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· Julien   Lepage

Le shar-peï
Isabella Pizzamiglio
1998

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Illustration de critique : Le shar-peï
Posséder un shar-peï, c'est un peu comme décider d'adopter un bouledogue philosophe qui aurait lu trop de Schopenhauer : l'animal vous toise avec une condescendance affectueuse, convaincu d'être en service commandé. Alors quand on tombe sur Le shar-peï, la monographie qu'Isabella Pizzamiglio a consacrée à la race en 1998 chez De Vecchi, on se dit qu'une telle créature méritait bien qu'on lui dédie un livre entier.

Pizzamiglio n'est pas une théoricienne en chambre. Elle élève des shar-peïs depuis 1984, année où elle a importé depuis Hong Kong un premier couple (une démarche qui, à l'époque, tenait presque de l'expédition archéologique tant la race était rare en Europe). Elle a fondé l'élevage Khambaliq — nom turcique de Pékin, clin d'œil aux origines impériales du chien —, et depuis 1986, elle contribue activement à la diffusion de la race sur le continent, entretenant des contacts réguliers avec les meilleurs éleveurs américains et fréquentant l'exposition spéciale annuelle aux États-Unis. Autrement dit, quand elle parle, elle sait de quoi elle cause.

L'ouvrage couvre tout le spectre de ce qu'on est en droit d'attendre d'une monographie sérieuse : origines et histoire de la race, présentation illustrée du standard, conseils sur l'alimentation, la santé, la reproduction, l'hygiène, et quelques notions de cynophilie générale. Le shar-peï est une race vieille de plus de deux mille ans, utilisée en Chine comme chien de chasse, de garde, voire de combat ; il a même failli disparaître complètement dans les années soixante-dix au point d'être répertorié dans le Guinness Book comme l'une des races les plus rares du monde en 1978, avant d'être sauvé in extremis par des éleveurs hongkongais et américains. Ce roman de la survie, Pizzamiglio le raconte avec une vraie passion, et c'est là que le livre est le plus vivant.

Le reste tient d'un guide pratique bien construit, accessible, agrémenté de nombreuses photographies et de dessins didactiques qui rendent la lecture plaisante même pour qui ne projette pas d'acquérir l'animal. On apprend, entre autres, qu'il existe deux types de pelage (le horse coat, très court et légèrement irritant pour la propre peau du chien à cause des plis, et le brush coat, plus confortable) que le shar-peï est un compagnon fier, affectueux et d'une fidélité absolue à son maître, mais méfiant, voire jaloux, envers les inconnus. Un peu comme Clint Eastwood dans n'importe quel film de Clint Eastwood.

Cependant, quand on cherche du concret sur certains sujets pointus, c'est un peu le désert. Le chapitre consacré aux problèmes de santé reste trop elliptique au regard des pathologies spécifiques à la race ; notamment les affections dermatologiques, qui sont pourtant une préoccupation centrale des propriétaires de horse coat. Et l'ensemble penche nettement du côté de la conformation en exposition plutôt que vers le quotidien du chien de compagnie ordinaire : si vous espérez des conseils pratiques d'éducation ou de dressage, vous ressortirez un peu frustré, l'ouvrage ne s'aventurant guère sur ce terrain. C'est une limite réelle, et honnête à reconnaître.

Pour qui voudrait aller plus loin sur la question de la médecine canine spécialisée ou sur l'éducation comportementale, il faudra compléter par d'autres lectures. Mais comme introduction complète et documentée à cette race à nul autre pareil, Le shar-peï remplit correctement son office. Pas de quoi renverser les tables, mais suffisamment solide pour mériter sa place dans la bibliothèque de tout passionné qui découvre l'animal, ou qui cherche à comprendre pourquoi son chien le regarde avec cet air perpétuellement déçu.
Ma note73%
Lu le 25 Février 2009


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