Servant (saison 2)
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La production Apple TV+ a misé gros sur Servant, confiant les rênes à Tony Basgallop avec M. Night Shyamalan en producteur exécutif et showrunner. Pour cette deuxième saison diffusée début 2021, après un tournage perturbé par la pandémie, l'équipe a fait venir du beau monde derrière la caméra : Julia Ducournau, la réalisatrice de Grave, s'est vu confier les deux premiers épisodes, suivie par Lisa Brühlmann, Isabella Eklöf et Nimród Antal. Shyamalan lui-même ne réalise qu'un seul épisode, le quatrième, qui s'avère d'ailleurs le meilleur de la saison. Avec Lauren Ambrose, Toby Kebbell, Nell Tiger Free et Rupert Grint, la série dispose d'une distribution solide pour porter ce qui devrait être une plongée toujours plus profonde dans l'horreur psychologique.
La saison reprend immédiatement après le cliffhanger de la première : le bébé Jericho a de nouveau disparu, enlevé par la secte mystérieuse dont fait partie Leanne. Dorothy, Sean et Julian unissent leurs forces pour retrouver l'enfant, tandis que la nourrice est séquestrée par son oncle George et sa tante May. Ce qui était au départ une histoire intimiste de deuil et de déni se transforme progressivement en thriller surnaturel impliquant une organisation sectaire aux pouvoirs apparemment paranormaux. La maison des Turner, ce brownstone bourgeois de Philadelphie, continue de se délabrer métaphoriquement et littéralement, ses fondations se fissurant au fur et à mesure que les secrets remontent à la surface. Entre possession, miracles douteux et manipulations psychologiques, la série multiplie les pistes sans jamais vraiment s'engager sur l'une d'entre elles.
Le problème principal de cette saison tient en un mot : accumulation. Là où la première saison savait distiller ses mystères avec parcimonie, créant une tension presqu'insoutenable dans le huis clos familial, cette deuxième fournée s'éparpille dans toutes les directions. Chaque épisode ajoute sa couche de bizarreries, de questions sans réponses, de rebondissements qui soulèvent plus d'interrogations qu'ils n'en résolvent. On nous promet des révélations sur l'origine du bébé de substitution, sur les véritables pouvoirs de Leanne, sur la nature exacte de sa secte, mais tout reste suspendu dans un flou artistique qui finit par agacer. L'écriture de Basgallop, qui jonglait habilement entre le réalisme du drame familial et l'étrangeté surnaturelle dans la première saison, bascule ici dans l'excès de mystères pour le mystère. Cette surenchère constante donne l'impression déplaisante d'une série qui ne sait pas vraiment où elle va, qui multiplie les effets de manche pour masquer l'absence de substance derrière le rideau.
Certains choix scénaristiques franchissent carrément la ligne du crédible. Comment accepter qu'un chef culinaire de renommée mondiale perde brutalement le sens du goût sans consulter immédiatement un médecin ? C'est littéralement son gagne-pain qui s'évanouit, et pourtant Sean se contente de tâtonner dans sa cuisine en espérant que ça revienne. Plus problématique encore, sa soudaine conviction que Leanne serait responsable de cette affliction relève du pur délire. Quant aux membres de la secte qui se volatilisent d'une ruelle le temps qu'un policier fasse marche arrière, on frôle le ridicule (à moins qu'on ait affaire à des ninjas mystiques, ce qui n'est même plus à exclure vu la direction prise par l'intrigue). La série accumule les incohérences : des personnages qui agissent à l'encontre de toute logique humaine, des situations résolues par des pirouettes narratives, des révélations qui n'en sont pas vraiment.
Dorothy et Sean incarnent toujours ce couple déchiré entre réalité et déni, mais leur évolution reste étrangement figée. Dorothy continue de refuser de voir la vérité en face, Sean joue les équilibristes entre protection de sa femme et retour à la raison, Julian noie son malaise dans l'alcool. Ce qui fonctionnait en saison 1 comme une exploration subtile du deuil et de ses mécanismes de défense devient ici répétitif. Les personnages tournent en rond, prisonniers non plus seulement de leur traumatisme, mais aussi d'un scénario qui ne sait plus quoi faire d'eux. Leanne reste une énigme, certes, mais une énigme dont on commence à se lasser faute de la moindre piste concrète. L'oncle George, campé par Boris McGiver, apporte heureusement un peu de relief avec sa présence inquiétante, mais il arrive trop tard pour sauver une dynamique narrative en perdition. La série aurait gagné à développer davantage les motivations profondes de chacun plutôt que de les enfermer dans des schémas prévisibles.
