Servant (saison 3)
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Trois mois se sont écoulés depuis le chaos de la saison 2, et Servant reprend ses quartiers sur Apple TV+ en janvier 2022 avec Tony Basgallop toujours aux commandes de l'écriture et M. Night Shyamalan dans son rôle de showrunner et producteur exécutif. Cette troisième salve de dix épisodes marque un tournant dans la production puisque Shyamalan ne réalise que le premier épisode, laissant une place de choix à sa fille Ishana Shyamalan, qui signe plusieurs chapitres dont le final de saison. Un passage de témoin symbolique, renforcé par l'arrivée de réalisateurs comme Dylan Holmes Williams, Kitty Green, Celine Held et Logan George, ou encore le duo autrichien Veronika Franz et Severin Fiala. Avec Lauren Ambrose, Toby Kebbell, Nell Tiger Free et Rupert Grint de retour, la série tente de redresser la barre après une deuxième saison qui avait sérieusement éprouvé la patience des spectateurs.
La saison débute sur un faux apaisement : Jericho est de retour dans les bras de Dorothy, Leanne a réintégré le foyer des Turner, Julian s'est trouvé une petite amie prénommée Veera jouée par Sunita Mani, et Sean fait semblant que tout va pour le mieux. Mais cette façade de normalité ne trompe personne, et surtout pas Leanne, rongée par la paranoïa. Elle sait que la secte dont elle s'est échappée ne la laissera pas tranquille, que chaque visiteur, chaque livreur, chaque voisin pourrait être un émissaire venu la punir pour sa trahison. Cette angoisse permanente devient le moteur de la saison, tandis qu'à l'extérieur du brownstone, une communauté de sans-abris s'installe dans le parc d'en face, ajoutant une menace supplémentaire au dispositif. Parmi eux, Snake, incarnée par Mathilde Dehaye, une ancienne membre de la secte qui s'est mise à vénérer Leanne comme une figure sainte. Progressivement, l'équilibre précaire de cette famille reconstituée se fissure, les tensions entre Dorothy et Leanne s'exacerbent, et la maison elle-même semble se délabrer de l'intérieur, rongée par une infestation de termites qui servira de métaphore finale à l'effondrement du clan Turner.
Sur le papier, cette saison corrige plusieurs erreurs de la précédente en recentrant l'intrigue sur la relation entre les deux femmes qui se disputent le même enfant. Dorothy et Leanne incarnent deux visions irréconciliables de la maternité, deux formes de folie qui s'affrontent dans un huis clos de plus en plus étouffant. Le problème, c'est que Basgallop continue de jouer la même partition : accumuler les mystères, multiplier les pistes, semer des indices qui ne mènent nulle part. La momie découverte dans le mur, les promeneurs mystérieux qui rôdent, le retour sporadique de l'oncle George, l'étrange pouvoir de Leanne sur les gens et les choses… tout cela s'entasse sans qu'on sache vraiment où la série veut en venir. L'écriture progresse par à-coups, avec des épisodes forts suivis de phases de ventre mou où l'on tourne en rond dans cette maison dont on connaît désormais chaque recoin. Le rythme reste inégal, alternant moments de tension réussie et passages où l'on se demande sincèrement si quelque chose va finir par se passer. Cette impression de surplace narratif devient frustrante, d'autant que la série se sait proche de sa conclusion : la saison 4 ayant déjà été annoncée comme la dernière avant même la diffusion de ces épisodes.
Les personnages continuent d'évoluer dans leur bulle respective, prisonniers de leurs obsessions. Dorothy demeure cette mère en déni total, refusant d'affronter la réalité de la mort de son enfant, confortée dans son délire par l'existence concrète de Jericho. Sean oscille toujours entre raison et résignation, tentant de maintenir un semblant de stabilité dans un foyer qui part à vau-l'eau. Julian noie son malaise dans l'alcool tout en entretenant une relation avec Veera qui apporte peu au récit global. Quant à Leanne, elle connaît enfin une véritable évolution cette saison, passant du statut de victime à celui de femme consciente de son pouvoir, voire de figure messianique aux yeux de ses nouveaux disciples. C'est le personnage le plus intéressant, celui dont on suit l'émancipation avec un certain intérêt, même si Nell Tiger Free peine parfois à incarner toute la complexité d'une personnalité aussi fragmentée. Le problème fondamental reste que ces protagonistes ne sont pas attachants. On les observe comme des spécimens dans un bocal, fascinés par leur capacité d'autodestruction mais sans jamais vraiment s'inquiéter pour eux. Leur comportement confine régulièrement à l'absurde, leurs décisions semblent davantage dictées par les impératifs du scénario que par une logique humaine, et on finit par ne plus comprendre ce qui les motive réellement… à supposer que les scénaristes le sachent eux-mêmes.
