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· Julien   Lepage

Tintin au pays de l'or noir
Hergé
1950

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Illustration de critique : Tintin au pays de l'or noir
Hergé, le père de Tintin, est un auteur de bande dessinée belge qui a su inscrire ses aventures dans l'histoire de la BD mondiale. Son style clair et précis, son souci du détail et son talent narratif ont fait des aventures de Tintin des références absolues du neuvième art. Tintin au pays de l'or noir occupe une place particulière dans la bibliographie du maître. Longtemps laissé inachevé en raison de la Seconde Guerre mondiale, l'album a été repris presque dix ans plus tard et a subi plusieurs remaniements, notamment sous la pression de l'éditeur anglais qui fit supprimer toute référence au contexte politique initial. Cette genèse tourmentée a laissé des traces sur l'ensemble de l'album.

Dans ce quinzième tome des aventures de Tintin, le jeune reporter doit enquêter sur un mystérieux sabotage des réserves de pétrole qui fait littéralement exploser les moteurs. Cette crise internationale le conduit au Moyen-Orient, plus précisément au Khemed, un émirat imaginaire où s'affrontent l'émir Ben Kalish Ezab et son rival Bab El Ehr, chacun étant lié à des compagnies pétrolières opposées. L'odieux Docteur Müller, fidèle à lui-même, tire les ficelles en tentant d'instrumentaliser ce conflit pour provoquer un chaos bénéfique à ses commanditaires occultes. Sur place, Tintin fait ce qu'il fait le mieux : il tombe dans des pièges, en réchappe par miracle, croise des figures comiques et parvient à rétablir une justice fragile. L'intrigue aurait pu être une grande fresque politique, mais l'histoire s'étiole et sombre dans l'inconsistance.

Dès les premières pages, quelque chose cloche. Le capitaine Haddock, personnage incontournable de l'univers de Tintin depuis Le crabe aux pinces d'or, est absent pendant une grande partie de l'album. Son introduction à la fin de l'histoire est non seulement tardive, mais aussi artificielle. D'ailleurs, Hergé semble lui-même ne pas savoir quoi en faire, préférant abandonner toute explication quant à sa présence de manière humoristique. Plus gênant encore, ce sont les Dupondt qui tiennent presque le premier rôle, enchaînant les gags à un rythme qui finit par étouffer le récit. Certes, leurs péripéties avec le mirage du désert ou leur chevelure anarchique due aux pilules de Tournesol sont amusantes, mais leur omniprésence déséquilibre l'ensemble et relègue Tintin au rang de figurant de luxe.

Graphiquement, Tintin au pays de l'or noir est un album en demi-teinte. On retrouve bien le trait impeccable d'Hergé, mais il y a moins de souffle que dans les meilleurs albums. Certains arrière-plans semblent minimalistes, et plusieurs cases manquent de finesse, notamment dans les expressions faciales des personnages. Le redécoupage de l'histoire a peut-être contribué à cette impression de rigidité et de compositions forcées. Hergé lui-même n'était pas à son apogée lors de la réalisation de cet album, traversant une nouvelle crise dépressive qui a pu influer sur la qualité du travail.

Si l'album peine à captiver, un élément parvient pourtant à relever l'ensemble : l'inénarrable prince Abdallah. Ce gamin insupportable, farceur invétéré et caricature de l'enfant-roi, apporte une touche de folie bienvenue dans un récit qui manque cruellement d'entrain. Son interaction avec le Docteur Müller, victime de ses incessantes bêtises, est un régal et l'un des rares moments où l'album retrouve un semblant d'énergie. On retrouve ici une qualité essentielle des aventures de Tintin : le choc des personnalités, qui, lorsqu'il est bien dosé, fonctionne à merveille.

Tintin au pays de l'or noir n'est pas une mauvaise bande dessinée en soi, mais c'est l'un des albums les plus faibles de la saga. Il manque de rythme, de souffle, et semble être un patchwork d'idées réchauffées. La fin arrive comme une délivrance après une succession de scènes d'action molles et peu inspirées. Pour une histoire de sabotage pétrolier, tout cela manque cruellement d'explosion au sens figuré. Mieux vaut se replonger dans Le crabe aux pinces d'or pour une aventure désertique réellement captivante ou dans Coke en stock pour un véritable thriller géopolitique. Ici, Hergé semble avoir fait du surplace, et nous avec lui.
Ma note45%
Lu le 16 Janvier 2020


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