Sous couvert d'horreur psychologique, Servant explore en réalité des thématiques plus profondes, et c'est là que subsiste encore l'empreinte de Shyamalan. La question de la foi traverse toute la saison, avec cette interrogation permanente : jusqu'où peut-on croire sans basculer dans la folie ? La maison bourgeoise qui se décompose lentement fonctionne comme une métaphore limpide de l'effondrement d'un monde fondé sur le mensonge et le déni. Les fondations qui craquent, la cave qui semble s'ouvrir sur des abîmes, cette atmosphère de pourrissement silencieux… tout cela aurait pu donner lieu à un commentaire grinçant sur la bourgeoisie américaine et ses faux-semblants. La nourriture et le vin continuent d'occuper une place centrale, avec le chef Drew DiTomo qui a passé des jours entiers à préparer des pizzas pour créer la société fictive Cheezus Crust. Ces repas minutieusement filmés deviennent des moments de communion forcée, où les non-dits pèsent plus lourd que les mets présentés. Malheureusement, ces thèmes restent sous-exploités, noyés dans le fatras d'intrigues surnaturelles qui n'arrivent jamais à se cristalliser en quelque chose de cohérent.
Visuellement, la série continue de briller, et c'est probablement là que réside son plus grand atout. Les dix épisodes d'environ trente minutes maintiennent une identité esthétique forte, entre l'obscurité oppressante de cette maison et les jeux de lumière qui sculptent les visages. L'arrivée de Julia Ducournau pour les deux premiers épisodes promettait une patte plus radicale, un rapport à la chair et à la violence qui aurait pu électriser l'ensemble. On retrouve effectivement sa signature dans une scène où Sean arrache méthodiquement la peau nécrosée de sa main à l'aide d'une pince à épiler, moment viscéral qui détonne dans la série. Mais globalement, le résultat déçoit : malgré le discours promotionnel de Shyamalan sur la liberté laissée aux réalisateurs, tout semble uniformisé, lissé par les impératifs d'une production Apple. On peine à distinguer la touche de Ducournau de celle de Brühlmann ou d'Eklöf. Seul le quatrième épisode, signé Shyamalan, retrouve cette maîtrise du suspense et du cadre qui faisait mouche en saison 1. Le format court reste agréable à une époque où les séries s'étirent interminablement, mais même trente minutes peuvent sembler longues quand rien de substantiel ne se passe à l'écran.
Du côté des interprètes, le niveau demeure globalement élevé. Lauren Ambrose, qu'on garde en mémoire pour son rôle de Claire dans Six feet under, livre une performance intense, même si elle verse parfois dans le surjeu face à un scénario qui la pousse à la caricature. Son épisode 9 reste un morceau de bravoure, où elle parvient à incarner la désintégration psychologique de Dorothy avec une justesse troublante. Toby Kebbell, aperçu dans l'épisode Retour sur image de Black mirror, compose un Sean toujours tiraillé entre raison et compassion, même si le personnage manque cruellement d'une véritable évolution. Nell Tiger Free, la Myrcella Baratheon de Game of thrones, continue d'apporter cette ambiguïté fascinante à Leanne, oscillant entre innocence et menace sourde. Rupert Grint, éternellement marqué par son rôle de Ron dans la saga Harry Potter, surprend en Julian alcoolique et cynique, apportant une touche d'humour noir bienvenue. Les seconds rôles, notamment Boris McGiver en oncle sectaire, maintiennent un bon niveau d'engagement malgré un matériau parfois ingrat.
Au final, cette deuxième saison de Servant laisse un goût d'inachevé et de rendez-vous manqué. Il y avait de vraies idées, une atmosphère solide, un casting investi et des moyens de production conséquents (la série a d'ailleurs généré plus de 300 millions de dollars pour Apple, ce qui a motivé en partie le procès pour plagiat intenté par Francesca Gregorini, qui réclamait 81 millions de dommages et intérêts en affirmant que Servant avait copié son film La vérité sur Emanuel. Le jury a fini par donner raison à Shyamalan en janvier 2025, mais cette polémique souligne à quel point le concept de base reste générique, malgré tous les artifices déployés. La série s'est perdue en route, privilégiant l'empilement de mystères à la résolution intelligente, la surenchère à la subtilité. Ce qui fonctionnait comme un huis clos psychologique étouffant s'est dilué dans des intrigues sectaires convenues et un surnaturel mal maîtrisé.