Sous ses airs de thriller psychologique, Servant poursuit son exploration de thèmes plus profonds qui restent la marque de fabrique de Shyamalan : la foi, le deuil, la culpabilité, la folie comme mécanisme de défense. La maison des Turner continue de pourrir symboliquement, cette façade bourgeoise qui cache des fondations vermoulues, métaphore d'une famille incapable d'affronter la vérité. L'arrivée des sans-abris dans le parc introduit une dimension sociale que la série n'exploite qu'à moitié : ces marginaux qui vénèrent Leanne comme une sainte évoquent vaguement les dérives sectaires et le besoin de croire en quelque chose, n'importe quoi, pour donner du sens à l'existence. Le motif des insectes traverse toute la saison avec une belle cohérence visuelle : Leanne qui collectionne des insectes morts dans son armoire, puis ces termites qui dévorent littéralement les structures de la maison, symbolisant parfaitement cette famille qui se consume de l'intérieur. Shyamalan a déclaré vouloir raconter une histoire « à échelle biblique » dans un espace confiné, et ce paradoxe fonctionne plutôt bien ; le problème étant que l'ambition du propos se heurte constamment à une exécution qui tourne en rond. On sent que la série veut dire quelque chose sur l'acceptation du deuil, sur la nécessité de vivre dans le présent plutôt que dans le déni, mais le message se dilue dans l'accumulation de rebondissements surnaturels et de fausses pistes qui finissent par brouiller le discours.
Visuellement, la saison maintient le niveau d'excellence qui caractérise la série depuis ses débuts. Shyamalan, qui se plaît à qualifier Servant de premier « sit thriller » : un thriller qui revient constamment au même lieu, prouve qu'on peut filmer indéfiniment la même maison sans jamais se répéter. Son premier épisode constitue d'ailleurs un petit précis de mise en scène, avec ce plan magistral en plongée qui suit Leanne franchissant le seuil de la porte pour sortir à l'extérieur, la caméra descendant progressivement pour capter son visage terrorisé. Ishana Shyamalan, qui a apparemment tourné des scènes de réunion « mommy and me » avec huit bébés simultanément sur le plateau, apporte un style légèrement plus « fantasy » que son père, avec des couleurs plus saturées et une approche plus onirique de certaines séquences. Son épisode 2 joue habilement avec le surréalisme pour traduire la paranoïa de Leanne, tandis que son final de saison impressionne par sa maîtrise de la tension. Les autres réalisateurs invités parviennent à maintenir une cohérence visuelle tout en apportant leur touche personnelle. La photographie reste somptueuse, jouant sur les contrastes entre la lumière naturelle qui pénètre par les grandes fenêtres et l'obscurité oppressante des pièces fermées. La musique de Trevor Gureckis continue de tisser une atmosphère hypnotique et inquiétante. Mais toute cette excellence technique ne peut masquer une évidence : passé un certain stade, filmer brillamment du surplace reste du surplace brillamment filmé.
Lauren Ambrose maintient une intensité impressionnante dans son portrait de Dorothy, même si le personnage verse parfois dans la caricature à force de déni et d'hystérie. L'ancienne Claire de Six feet under a clairement le talent pour incarner la désintégration psychologique, mais on aimerait que le scénario lui offre davantage de nuances. Toby Kebbell, toujours aussi solide techniquement, souffre d'un personnage qui n'évolue plus vraiment : Sean reste l'homme raisonnable dépassé par les événements, le témoin impuissant d'une folie qu'il ne peut endiguer. Nell Tiger Free prend enfin de l'ampleur cette saison, sa Leanne gagnant en confiance et en complexité, même si l'actrice peine encore à rendre crédible certains revirements de personnalité. Rupert Grint s'amuse visiblement avec son Julian alcoolique et cynique, apportant une touche d'humour noir bienvenue, mais son jeu reste parfois trop appuyé, comme s'il n'arrivait pas totalement à se défaire de son Ron Weasley. Les seconds rôles font le travail, avec Boris McGiver qui distille toujours la même menace sourde en oncle George, et Sunita Mani qui apporte une énergie nouvelle en Veera, même si son personnage sert davantage de faire-valoir à Julian que de véritable élément narratif. Dans l'ensemble, le casting tient la route, mais on a l'impression que ces acteurs donnent le meilleur d'eux-mêmes pour servir un matériau qui ne leur rend pas totalement justice.
