Le stratège
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Bennett Miller avait déjà prouvé son talent avec Truman Capote. Le voilà qui s'attaque à un sujet a priori peu sexy : les coulisses d'une équipe de baseball en difficulté financière. Sur le papier, ça sent l'ennui à plein nez, surtout pour nous autres Européens qui ne comprenons pas grand-chose à ce sport ultra-populaire outre-Atlantique. Et pourtant…
L'histoire, tirée de faits réels, est celle de Billy Beane, directeur général des Oakland Athletics, incarné par Brad Pitt. Confronté à un budget famélique et à la perte de ses meilleurs joueurs happés par les grosses cylindrées comme les Yankees et leurs 120 millions de dollars, il doit rebâtir une équipe compétitive avec trois fois rien. Sa rencontre avec Peter Brand, un jeune économiste de Yale joué par Jonah Hill, va tout changer. Ensemble, ils vont révolutionner l'approche du recrutement en se basant non plus sur l'instinct et l'expérience des recruteurs traditionnels, mais sur des statistiques froides et des formules mathématiques.
Le scénario, signé par Aaron Sorkin et Steven Zaillian, parvient à rendre à peu près intéressante une histoire qui, en d'autres mains, aurait pu virer au documentaire soporifique. On y suit Billy Beane dans sa quête obstinée, combattant les préjugés et l'hostilité de l'entraîneur Art Howe, campé par un Philip Seymour Hoffman aussi taciturne qu'impressionnant. La dimension humaine n'est pas oubliée avec les relations tendres entre Beane et sa fille adolescente qui rêve de devenir musicienne.
Le film évite soigneusement les clichés du genre sportif. Pas de scène d'euphorie collective, pas de slow motion sur le home run décisif, pas de joueurs portés en triomphe. Miller l'avait d'ailleurs clairement annoncé : « Les figures de style ‹ obligatoires › des films de sport ne m'intéressent pas. Je préfère le triomphe tranquille, celui qui brille d'une flamme plus discrète et dure plus longtemps. ».
Mais c'est bien là où le bât blesse. En voulant trop s'éloigner des conventions, le film perd parfois en intensité et en émotion. On reste dans une contemplation un peu froide, comme si on observait un match depuis les tribunes les plus éloignées. Certes, les dialogues sont ciselés (mais toujours trop verbeux, Sorkin oblige…), mais on aurait aimé sentir davantage la passion qui anime ces hommes, cette fièvre du jeu qui fait vibrer les stades.
Le film est porté par un casting impeccable. Brad Pitt excelle dans ce rôle d'homme tracassé, mâchant son chewing-gum avec nervosité et explosant parfois de rage dans les vestiaires. Les années qui le tassent un peu lui vont bien, apportant une crédibilité certaine à ce personnage de quadra divorcé hanté par ses échecs passés. Jonah Hill, dans ce rôle de geek des statistiques, est parfaitement crédible, presque touchant dans sa maladresse sociale et sa foi absolue en ses algorithmes. Quant à Philip Seymour Hoffman, sa présence, même dans un rôle secondaire, apporte une densité indéniable au film.
La réalisation est soignée, sans fioritures inutiles. Miller opte pour un style visuel épuré qui colle parfaitement au sujet. La photographie signée Wally Pfister (habituel collaborateur de Nolan) est belle sans être ostentatoire, et la bande-son de Mychael Danna accompagne avec justesse le récit. Mention spéciale pour Joe Satriani qui joue l'hymne national américain à la guitare électrique — un moment qui a dû faire frémir d'excitation les amateurs de six-cordes.
Par souci d'authenticité, la production a d'ailleurs fait appel à d'anciens joueurs professionnels pour étoffer le casting et a tourné dans cinq stades différents, dont le véritable berceau des Oakland A's. Des images d'archives ont même été intégrées au montage, créant un pont entre fiction et réalité.
Le stratège, sans être brillant, est un film intelligent qui parvient à rendre accessible un sujet a priori rébarbatif pour les non-initiés. Il offre une réflexion intéressante sur la façon dont les chiffres peuvent bouleverser une institution aussi traditionnelle que le baseball. C'est un film solide, bien écrit, bien joué, mais qui manque peut-être de ce petit supplément d'âme qui en aurait fait une œuvre véritablement marquante.
