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· Julien   Lepage

Shrinking (saison 2)
Jason Segel, Bill Lawrence et Brett Goldstein
2024

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Illustration de critique : Shrinking (saison 2)
Deuxième round sur le divan. Après une première saison lancée en janvier 2023, Shrinking, la dramédie thérapeutique de Bill Lawrence, Jason Segel et Brett Goldstein, revient en octobre 2024 sur Apple TV+ avec douze épisodes et un mot d'ordre affiché par ses créateurs : après le deuil en saison 1, place au pardon. Un programme ambitieux sur le papier, d'autant que Goldstein passe cette fois-ci devant la caméra dans un rôle pivot, et que Damon Wayans Jr. vient compléter un casting déjà bien fourni. Le tout sous l'œil toujours bienveillant d'Harrison Ford, qui continue de découvrir les joies de la comédie télévisée avec l'enthousiasme d'un octogénaire qui aurait trouvé un nouveau jouet.

On retrouve donc Jimmy Laird là où on l'avait laissé : un peu moins au fond du trou qu'au début de la première saison, mais pas tellement plus haut non plus. La grande nouveauté, c'est l'apparition de Louis, le conducteur ivre responsable de la mort de Tia, qui débarque dans la salle d'attente du cabinet de thérapie pour tenter de s'excuser. C'est Goldstein lui-même qui l'incarne, rasé de près sur exigence de Lawrence, ce qui lui donne l'air d'avoir douze ans selon les dires du showrunner, et avec une barbe qui repoussait tellement vite qu'il devait se raser entre chaque prise. C'est Segel qui avait suggéré son co-créateur pour le rôle, Lawrence ne parvenant pas à dissocier l'acteur de Roy Kent dans Ted Lasso. Parallèlement, Gaby met fin à sa relation avec Jimmy et rencontre Derrick (« Derek numéro 2 » en VF), joué par Damon Wayans Jr., qu'on connaît pour Happy endings et New girl. Paul, de son côté, entame une romance avec sa neurologue Julie, tandis que Liz trompe Derek avec un ex. Brian et Charlie se lancent dans un projet d'adoption. Bref, tout le monde a son arc, et la série multiplie les intrigues comme on remplit un buffet.

C'est une deuxième saison dans la continuité directe de la première, et c'est précisément le problème. Les mêmes qualités sont là : la légèreté du ton, la chaleur du groupe, quelques moments sincèrement touchants… mais les mêmes défauts aussi, intacts et même légèrement aggravés par l'allongement à douze épisodes au lieu de dix. L'intrigue autour de Louis est censée être le cœur battant de la saison, et elle l'est par moments : l'idée de confronter Jimmy au chauffard qui a tué sa femme, de le forcer à se demander s'il est capable de pardonner l'impardonnable, est dramatiquement puissante. Mais la série refuse obstinément d'aller au bout de sa propre noirceur. Chaque fois qu'une scène menace de devenir véritablement déchirante, une punchline arrive pour désamorcer la tension, comme un réflexe pavlovien. On retrouve ce problème fondamental de l'écriture déjà identifié en première saison : tous les personnages continuent de parler exactement de la même façon, avec ce même humour fondé sur l'autodérision compulsive et la répartie systématique. Que ce soit le vétéran traumatisé, l'adolescente endeuillée, le vieil homme parkinsonien ou l'avocat narcissique, tout le monde a le même timing comique, la même musicalité verbale. Wayans Jr. ne fait pas exception : il s'intègre si parfaitement dans cette mécanique qu'on se demande s'il y a un générateur automatique de répliques quelque part dans la writers' room.

Le développement des personnages offre quelques belles avancées, il faut le reconnaître. Alice pardonne à Louis, noue une amitié improbable avec lui, et cet arc-là est probablement ce que la saison propose de plus intéressant : cette idée qu'une adolescente puisse trouver plus facilement le chemin du pardon que son père thérapeute, c'est fin et bien vu. Paul continue de s'ouvrir malgré lui, acceptant tant bien que mal la progression de sa maladie et l'idée de s'autoriser une histoire d'amour. Gaby, en revanche, reste sous-exploitée malgré les tentatives d'étoffer sa vie familiale avec l'introduction de sa sœur Courtney et les problèmes de santé de sa mère : on a l'impression que la série accumule les sous-intrigues autour d'elle sans jamais lui offrir de véritable moment de rupture. Quant à Jimmy, il stagne. Son arc central (accepter de pardonner Louis) est télécommandé du début à la fin, et on devine dès le premier épisode qu'il finira par y arriver, la seule question étant combien de séquences de larmes accompagnées de ballades folk il faudra traverser pour y parvenir.