Au final, cette troisième saison de Servant redresse effectivement la barre après le naufrage de la précédente, sans pour autant retrouver la grâce inquiétante des premiers épisodes. La série reste agréable à regarder, techniquement impeccable, portée par des acteurs investis et une identité visuelle forte. Mais elle continue de souffrir de ses choix narratifs : trop de mystères, pas assez de réponses, une intrigue qui s'étire artificiellement pour tenir jusqu'à la saison finale annoncée. On progresse au ralenti, avec des moments forts suivis de passages moins inspirés, et cette alternance finit par créer une expérience frustrante. C'est mieux que la saison 2, certes, mais cela reste une œuvre qui aurait gagné à être condensée, à choisir ses combats plutôt qu'à multiplier les pistes.
La saison débute sur un faux apaisement : Jericho est de retour dans les bras de Dorothy, Leanne a réintégré le foyer des Turner, Julian s'est trouvé une petite amie prénommée Veera jouée par Sunita Mani, et Sean fait semblant que tout va pour le mieux. Mais cette façade de normalité ne trompe personne, et surtout pas Leanne, rongée par la paranoïa. Elle sait que la secte dont elle s'est échappée ne la laissera pas tranquille, que chaque visiteur, chaque livreur, chaque voisin pourrait être un émissaire venu la punir pour sa trahison. Cette angoisse permanente devient le moteur de la saison, tandis qu'à l'extérieur du brownstone, une communauté de sans-abris s'installe dans le parc d'en face, ajoutant une menace supplémentaire au dispositif. Parmi eux, Snake, incarnée par Mathilde Dehaye, une ancienne membre de la secte qui s'est mise à vénérer Leanne comme une figure sainte. Progressivement, l'équilibre précaire de cette famille reconstituée se fissure, les tensions entre Dorothy et Leanne s'exacerbent, et la maison elle-même semble se délabrer de l'intérieur, rongée par une infestation de termites qui servira de métaphore finale à l'effondrement du clan Turner.
Sur le papier, cette saison corrige plusieurs erreurs de la précédente en recentrant l'intrigue sur la relation entre les deux femmes qui se disputent le même enfant. Dorothy et Leanne incarnent deux visions irréconciliables de la maternité, deux formes de folie qui s'affrontent dans un huis clos de plus en plus étouffant. Le problème, c'est que Basgallop continue de jouer la même partition : accumuler les mystères, multiplier les pistes, semer des indices qui ne mènent nulle part. La momie découverte dans le mur, les promeneurs mystérieux qui rôdent, le retour sporadique de l'oncle George, l'étrange pouvoir de Leanne sur les gens et les choses… tout cela s'entasse sans qu'on sache vraiment où la série veut en venir. L'écriture progresse par à-coups, avec des épisodes forts suivis de phases de ventre mou où l'on tourne en rond dans cette maison dont on connaît désormais chaque recoin. Le rythme reste inégal, alternant moments de tension réussie et passages où l'on se demande sincèrement si quelque chose va finir par se passer. Cette impression de surplace narratif devient frustrante, d'autant que la série se sait proche de sa conclusion : la saison 4 ayant déjà été annoncée comme la dernière avant même la diffusion de ces épisodes.
Les personnages continuent d'évoluer dans leur bulle respective, prisonniers de leurs obsessions. Dorothy demeure cette mère en déni total, refusant d'affronter la réalité de la mort de son enfant, confortée dans son délire par l'existence concrète de Jericho. Sean oscille toujours entre raison et résignation, tentant de maintenir un semblant de stabilité dans un foyer qui part à vau-l'eau. Julian noie son malaise dans l'alcool tout en entretenant une relation avec Veera qui apporte peu au récit global. Quant à Leanne, elle connaît enfin une véritable évolution cette saison, passant du statut de victime à celui de femme consciente de son pouvoir, voire de figure messianique aux yeux de ses nouveaux disciples. C'est le personnage le plus intéressant, celui dont on suit l'émancipation avec un certain intérêt, même si Nell Tiger Free peine parfois à incarner toute la complexité d'une personnalité aussi fragmentée. Le problème fondamental reste que ces protagonistes ne sont pas attachants. On les observe comme des spécimens dans un bocal, fascinés par leur capacité d'autodestruction mais sans jamais vraiment s'inquiéter pour eux. Leur comportement confine régulièrement à l'absurde, leurs décisions semblent davantage dictées par les impératifs du scénario que par une logique humaine, et on finit par ne plus comprendre ce qui les motive réellement… à supposer que les scénaristes le sachent eux-mêmes.