La saison reprend immédiatement après le cliffhanger de la première : le bébé Jericho a de nouveau disparu, enlevé par la secte mystérieuse dont fait partie Leanne. Dorothy, Sean et Julian unissent leurs forces pour retrouver l'enfant, tandis que la nourrice est séquestrée par son oncle George et sa tante May. Ce qui était au départ une histoire intimiste de deuil et de déni se transforme progressivement en thriller surnaturel impliquant une organisation sectaire aux pouvoirs apparemment paranormaux. La maison des Turner, ce brownstone bourgeois de Philadelphie, continue de se délabrer métaphoriquement et littéralement, ses fondations se fissurant au fur et à mesure que les secrets remontent à la surface. Entre possession, miracles douteux et manipulations psychologiques, la série multiplie les pistes sans jamais vraiment s'engager sur l'une d'entre elles.
Le problème principal de cette saison tient en un mot : accumulation. Là où la première saison savait distiller ses mystères avec parcimonie, créant une tension presqu'insoutenable dans le huis clos familial, cette deuxième fournée s'éparpille dans toutes les directions. Chaque épisode ajoute sa couche de bizarreries, de questions sans réponses, de rebondissements qui soulèvent plus d'interrogations qu'ils n'en résolvent. On nous promet des révélations sur l'origine du bébé de substitution, sur les véritables pouvoirs de Leanne, sur la nature exacte de sa secte, mais tout reste suspendu dans un flou artistique qui finit par agacer. L'écriture de Basgallop, qui jonglait habilement entre le réalisme du drame familial et l'étrangeté surnaturelle dans la première saison, bascule ici dans l'excès de mystères pour le mystère. Cette surenchère constante donne l'impression déplaisante d'une série qui ne sait pas vraiment où elle va, qui multiplie les effets de manche pour masquer l'absence de substance derrière le rideau.
Certains choix scénaristiques franchissent carrément la ligne du crédible. Comment accepter qu'un chef culinaire de renommée mondiale perde brutalement le sens du goût sans consulter immédiatement un médecin ? C'est littéralement son gagne-pain qui s'évanouit, et pourtant Sean se contente de tâtonner dans sa cuisine en espérant que ça revienne. Plus problématique encore, sa soudaine conviction que Leanne serait responsable de cette affliction relève du pur délire. Quant aux membres de la secte qui se volatilisent d'une ruelle le temps qu'un policier fasse marche arrière, on frôle le ridicule (à moins qu'on ait affaire à des ninjas mystiques, ce qui n'est même plus à exclure vu la direction prise par l'intrigue). La série accumule les incohérences : des personnages qui agissent à l'encontre de toute logique humaine, des situations résolues par des pirouettes narratives, des révélations qui n'en sont pas vraiment.
Dorothy et Sean incarnent toujours ce couple déchiré entre réalité et déni, mais leur évolution reste étrangement figée. Dorothy continue de refuser de voir la vérité en face, Sean joue les équilibristes entre protection de sa femme et retour à la raison, Julian noie son malaise dans l'alcool. Ce qui fonctionnait en saison 1 comme une exploration subtile du deuil et de ses mécanismes de défense devient ici répétitif. Les personnages tournent en rond, prisonniers non plus seulement de leur traumatisme, mais aussi d'un scénario qui ne sait plus quoi faire d'eux. Leanne reste une énigme, certes, mais une énigme dont on commence à se lasser faute de la moindre piste concrète. L'oncle George, campé par Boris McGiver, apporte heureusement un peu de relief avec sa présence inquiétante, mais il arrive trop tard pour sauver une dynamique narrative en perdition. La série aurait gagné à développer davantage les motivations profondes de chacun plutôt que de les enfermer dans des schémas prévisibles.
