraiment d'en faire une histoire. Le film annonce un guide phobique des animaux, ce qui aurait pu être un moteur comique solide et cohérent, mais il s'embourbe rapidement dans un sous-thriller de convoyage d'armes qui n'a ni la tension d'un vrai film d'action ni la légèreté d'une vraie comédie. Les gags s'enchaînent par accumulation plutôt que par construction, et le comique de répétition, dont Baroux est très friand, finit par tourner à vide. Il y a bien quelques idées qui fonctionnent (le personnage du fan inconditionnel de Beauvais est une trouvaille réelle, bizarre et attachante), mais elles flottent dans un scénario qui ne sait pas toujours quoi en faire.

Les personnages, justement, méritent qu'on s'y arrête. Dacier est pensé comme un anti-héros embarrassant, mais il manque de texture pour qu'on s'y attache vraiment au-delà du premier quart d'heure. Les touristes qui l'accompagnent sont des archétypes (le benêt romantique, la femme à histoires, le taiseux) sans qu'aucun ne soit véritablement développé. On les croise, on les reconnaît, et on les oublie aussitôt. C'est le problème des comédies construites sur un principe plutôt que sur des êtres : les personnages sont des prétextes à des situations, pas des individus qui traversent une aventure.

Le film se positionne comme une comédie d'aventure exotique, et il y a là une ambition qu'on peut saluer. Baroux cherche clairement à faire quelque chose de plus grand que les petites comédies de salon françaises : un film solaire, généreux, qui sortirait le spectateur de son quotidien. Sur le papier, l'Afrique australe comme décor d'une comédie populaire, c'est une idée séduisante. Mais le film ne parvient jamais à articuler son exotisme avec son propos : l'Afrique reste un fond de carte postale, et les personnages africains (le chef de village joué par Yannick Noah, le général putschiste d'Omar Sy) sont traités comme des accessoires comiques plutôt que comme des présences à part entière. L'intention n'est pas malveillante, mais elle reste paresseuse, ce qui est peut-être pire.

Techniquement, le film est plutôt honnête. Baroux a tourné l'essentiel de ses onze semaines de tournage en Afrique du Sud, entre Le Cap et les parcs naturels proches de Durban pour les scènes animalières, et la photographie d'Arnaud Stefani capte de beaux paysages avec une vraie générosité. On respire. Les animaux (vrais, pas en images de synthèse) apportent un souffle authentique à certaines séquences. En revanche, le montage trahit parfois une post-production laborieuse : certaines scènes semblent tronquées, certaines transitions s'opèrent sans qu'on comprenne bien comment les personnages sont passés d'un endroit à l'autre. Une cascade, notamment, donne lieu à des sauts filmés hors champ avec simplement un cri pour illustrer la chute : choix narratif audacieux ou contrainte technique mal dissimulée, difficile à dire. La bande-son, avec le groupe danois Alphabeat et son tube Fascination, est un choix pop inattendu pour une comédie française en brousse, mais il ne dérange pas vraiment.

Côté interprétation, la situation est contrastée. Kad Merad est Kad Merad : fiable, techniquement impeccable dans la grimace et le regard paniqué, mais on le sent un peu à l'étroit dans un personnage qui ne lui offre pas beaucoup de matière inédite. Après Je vais bien, ne t'en fais pas et les Ch'tis, on sait qu'il peut faire mieux ; et ici, on le regarde en sachant qu'il fait du minimum syndical. Valérie Benguigui tire mieux son épingle du jeu, avec quelques répliques acides bien senties. Lionel Abelanski en fan hystérique de Beauvais est la vraie surprise du casting, étrange et juste dans un registre absurde que le reste du film ne rejoint jamais vraiment. Et puis il y a Omar Sy, qu'on connaît alors surtout grâce au duo Omar & Fred : il joue Youssouf Hammal, général putschiste mozambicain qui prépare son coup d'état en s'exprimant avec un accent québécois parfaitement inexpliqué. C'est hallucinant, drôle, et probablement la séquence la plus réussie du film ; une bizarrerie qui tranche avec la tonalité molle du reste. Quant à Yannick Noah, dont le personnage se nomme Sagha — clin d'œil à peine voilé à son tube Saga Africa — il n'est guère plus qu'une apparition, suffisamment anecdotique pour ne pas nuire.

Safari est un film qui n'a pas le courage de ses maladresses. Il aurait pu assumer sa bêtise, foncer dans le grand n'importe quoi et devenir une comédie à gags décomplexée, comme les meilleures comédies populaires savent parfois le faire. Il aurait pu aussi, à l'inverse, soigner son écriture et construire quelque chose de tenu. Il choisit une voie médiane confortable qui ne satisfait vraiment ni l'un ni l'autre. On ne s'ennuie pas totalement (les paysages aident), mais on ressort avec le sentiment d'avoir mangé quelque chose de tiède : ni mauvais au point d'en faire un souvenir, ni bon au point d'en parler.
Ma note33%
Vu le 2 Avril 2009


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