Sous ses airs de thriller psychologique, Servant poursuit son exploration de thèmes plus profonds qui restent la marque de fabrique de Shyamalan : la foi, le deuil, la culpabilité, la folie comme mécanisme de défense. La maison des Turner continue de pourrir symboliquement, cette façade bourgeoise qui cache des fondations vermoulues, métaphore d'une famille incapable d'affronter la vérité. L'arrivée des sans-abris dans le parc introduit une dimension sociale que la série n'exploite qu'à moitié : ces marginaux qui vénèrent Leanne comme une sainte évoquent vaguement les dérives sectaires et le besoin de croire en quelque chose, n'importe quoi, pour donner du sens à l'existence. Le motif des insectes traverse toute la saison avec une belle cohérence visuelle : Leanne qui collectionne des insectes morts dans son armoire, puis ces termites qui dévorent littéralement les structures de la maison, symbolisant parfaitement cette famille qui se consume de l'intérieur. Shyamalan a déclaré vouloir raconter une histoire « à échelle biblique » dans un espace confiné, et ce paradoxe fonctionne plutôt bien ; le problème étant que l'ambition du propos se heurte constamment à une exécution qui tourne en rond. On sent que la série veut dire quelque chose sur l'acceptation du deuil, sur la nécessité de vivre dans le présent plutôt que dans le déni, mais le message se dilue dans l'accumulation de rebondissements surnaturels et de fausses pistes qui finissent par brouiller le discours.
Visuellement, la saison maintient le niveau d'excellence qui caractérise la série depuis ses débuts. Shyamalan, qui se plaît à qualifier Servant de premier « sit thriller » : un thriller qui revient constamment au même lieu, prouve qu'on peut filmer indéfiniment la même maison sans jamais se répéter. Son premier épisode constitue d'ailleurs un petit précis de mise en scène, avec ce plan magistral en plongée qui suit Leanne franchissant le seuil de la porte pour sortir à l'extérieur, la caméra descendant progressivement pour capter son visage terrorisé. Ishana Shyamalan, qui a apparemment tourné des scènes de réunion « mommy and me » avec huit bébés simultanément sur le plateau, apporte un style légèrement plus « fantasy » que son père, avec des couleurs plus saturées et une approche plus onirique de certaines séquences. Son épisode 2 joue habilement avec le surréalisme pour traduire la paranoïa de Leanne, tandis que son final de saison impressionne par sa maîtrise de la tension. Les autres réalisateurs invités parviennent à maintenir une cohérence visuelle tout en apportant leur touche personnelle. La photographie reste somptueuse, jouant sur les contrastes entre la lumière naturelle qui pénètre par les grandes fenêtres et l'obscurité oppressante des pièces fermées. La musique de Trevor Gureckis continue de tisser une atmosphère hypnotique et inquiétante. Mais toute cette excellence technique ne peut masquer une évidence : passé un certain stade, filmer brillamment du surplace reste du surplace brillamment filmé.
Lauren Ambrose maintient une intensité impressionnante dans son portrait de Dorothy, même si le personnage verse parfois dans la caricature à force de déni et d'hystérie. L'ancienne Claire de Six feet under a clairement le talent pour incarner la désintégration psychologique, mais on aimerait que le scénario lui offre davantage de nuances. Toby Kebbell, toujours aussi solide techniquement, souffre d'un personnage qui n'évolue plus vraiment : Sean reste l'homme raisonnable dépassé par les événements, le témoin impuissant d'une folie qu'il ne peut endiguer. Nell Tiger Free prend enfin de l'ampleur cette saison, sa Leanne gagnant en confiance et en complexité, même si l'actrice peine encore à rendre crédible certains revirements de personnalité. Rupert Grint s'amuse visiblement avec son Julian alcoolique et cynique, apportant une touche d'humour noir bienvenue, mais son jeu reste parfois trop appuyé, comme s'il n'arrivait pas totalement à se défaire de son Ron Weasley. Les seconds rôles font le travail, avec Boris McGiver qui distille toujours la même menace sourde en oncle George, et Sunita Mani qui apporte une énergie nouvelle en Veera, même si son personnage sert davantage de faire-valoir à Julian que de véritable élément narratif. Dans l'ensemble, le casting tient la route, mais on a l'impression que ces acteurs donnent le meilleur d'eux-mêmes pour servir un matériau qui ne leur rend pas totalement justice.
Au final, cette troisième saison de Servant redresse effectivement la barre après le naufrage de la précédente, sans pour autant retrouver la grâce inquiétante des premiers épisodes. La série reste agréable à regarder, techniquement impeccable, portée par des acteurs investis et une identité visuelle forte. Mais elle continue de souffrir de ses choix narratifs : trop de mystères, pas assez de réponses, une intrigue qui s'étire artificiellement pour tenir jusqu'à la saison finale annoncée. On progresse au ralenti, avec des moments forts suivis de passages moins inspirés, et cette alternance finit par créer une expérience frustrante. C'est mieux que la saison 2, certes, mais cela reste une œuvre qui aurait gagné à être condensée, à choisir ses combats plutôt qu'à multiplier les pistes.
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