Le thème du pardon, donc. Goldstein l'a formulé lui-même : tout le monde sait qu'il est bon de pardonner, c'est un concept simple ; l'intérêt est de le pousser dans ses retranchements les plus douloureux : peut-on pardonner à l'homme qui a tué sa femme ? C'est effectivement une question vertigineuse, et la série l'aborde avec davantage de sérieux que la première saison n'en accordait au deuil. Mais le traitement reste engoncé dans le même carcan de bienveillance généralisée. Le pardon, dans Shrinking, n'est jamais ambigu, jamais problématique : c'est un objectif clair vers lequel tout le monde converge gentiment, avec quelques détours de mauvaise humeur pour donner l'illusion du conflit. Comparé à la façon dont un Des gens comme les autres de Robert Redford ou même un Manchester by the Sea de Kenneth Lonergan explorait l'impossibilité du pardon et la persistance de la culpabilité, Shrinking reste à la surface, préférant la résolution émotionnelle propre à la plaie ouverte.

Techniquement, rien n'a changé : c'est toujours aussi propre, toujours aussi quelconque. La photographie baigne dans cette lumière californienne dorée qui est devenue la signature visuelle d'Apple TV+, au point qu'on pourrait confondre une scène de Shrinking avec une scène de The morning show ou de Ted Lasso sans y regarder de trop près. Le passage de dix à douze épisodes se ressent dans le rythme : la série patine sensiblement dans son milieu de saison, où les intrigues secondaires (l'adoption de Brian, les déboires amoureux de Gaby, les manigances de Liz) tournent un peu à vide avant que le dernier tiers ne recentre l'ensemble autour du pardon de Jimmy. La bande-son reste fidèle à sa recette : indie-folk mélancolique en accompagnement de chaque moment d'émotion, comme un mode d'emploi sentimental à l'usage du spectateur distrait.

Côté performances, Ford reste la meilleure raison de regarder cette série. Son Paul amoureux et maladroit face à Wendie Malick offre les scènes les plus justes de la saison, et l'acteur continue de prouver que la comédie est un territoire qu'il aurait dû explorer bien plus tôt. Goldstein, débarrassé de la pilosité et de la rugosité de Roy Kent, compose un Louis touchant, tout en fragilité silencieuse : Lawrence avait raison de dire que le vrai Goldstein ressemble davantage à ce personnage qu'à son rôle dans Ted Lasso. Son apparition dans le dernier épisode, au bord de mettre fin à ses jours avant que Jimmy ne le rattrape, est le moment le plus fort de la saison, et de loin. Segel, lui, reste dans un registre familier : ses retrouvailles avec Cobie Smulders, qui joue Sofi dans le dernier épisode (une réunion How I met your mother que Segel a lui-même proposée), fonctionnent grâce à leur complicité évidente plutôt que grâce au matériau qu'on leur donne. Wayans Jr., en revanche, n'apporte pas grand-chose qu'un autre acteur charmant n'aurait pu apporter : il est agréable, solaire, et parfaitement interchangeable. Lukita Maxwell, dans le rôle d'Alice, confirme qu'elle est peut-être l'actrice la plus sous-estimée du casting : ses scènes avec Goldstein comptent parmi les plus réussies de ces douze épisodes.

Au final, cette deuxième saison confirme ce que la première laissait pressentir : Shrinking est une série agréable, confortable, compétente, et fondamentalement inoffensive. On ne s'ennuie pas vraiment, on ne s'enthousiasme pas non plus. Les bons moments existent (la scène du banc entre Jimmy et Louis dans le finale, Paul acceptant de se laisser aimer, Alice choisissant le pardon), mais ils sont noyés dans un océan de répliques calibrées et de sentimentalisme sur commande. Si vous avez aimé la première saison, vous aimerez celle-ci : c'est exactement la même chose, en un peu plus long, avec Damon Wayans Jr. en plus et la même impression, au générique de fin, d'avoir passé un moment correct devant quelque chose qui aurait pu être tellement mieux.
Ma note50%
Vu le 9 Mars 2026


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