L'histoire, tirée de faits réels, est celle de Billy Beane, directeur général des Oakland Athletics, incarné par Brad Pitt. Confronté à un budget famélique et à la perte de ses meilleurs joueurs happés par les grosses cylindrées comme les Yankees et leurs 120 millions de dollars, il doit rebâtir une équipe compétitive avec trois fois rien. Sa rencontre avec Peter Brand, un jeune économiste de Yale joué par Jonah Hill, va tout changer. Ensemble, ils vont révolutionner l'approche du recrutement en se basant non plus sur l'instinct et l'expérience des recruteurs traditionnels, mais sur des statistiques froides et des formules mathématiques.
Le scénario, signé par Aaron Sorkin et Steven Zaillian, parvient à rendre à peu près intéressante une histoire qui, en d'autres mains, aurait pu virer au documentaire soporifique. On y suit Billy Beane dans sa quête obstinée, combattant les préjugés et l'hostilité de l'entraîneur Art Howe, campé par un Philip Seymour Hoffman aussi taciturne qu'impressionnant. La dimension humaine n'est pas oubliée avec les relations tendres entre Beane et sa fille adolescente qui rêve de devenir musicienne.
Le film évite soigneusement les clichés du genre sportif. Pas de scène d'euphorie collective, pas de slow motion sur le home run décisif, pas de joueurs portés en triomphe. Miller l'avait d'ailleurs clairement annoncé : « Les figures de style ‹ obligatoires › des films de sport ne m'intéressent pas. Je préfère le triomphe tranquille, celui qui brille d'une flamme plus discrète et dure plus longtemps. ».
Mais c'est bien là où le bât blesse. En voulant trop s'éloigner des conventions, le film perd parfois en intensité et en émotion. On reste dans une contemplation un peu froide, comme si on observait un match depuis les tribunes les plus éloignées. Certes, les dialogues sont ciselés (mais toujours trop verbeux, Sorkin oblige…), mais on aurait aimé sentir davantage la passion qui anime ces hommes, cette fièvre du jeu qui fait vibrer les stades.
Le film est porté par un casting impeccable. Brad Pitt excelle dans ce rôle d'homme tracassé, mâchant son chewing-gum avec nervosité et explosant parfois de rage dans les vestiaires. Les années qui le tassent un peu lui vont bien, apportant une crédibilité certaine à ce personnage de quadra divorcé hanté par ses échecs passés. Jonah Hill, dans ce rôle de geek des statistiques, est parfaitement crédible, presque touchant dans sa maladresse sociale et sa foi absolue en ses algorithmes. Quant à Philip Seymour Hoffman, sa présence, même dans un rôle secondaire, apporte une densité indéniable au film.
La réalisation est soignée, sans fioritures inutiles. Miller opte pour un style visuel épuré qui colle parfaitement au sujet. La photographie signée Wally Pfister (habituel collaborateur de Nolan) est belle sans être ostentatoire, et la bande-son de Mychael Danna accompagne avec justesse le récit. Mention spéciale pour Joe Satriani qui joue l'hymne national américain à la guitare électrique — un moment qui a dû faire frémir d'excitation les amateurs de six-cordes.
Par souci d'authenticité, la production a d'ailleurs fait appel à d'anciens joueurs professionnels pour étoffer le casting et a tourné dans cinq stades différents, dont le véritable berceau des Oakland A's. Des images d'archives ont même été intégrées au montage, créant un pont entre fiction et réalité.
Le stratège, sans être brillant, est un film intelligent qui parvient à rendre accessible un sujet a priori rébarbatif pour les non-initiés. Il offre une réflexion intéressante sur la façon dont les chiffres peuvent bouleverser une institution aussi traditionnelle que le baseball. C'est un film solide, bien écrit, bien joué, mais qui manque peut-être de ce petit supplément d'âme qui en aurait fait une œuvre véritablement marquante.
Ma note49%
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