Sous couvert d'horreur psychologique, Servant explore en réalité des thématiques plus profondes, et c'est là que subsiste encore l'empreinte de Shyamalan. La question de la foi traverse toute la saison, avec cette interrogation permanente : jusqu'où peut-on croire sans basculer dans la folie ? La maison bourgeoise qui se décompose lentement fonctionne comme une métaphore limpide de l'effondrement d'un monde fondé sur le mensonge et le déni. Les fondations qui craquent, la cave qui semble s'ouvrir sur des abîmes, cette atmosphère de pourrissement silencieux… tout cela aurait pu donner lieu à un commentaire grinçant sur la bourgeoisie américaine et ses faux-semblants. La nourriture et le vin continuent d'occuper une place centrale, avec le chef Drew DiTomo qui a passé des jours entiers à préparer des pizzas pour créer la société fictive Cheezus Crust. Ces repas minutieusement filmés deviennent des moments de communion forcée, où les non-dits pèsent plus lourd que les mets présentés. Malheureusement, ces thèmes restent sous-exploités, noyés dans le fatras d'intrigues surnaturelles qui n'arrivent jamais à se cristalliser en quelque chose de cohérent.
Visuellement, la série continue de briller, et c'est probablement là que réside son plus grand atout. Les dix épisodes d'environ trente minutes maintiennent une identité esthétique forte, entre l'obscurité oppressante de cette maison et les jeux de lumière qui sculptent les visages. L'arrivée de Julia Ducournau pour les deux premiers épisodes promettait une patte plus radicale, un rapport à la chair et à la violence qui aurait pu électriser l'ensemble. On retrouve effectivement sa signature dans une scène où Sean arrache méthodiquement la peau nécrosée de sa main à l'aide d'une pince à épiler, moment viscéral qui détonne dans la série. Mais globalement, le résultat déçoit : malgré le discours promotionnel de Shyamalan sur la liberté laissée aux réalisateurs, tout semble uniformisé, lissé par les impératifs d'une production Apple. On peine à distinguer la touche de Ducournau de celle de Brühlmann ou d'Eklöf. Seul le quatrième épisode, signé Shyamalan, retrouve cette maîtrise du suspense et du cadre qui faisait mouche en saison 1. Le format court reste agréable à une époque où les séries s'étirent interminablement, mais même trente minutes peuvent sembler longues quand rien de substantiel ne se passe à l'écran.
Du côté des interprètes, le niveau demeure globalement élevé. Lauren Ambrose, qu'on garde en mémoire pour son rôle de Claire dans Six feet under, livre une performance intense, même si elle verse parfois dans le surjeu face à un scénario qui la pousse à la caricature. Son épisode 9 reste un morceau de bravoure, où elle parvient à incarner la désintégration psychologique de Dorothy avec une justesse troublante. Toby Kebbell, aperçu dans l'épisode Retour sur image de Black mirror, compose un Sean toujours tiraillé entre raison et compassion, même si le personnage manque cruellement d'une véritable évolution. Nell Tiger Free, la Myrcella Baratheon de Game of thrones, continue d'apporter cette ambiguïté fascinante à Leanne, oscillant entre innocence et menace sourde. Rupert Grint, éternellement marqué par son rôle de Ron dans la saga Harry Potter, surprend en Julian alcoolique et cynique, apportant une touche d'humour noir bienvenue. Les seconds rôles, notamment Boris McGiver en oncle sectaire, maintiennent un bon niveau d'engagement malgré un matériau parfois ingrat.
Au final, cette deuxième saison de Servant laisse un goût d'inachevé et de rendez-vous manqué. Il y avait de vraies idées, une atmosphère solide, un casting investi et des moyens de production conséquents (la série a d'ailleurs généré plus de 300 millions de dollars pour Apple, ce qui a motivé en partie le procès pour plagiat intenté par Francesca Gregorini, qui réclamait 81 millions de dommages et intérêts en affirmant que Servant avait copié son film La vérité sur Emanuel. Le jury a fini par donner raison à Shyamalan en janvier 2025, mais cette polémique souligne à quel point le concept de base reste générique, malgré tous les artifices déployés. La série s'est perdue en route, privilégiant l'empilement de mystères à la résolution intelligente, la surenchère à la subtilité. Ce qui fonctionnait comme un huis clos psychologique étouffant s'est dilué dans des intrigues sectaires convenues et un surnaturel mal maîtrisé.
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